FTX affirme avoir retrouvé plus de 5 milliards de dollars d’actifs liquides

Devant le tribunal des faillites du Delaware, les avocats de FTX ont chiffré pour la première fois ce que la plateforme a pu récupérer. Le montant dit ce qui a été retrouvé, pas ce que les clients toucheront.

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Une procédure de faillite au chapitre 11 sert d’abord à dresser l’inventaire de ce qu’une entreprise possède encore. Depuis le 11 novembre 2022, c’est exactement le travail auquel s’attelle la nouvelle direction de FTX, la plateforme d’échange de cryptomonnaies dont la chute a emporté une partie du secteur. John Ray III, nommé directeur général le jour du dépôt de bilan, a hérité d’une comptabilité que ses propres équipes ont décrite comme largement inexploitable, sans registre fiable des avoirs ni des dettes.

Le 11 janvier 2023, devant le tribunal des faillites du Delaware, les conseils de l’entreprise ont livré leur premier bilan chiffré consolidé. Le montant avancé, plus de 5 milliards de dollars d’actifs liquides, marque un saut considérable par rapport aux estimations communiquées trois semaines plus tôt. Reste une question que ce chiffre ne tranche pas : de quoi les clients seront-ils réellement remboursés ?

Le chiffre avancé devant le tribunal du Delaware

L’annonce est venue d’Adam Landis, avocat du cabinet Landis Rath & Cobb, qui représente les débiteurs de FTX dans la procédure. Devant le juge John Dorsey, il a détaillé la nature des sommes retrouvées : des liquidités au sens strict, des cryptomonnaies effectivement négociables et des titres de placement cessibles. La valorisation retenue est celle de la date du dépôt de bilan, une convention comptable qui gèle les prix au 11 novembre et évite de faire dépendre l’inventaire des soubresauts du marché.

Nous avons localisé plus de 5 milliards de dollars de liquidités, de cryptomonnaies liquides et de titres de placement liquides, valorisés à la date de la demande de mise en faillite. Cela n’attribue tout simplement aucune valeur aux avoirs en dizaines de jetons illiquides, où nos positions sont si importantes au regard de l’offre totale qu’elles ne peuvent pas être vendues sans affecter substantiellement le marché du jeton.

Adam Landis, avocat des débiteurs de FTX, audience devant le tribunal des faillites du Delaware, 11 janvier 2023

Trois semaines plus tôt, le 20 décembre 2022, la même équipe n’avait présenté qu’un peu plus d’un milliard de dollars aux créanciers réunis. Le passage de un à cinq milliards ne traduit pas une découverte soudaine mais l’avancée d’un travail de traçage mené sur des dizaines d’entités éparpillées dans plusieurs juridictions.

Pourquoi les jetons illiquides restent hors du compte

La précision apportée par l’avocat vaut autant que le chiffre lui-même. FTX et sa société sœur Alameda Research détenaient des positions massives sur des jetons de niche, dont plusieurs avaient été émis dans l’orbite du groupe. Ces avoirs n’entrent pas dans les 5 milliards annoncés, non pas parce qu’ils auraient disparu, mais parce qu’aucune valeur de revente crédible ne peut leur être attribuée.

Le mécanisme est simple à comprendre. Quand un détenteur contrôle une fraction dominante de l’offre en circulation d’un jeton, la seule annonce d’une vente suffit à effondrer son cours. Alameda avait pourtant inscrit ces positions à leur valeur de marché théorique dans son bilan, ce qui gonflait artificiellement sa surface financière. Cette comptabilisation optimiste figure parmi les pratiques mises en cause par les autorités américaines, notamment dans les charges retenues par le régulateur boursier contre Sam Bankman-Fried.

Les autres poches d’actifs, hors périmètre du chiffre

Les 5 milliards annoncés ne couvrent pas l’intégralité des sommes déjà identifiées autour du groupe. Plusieurs montants échappent au contrôle direct des administrateurs, parce qu’ils sont détenus ou saisis par des autorités publiques.

  • 425 millions de dollars en cryptoactifs conservés par la commission des valeurs mobilières des Bahamas, où était domiciliée l’entité internationale du groupe ;
  • plus de 490 millions de dollars saisis par le ministère américain de la Justice auprès d’une des sociétés holding de Sam Bankman-Fried ;
  • plusieurs centaines de millions de dollars siphonnés par la ponction opérée le soir même du dépôt de bilan, dont l’auteur n’a toujours pas été identifié.

Un accord de coopération conclu avec les autorités bahaméennes vise précisément à rapprocher ces poches séparées. Peu importe qui collecte un dollar pour les clients, du moment qu’ils le reçoivent, a résumé l’avocat des débiteurs devant le tribunal, en annonçant la création d’un groupe de travail commun avec le comité officiel des créanciers.

Un passif dont personne ne connaît encore la taille

Face à cet actif partiellement reconstitué, le passif reste une inconnue. Dans ses formulaires de dépôt initial, la direction de FTX avait coché la case correspondant à une fourchette de dettes comprise entre 1 et 10 milliards de dollars, un intervalle si large qu’il revenait à admettre l’absence de chiffrage.

Le nombre de créanciers donne une idée de l’ampleur de la tâche. Devant le tribunal, un avocat du cabinet Sullivan & Cromwell a évoqué jusqu’à 9 millions de créanciers potentiels, un ordre de grandeur également avancé par les conseils financiers de la procédure. Chacun d’eux devra voir sa créance vérifiée avant qu’un taux de remboursement puisse être calculé.

Le juge Dorsey a fixé au 15 mars 2023 l’échéance pour aboutir sur ce chantier, alors que la directrice financière tablait plutôt sur le mois d’avril. L’écart entre les deux dates dit assez la pression exercée sur les administrateurs, qui travaillent sur une base documentaire décrite comme lacunaire dès le premier inventaire versé à la procédure.

La ligne de crédit de 65 milliards accordée à Alameda

L’audience a aussi servi à préciser le circuit par lequel les fonds des clients ont quitté la plateforme. Selon l’avocat des débiteurs, Sam Bankman-Fried aurait demandé à Gary Wang, cofondateur et directeur technique, d’aménager une porte dérobée dans le code de FTX. Cette fonction permettait à Alameda d’emprunter aux clients sans leur accord, en contournant les mécanismes de liquidation automatique appliqués aux autres comptes.

La ligne de crédit ainsi ouverte au profit de la société de négoce atteignait 65 milliards de dollars, un montant sans rapport avec la taille réelle du bilan du groupe. L’argent, a détaillé l’avocat, a financé des avions, des maisons, des fêtes, des dons politiques, des prêts personnels aux fondateurs et une série de partenariats sportifs et culturels. Ces éléments recoupent les aveux passés par deux dirigeants du groupe devant la justice fédérale en décembre.

Ce que la suite de la procédure va décider

Cinq milliards de dollars retrouvés n’équivalent pas à cinq milliards redistribués. Le sort des clients dépendra du rapport entre l’actif finalement mobilisable et le volume des créances admises, deux grandeurs dont l’une seulement commence à se stabiliser. La liquidité des avoirs pèsera autant que leur valeur affichée, comme le montre le traitement réservé aux jetons de niche.

La question dépasse le cas FTX. Le secteur découvre, procédure après procédure, ce que vaut réellement un bilan libellé en actifs numériques quand il faut le convertir en dollars devant un tribunal. Les prochains mois diront si le droit des faillites parvient à trancher ce que la comptabilité interne des plateformes n’a jamais permis d’établir.

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