Voir la table des matières Ne plus voir la table des matières
- Neuf ans jour pour jour, et un calendrier en quatre dates
- Le 29 septembre, tout ce qui n’est pas de l’USDT change de nature
- Cinq pour cent par mois, l’arithmétique de l’oubli
- Ce que la plateforme met en avant pour justifier l’arrêt
- Une saison de fermetures qui dépasse le seul CoinEx
- La garde de ses cryptos redevient une question de calendrier
CoinEx a ouvert le 22 décembre 2017. La plateforme fermera le 22 décembre 2026, neuf ans jour pour jour après son lancement. L’annonce, publiée le 15 septembre, décrit une cessation d’activité ordonnée : pas une faillite, pas un gel de comptes, mais un retrait planifié avec un calendrier public et des retraits maintenus jusqu’au bout.
La nuance compte pour les quelques millions d’utilisateurs concernés. Une faillite fige les avoirs et ouvre des années de procédure ; une cessation ordonnée laisse trois mois pour récupérer ses fonds, à condition de respecter les échéances. Que se passe-t-il exactement pour les cryptos oubliées sur un compte après les dates limites ?
Neuf ans jour pour jour, et un calendrier en quatre dates
La plateforme éteint ses services par paliers, chaque étape retirant une possibilité aux détenteurs de comptes. Quatre dates structurent l’ensemble, toutes exprimées en temps universel coordonné.
- 15 septembre 2026 : fin des inscriptions, passage des contrats à terme en mode reduce-only, arrêt des nouvelles souscriptions sur le fiat, la marge, les prêts, l’épargne et le staking ;
- 22 septembre 2026 : arrêt de tous les services hors spot et fin des dépôts on-chain, à l’exception du jeton maison CET ;
- 29 septembre 2026 à 02 h 00 : fin des échanges au comptant, traitement des actifs autres que l’USDT, rachat automatique du CET et arrêt de la chaîne maison CoinEx Smart Chain ;
- 22 décembre 2026 à 02 h 00 : clôture des retraits et extinction de la plateforme.
Le pool de minage ViaBTC, adossé au même groupe, poursuit pour sa part ses activités. Seule l’option de transfert direct des gains de minage vers un compte CoinEx disparaît, le 22 septembre également. Les mineurs qui utilisaient ce raccourci devront rebasculer vers une autre destination de paiement.
Le 29 septembre, tout ce qui n’est pas de l’USDT change de nature
C’est l’échéance la moins visible du calendrier, et la plus lourde de conséquences. À partir de 02 h 00 ce jour-là, les actifs autres que l’USDT cessent d’exister sous leur forme d’origine sur la plateforme. Qui veut récupérer ses bitcoins en bitcoins, ses ethers en ethers, doit avoir terminé ses retraits avant cette minute précise.
Deux traitements s’appliquent ensuite, selon la liquidité du jeton concerné. Les actifs qui s’échangent encore sur des marchés externes seront vendus par lots, sans annonce individuelle, et le produit net crédité en USDT sur le compte spot. La conversion se fait donc au prix du marché au moment que la plateforme jugera opportun, pas au vôtre.
Le sort des jetons sans liquidité externe est nettement moins favorable. CoinEx indique qu’elle cessera de maintenir les portefeuilles correspondants et n’assumera plus leur conservation ni leur remboursement. Un actif exotique laissé sur le compte après le 29 septembre n’a donc plus de garant.
Le jeton maison suit une règle à part : le CET est racheté à 0,005 USDT l’unité, sans limite de quantité, et le rachat devient automatique après l’échéance. La plateforme affirme par ailleurs détenir des réserves supérieures à 100 % des avoirs clients, une affirmation issue de son propre dispositif de preuve de réserves et non d’un audit indépendant de l’ensemble de ses comptes.
Cinq pour cent par mois, l’arithmétique de l’oubli
Après le 22 décembre, les USDT non retirés partent chez un dépositaire indépendant. Des frais de garde s’appliquent alors, facturés 5 % par mois du solde constaté à la fin de la période de retrait. Le calcul porte sur ce montant initial, pas sur un solde qui décroît : la ponction est linéaire, pas dégressive.
Posez l’opération et le résultat saute aux yeux. Vingt mois à 5 % du montant de départ absorbent exactement 100 % du solde, et la date limite de réclamation est fixée au 22 août 2028, soit vingt mois après la fermeture des retraits. Un compte abandonné le jour de la clôture arrive à zéro au moment précis où le droit de réclamer s’éteint.
Ce que la plateforme met en avant pour justifier l’arrêt
Les motifs invoqués tiennent en quatre lignes du communiqué : baisse durable du marché, contraction des volumes et de la liquidité, hausse continue des exigences réglementaires dans les grandes juridictions, coûts de conformité et incertitudes opérationnelles jugés au-delà de limites raisonnables. Le fondateur Haipo Yang a indiqué avoir envisagé une vente avant de retenir la fermeture.
Pour certains d’entre vous, CoinEx a été votre première transaction en crypto. Pour d’autres, une plateforme sur laquelle vous vous êtes appuyés à différentes étapes du marché. Quelle que soit la façon dont vous l’avez utilisée, ce que vous nous avez confié n’a jamais été seulement des actifs. C’était votre confiance, et nous ne l’avons pas prise à la légère.
L’équipe CoinEx, annonce officielle de cessation d’activité publiée sur le site de la plateforme le 15 septembre 2026
Un détail du communiqué mérite l’attention de ceux qui utilisaient l’écosystème au sens large : CoinEx Wallet et CoinEx Vault ne sont pas concernés par l’arrêt et continuent de fonctionner selon leurs propres conditions. La fermeture vise la plateforme d’échange, pas les services de garde qui portent le même nom.
Une saison de fermetures qui dépasse le seul CoinEx
Le cas n’a rien d’isolé. BitMart a baissé le rideau fin juillet après neuf ans lui aussi, avec un calendrier comparable : un mois pour solder ses positions, six pour retirer ses fonds. Deux plateformes de second rang, fermées à deux mois d’intervalle sur les mêmes motifs, dessinent une tendance plutôt qu’une coïncidence.
La consolidation ne frappe pas seulement l’Asie. En Europe, l’entrée en vigueur de MiCA a rebattu les cartes et plusieurs plateformes ont dû choisir entre l’agrément et la sortie, quand Binance actait son départ du marché français. Les acteurs qui restent sont moins nombreux, plus gros et plus régulés.
La contrepartie est mécanique. Moins de plateformes signifie moins de concurrence sur les frais, moins de jetons listés et une concentration du risque de contrepartie sur quelques noms. Le choix d’un intermédiaire cesse d’être une affaire de tarifs pour devenir une affaire de longévité.
La garde de ses cryptos redevient une question de calendrier
Un compte d’échange n’a jamais été un coffre. Il est un carnet d’ordres doublé d’un service de conservation, et les deux fonctions s’éteignent ensemble le jour où l’entreprise décide de s’arrêter. Le cas CoinEx rappelle que la seule adresse qui ne ferme pas est celle dont vous détenez la clé, avec la charge de responsabilité que cela suppose.
Le calendrier mérite d’être noté quelque part de plus fiable qu’une mémoire. Entre le 29 septembre pour les actifs sous leur forme d’origine et le 22 décembre pour le reste, l’écart est de quatre-vingt-quatre jours, et les réseaux peuvent connaître des congestions ou des frais élevés à mesure que l’échéance approche. Les retraits massifs de dernière minute sont précisément ce que la plateforme invite à éviter.
Une question de fond demeure, que cette fermeture pose à tous les détenteurs : quelle part d’un patrimoine numérique peut dépendre de la longévité commerciale d’une entreprise ? Répartie entre plusieurs intermédiaires et une conservation personnelle, elle survit à la disparition de n’importe lequel d’entre eux. Concentrée sur un seul nom, elle en suit le calendrier.

