La Fed relève ses taux et Goldman voit déjà la suivante en octobre

La Réserve fédérale a relevé ses taux de 25 points de base le 16 septembre, sa première hausse depuis juillet 2023, et Goldman Sachs anticipe déjà la suivante en octobre. Le bitcoin encaisse sans céder, mais la durée du cycle reste la vraie inconnue.

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La Réserve fédérale américaine a relevé son principal taux directeur mercredi 16 septembre, pour la première fois depuis juillet 2023. Le geste est modeste dans son montant, 25 points de base, mais il inverse une direction suivie depuis plus de trois ans. Le taux des fonds fédéraux, c’est-à-dire le prix auquel les banques américaines se prêtent des liquidités au jour le jour, sert d’ancrage à presque tout le reste : crédit, rendement obligataire, coût du levier sur les marchés.

Pour un portefeuille qui contient du bitcoin ou de l’ether, la question n’est pas de savoir si la Fed a eu raison. Elle est de savoir combien de temps l’argent va rester cher, parce que c’est cette durée, et non le niveau d’un taux à un instant donné, qui décide de l’appétit pour les actifs sans rendement. Goldman Sachs a livré sa réponse dès le lendemain, et elle a changé du tout au tout. Que s’est-il passé entre mercredi soir et jeudi matin ?

Une hausse unanime, et des projections plus dures que prévu

Le comité de politique monétaire a porté la fourchette cible du taux directeur à 3,75 %-4,00 %, et le vote a été unanime. L’unanimité compte autant que le chiffre : elle signale qu’aucune voix interne ne plaidait pour attendre, dans une institution qui affiche volontiers ses désaccords. Le communiqué décrit une activité économique qui progresse à un rythme solide et une demande intérieure résiliente, malgré une incertitude que le comité attribue en partie aux développements géopolitiques.

Le document le plus scruté n’était pourtant pas le communiqué mais le tableau des projections, ces points qui résument les anticipations individuelles des membres. Une forte majorité d’entre eux voit au moins une hausse supplémentaire d’ici la fin de l’année. En début de mois, la probabilité d’une hausse en septembre ressortait déjà à 68 % sur les marchés à terme : c’est la suite, pas la décision de mercredi, qui constituait la vraie inconnue.

Le message de la Fed, en toutes lettres

L’exercice de communication tenait en quelques phrases, et la Fed a choisi les plus fermes de son répertoire. Le comité ne se contente pas de constater une inflation encore élevée : il s’engage sur un résultat, ce qui est une manière de dire aux marchés de ne pas parier sur un assouplissement rapide.

L’inflation reste élevée. La décision de politique monétaire d’aujourd’hui favorisera un retour plus rapide vers l’objectif de 2 % du comité. Le comité assurera la stabilité des prix.

Comité fédéral de l’open market, communiqué de politique monétaire du 16 septembre 2026

En conférence de presse, Kevin Warsh a durci le trait. Le président de la Fed a jugé l’inflation encore trop haute et décrit la hausse du jour comme le simple retrait d’une dose d’accommodation, formule qui revient à dire que la politique monétaire n’est toujours pas restrictive. Traduit en calendrier, cela signifie que le cycle n’est pas terminé.

Le bitcoin a réagi dans l’instant sans trancher, autour de 75 700 dollars juste après l’annonce, quand les actions américaines montaient légèrement et que les rendements obligataires refluaient un peu. Cette absence de réaction nette est en soi une information : le marché avait déjà intégré la hausse, et attendait la suite.

Goldman Sachs fait volte-face et vise octobre

La banque d’affaires attendait une hausse en septembre suivie d’une pause. Elle anticipe désormais une nouvelle hausse de 25 points de base en octobre, soit un revirement complet en moins de vingt-quatre heures. Son argument tient en une ligne : les projections de la Fed elle-même sont plus dures que ce que la banque avait modélisé.

Les investisseurs, eux, restent partagés. L’outil FedWatch du CME donne un peu plus de 50 % de chances à une hausse en octobre, autant dire un pile ou face. Depuis l’abandon de la guidance prospective, chaque réunion se joue sur les données publiées entre-temps, et cette incertitude a un coût pour les actifs les plus sensibles au prix du capital.

Par où un taux directeur touche vraiment un portefeuille crypto

Le lien entre une décision de la Fed et le cours du bitcoin n’a rien d’immédiat. Il passe par quatre canaux distincts, qui n’agissent ni à la même vitesse ni toujours dans le même sens.

  • Le rendement sans risque : quand un bon du Trésor américain rapporte davantage, un actif qui ne verse aucun revenu doit compenser par une promesse de hausse plus forte ;
  • Le coût du levier : les positions financées se renchérissent, ce qui réduit la taille des paris spéculatifs et amortit les mouvements dans les deux directions ;
  • Le dollar : un taux plus élevé attire les capitaux vers le billet vert, et un dollar fort pèse sur tout ce qui se cote en dollars ;
  • La liquidité des institutions : les gérants qui arbitrent entre obligations et actifs numériques déplacent leurs allocations avec plusieurs trimestres de retard sur les annonces.

Ces quatre canaux expliquent pourquoi une hausse anticipée fait moins de dégâts qu’une surprise. Le marché ajuste les trois premiers en quelques heures ; le quatrième se mesure en trimestres, et c’est lui qui décide des tendances longues.

Le bitcoin a d’ailleurs montré en août qu’il pouvait progresser dans un environnement de taux tendu, quand le rebond porté par la dette américaine l’avait ramené à 70 000 dollars. Le niveau du taux compte moins que sa trajectoire.

Une semaine déjà chargée pour le marché

La décision de la Fed tombe au bout d’une séquence difficile. Le Sénat américain a rejeté le CLARITY Act le 15 septembre par 49 voix contre 50, enterrant pour 2026 le texte censé clarifier la structure du marché crypto aux États-Unis. Le bitcoin est descendu à 75 000 dollars dans la foulée.

Les flux ont suivi. Les ETF bitcoin au comptant ont enregistré 450 millions de dollars de sorties, la plus forte décollecte depuis juin, et près de 570 millions de dollars de positions longues ont été liquidées. La déception réglementaire a fait plus de dégâts en deux jours que la hausse de taux en une séance.

Au 17 septembre, le bitcoin se traite autour de 76 260 dollars, en hausse de 0,5 % sur vingt-quatre heures, et l’ether autour de 2 405 dollars. Le marché a absorbé les deux nouvelles sans céder, ce qui contraste avec les réactions bien plus brutales des cycles précédents.

L’écart de taux se creuse entre Washington et Francfort

La Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 10 septembre, portant son taux de dépôt à 2,50 %. L’écart avec la fourchette américaine dépasse désormais 125 points de base, et il se creuserait encore si la Fed remettait une pièce en octobre.

Pour un portefeuille libellé en euros, cet écart joue dans les deux sens. Un dollar qui se renforce gonfle la valeur en euros des positions cotées en dollars, bitcoin compris, tout en rendant chaque nouvel achat plus coûteux. Le bitcoin complique encore le calcul avec sa corrélation récente avec l’or, qui l’expose à un second facteur macroéconomique.

Le calendrier qui va décider de la fin d’année

La prochaine réunion du comité se tient fin octobre, et elle arrivera après deux publications d’inflation. Ces chiffres pèseront davantage que les commentaires, puisque la Fed a fait de l’objectif de 2 % le critère explicite de sa décision.

Un investisseur qui construit sur plusieurs années n’a pas grand-chose à tirer d’une réunion isolée. Ce qui se joue vraiment, c’est de savoir si le cycle de hausses qui s’ouvre sera court ou s’il s’installe, parce qu’un régime durable de taux élevés modifie la place raisonnable d’un actif volatil dans une allocation, et pas seulement son cours du mois.

Les institutions qui arbitrent entre obligations et actifs numériques rendront leur verdict dans les allocations du quatrième trimestre, pas dans les commentaires du jour. C’est là, plus que dans les 25 points de base de mercredi, que se lira la portée réelle de cette réunion.

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