Le volume spot du bitcoin au plus bas depuis 2019 : quand le cash paie mieux que le risque

Le volume d'échange au comptant du bitcoin est tombé à son plus bas niveau depuis 2019, pendant que les bons du Trésor américains rémunèrent l'attente. Un marché sans intermédiaires réagit rarement à moitié au choc suivant.

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Il existe une statistique moins commentée que le cours, et souvent plus parlante : le volume au comptant. Ce chiffre mesure la quantité de bitcoins réellement échangés contre des dollars ou des euros sur les plateformes, hors produits dérivés et hors effet de levier. C’est la mesure la plus directe de la présence humaine sur un marché, et elle vient de tomber à son plus bas niveau depuis 2019, selon le rapport hebdomadaire de Glassnode publié le 12 août 2026.

Le prix, lui, n’a presque pas bougé. Le bitcoin s’échangeait autour de 63 500 dollars le 13 août, à quelques centaines de dollars de là où il stagne depuis le printemps. Un actif immobile dont le volume s’effondre ne raconte pourtant pas la même histoire qu’un actif immobile dont le volume tient : dans le premier cas, ce sont les acheteurs et les vendeurs eux-mêmes qui ont quitté la table. Que se passe-t-il quand un marché perd ses intermédiaires au moment précis où il aurait besoin d’eux ?

Un carnet d’ordres qui s’est vidé

La série de données de Glassnode démarre au début de 2019, et le volume spot de ces dernières semaines en constitue désormais le point bas absolu. La firme d’analyse on-chain a pris soin d’écarter le biais évident : même en retirant Binance, dont les promotions à frais nuls avaient artificiellement gonflé les chiffres en 2022 et 2023, l’activité de négociation se rapproche des planchers du marché baissier de 2023.

Le contraste avec les indicateurs de détention est frappant. Les bitcoins conservés hors des plateformes n’ont jamais été aussi nombreux, et les gros portefeuilles continuent de ramasser ce que les petits porteurs lâchent. Détenir n’est pas échanger : un marché peut se remplir de propriétaires tout en se vidant de sa liquidité, et c’est précisément la configuration actuelle.

Cette raréfaction n’est pas neutre pour qui construit une position sur plusieurs années. Un carnet d’ordres peu garni signifie qu’un ordre de taille moyenne déplace le prix davantage qu’en période normale, à la hausse comme à la baisse. Le coût réel d’une transaction augmente sans que rien ne l’affiche.

Le cash paie trop bien pour aller chercher du risque

La cause principale n’a rien de mystérieux, et elle se lit sur les courbes de taux américaines. Le rendement du bon du Trésor à deux ans dépasse le taux directeur de la Réserve fédérale depuis avril, un écart qui n’avait plus été aussi large depuis novembre 2022, relevait déjà Glassnode dans son rapport du 29 juillet 2026. Le marché anticipe donc une hausse des taux plutôt qu’une baisse, ce qui rend l’attente confortablement rémunératrice.

Les desks qui fournissaient l’essentiel du levier et de la profondeur au marché crypto en ont tiré les conséquences. Le rendement du portage sur les contrats à terme, cette stratégie qui consiste à encaisser l’écart entre prix au comptant et prix à terme, est repassé sous celui des bons du Trésor depuis février. Un seul épisode comparable existe depuis 2022 : la période allant d’août 2022 à janvier 2023, soit exactement le creux du cycle précédent.

Ce qui a fait fuir les intermédiaires

Plusieurs mécanismes indépendants se sont additionnés pour vider le marché de ses opérateurs les plus actifs. Chacun se mesure, aucun ne relève de l’humeur.

  • Le portage sur contrats à terme rapporte moins qu’un bon du Trésor depuis février, ce qui supprime la motivation économique des arbitragistes ;
  • les achats des trésoreries d’entreprise ont nettement ralenti, après un printemps où certaines journées dépassaient 500 millions de dollars d’acquisitions quotidiennes ;
  • le cours reste enfermé dans une fourchette de moins de 6 000 dollars depuis près de trois mois, ce qui décourage les stratégies directionnelles ;
  • les promotions à frais nuls qui gonflaient les volumes de 2022 et 2023 appartiennent au passé, et le chiffre brut n’est plus flatté.

Aucun de ces éléments ne relève d’une défiance envers le bitcoin lui-même. Ils décrivent des arbitrages de rendement, et le capital revient mécaniquement dès que l’écart s’inverse. La question porte sur le calendrier, pas sur le principe.

Un investisseur qui raisonne sur un horizon long lira surtout ceci : les acteurs partis les premiers dépendent d’un différentiel de taux, pas d’une conviction. Leur retour suivra la même logique.

Trois mois coincé entre deux prix de revient

Le cours navigue entre deux repères qui structurent tout le marché. En dessous, 63 000 dollars, le prix de revient médian de l’ensemble des pièces en circulation. Au-dessus, 68 700 dollars, le coût de base des détenteurs de court terme, ceux qui ont acheté au cours des six derniers mois. Le premier fait office de plancher psychologique, le second de plafond pour les vendeurs pressés de sortir à l’équilibre.

Le prix a passé près de trois mois dans cette fourchette, et les deux niveaux continuent de converger à mesure que la volatilité se comprime.

Glassnode, rapport hebdomadaire The Week On-chain, publié le 12 août 2026

Cette convergence est le détail qui compte. Deux bornes qui se rapprochent laissent de moins en moins d’espace au prix pour évoluer sans franchir l’une ou l’autre, et chaque franchissement déclenche des ordres en cascade. La compression n’est pas un état stable : c’est une phase de transition dont la durée seule reste incertaine.

Les vendeurs fatiguent, sans capitulation finale

Le côté vendeur montre des signes d’épuisement mesurables. Près de la moitié de l’offre en circulation reste en profit latent, et le Seller Exhaustion Constant, un indicateur qui croise l’offre en profit et la volatilité, est retombé parmi ses niveaux les plus bas depuis 2013. Historiquement, cette configuration s’observe près des fins de cycle baissier.

Glassnode refuse pourtant de conclure. Le SOPR ajusté, ce ratio qui indique si les pièces déplacées sont vendues à profit ou à perte, est revenu neuf fois à l’équilibre parfait depuis le sommet d’octobre. Chacun de ces retours a servi de porte de sortie aux vendeurs plutôt que de tremplin aux acheteurs, ce qui signale un marché qui digère encore ses positions perdantes.

La publication d’une inflation américaine plus sage qu’attendu, avec un indice des prix hors alimentation et énergie redescendu à 2,5 % en juillet, n’a d’ailleurs provoqué qu’une réaction molle. Le bitcoin a à peine bougé, et les actions américaines ont même reculé sur la séance. Une bonne nouvelle qui ne fait pas monter un marché en dit long sur l’appétit du moment.

Ce qu’un marché vide fait au prochain choc

La faible participation actuelle produit un effet mécanique que personne ne discute : moins il y a de contreparties dans le carnet, plus le moindre flux déplace le prix. Le prochain mouvement, quel que soit son sens, se fera donc avec une amplitude sans rapport avec le volume qui l’aura déclenché. Un marché désert amplifie tout ce qui le traverse, et la Réserve fédérale a rendez-vous avec ses propres décisions de taux dans les semaines qui viennent.

Reste la question que ces chiffres posent sans y répondre : un actif que plus personne n’échange conserve-t-il vraiment le prix qu’on lui prête ? La réponse dépendra de la première borne franchie, et de ce que fera la liquidité au moment où elle redeviendra utile. Les précédents de 2022 et 2023 suggèrent que ces périodes de calme se paient rarement en douceur.

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