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- Un bail de vingt ans qui pèse plus lourd que le hashrate
- Ce que le deuxième trimestre dit vraiment de Riot
- Le coût de production, l’autre chiffre du trimestre
- Le calendrier de livraison court jusqu’en 2028
- Le marché a applaudi, puis reculé
- Les actions de mineurs ne suivent plus le bitcoin
- Quand la valeur se compte en mégawatts
Un mineur de bitcoin possède deux choses : des machines qui calculent, et un raccordement électrique qui les alimente. Pendant quinze ans, le marché n’a regardé que les premières. Riot Platforms vient de rappeler que la vraie rareté se situe du côté du raccordement, en signant avec un laboratoire d’intelligence artificielle un bail de vingt ans portant sur 191 mégawatts de capacité informatique critique.
Un bail de centre de données, dans ce métier, se rapproche davantage de l’immobilier commercial que du minage. Riot ne vend pas de puissance de calcul et n’exploite aucun processeur graphique : la société loue du terrain, du bâtiment et surtout un accès au réseau électrique déjà autorisé, à un locataire qui apporte son propre matériel. La bascule dépasse largement la crypto, puisqu’elle touche à la valeur des actifs physiques quand l’électricité se raréfie. Que reste-t-il du bitcoin dans le modèle économique d’un mineur qui gagne désormais sa vie en louant des mégawatts ?
Un bail de vingt ans qui pèse plus lourd que le hashrate
L’accord annoncé le 10 août 2026 porte sur 191 mégawatts de capacité informatique critique au campus de Rockdale, au Texas, pour une durée initiale de vingt ans courant jusqu’en juin 2048. Riot attend de ce seul contrat environ 9,1 milliards de dollars de revenus sur le terme de base, un montant qui ne dépend ni du cours du bitcoin, ni de la difficulté du réseau, ni du calendrier des halvings.
Deux options de prolongation de cinq ans, à la main du locataire, porteraient la valeur totale à près de 16,1 milliards de dollars si elles étaient toutes deux exercées. Ce second chiffre fait un titre, il ne fait pas une prévision : seuls les 9,1 milliards du terme initial sont contractuels, le reste dépend d’une décision que personne ne prendra avant les années 2040.
La société chiffre par ailleurs la contribution cumulée au résultat net d’exploitation entre 7,3 et 8,2 milliards de dollars sur la durée du bail, soit une moyenne annuelle comprise entre 365 et 411 millions de dollars. L’ensemble des activités du groupe, à titre de comparaison, a produit 174,2 millions de dollars de chiffre d’affaires au deuxième trimestre. Ce trimestre mérite d’ailleurs qu’on s’y arrête.
Ce que le deuxième trimestre dit vraiment de Riot
Le chiffre d’affaires trimestriel s’établit à 174,2 millions de dollars, contre 153,0 millions un an plus tôt, soit une progression de 14 %. La composition compte davantage que le total : le minage recule à 113,7 millions de dollars quand il pesait 140,9 millions au deuxième trimestre 2025, tandis que l’ingénierie bondit de 10,6 à 37,3 millions et que la division centres de données apporte déjà 23,2 millions.
Le résultat, lui, reste lourdement négatif, avec une perte nette de 237,2 millions de dollars sur le trimestre contre un bénéfice de 219,5 millions un an auparavant. La trésorerie tient bon, avec plus de 1,2 milliard de dollars d’actifs liquides dont 11 380 bitcoins, en partie donnés en garantie. Cette perte s’explique surtout par un chiffre que les mineurs surveillent tous les matins.
Le coût de production, l’autre chiffre du trimestre
Extraire un bitcoin coûte de plus en plus cher, et le deuxième trimestre 2026 en donne une photographie précise, telle que Riot la publie dans son communiqué de résultats.
- 49 912 dollars de coût de production par bitcoin hors amortissement des machines, contre 48 992 dollars un an plus tôt ;
- 90 631 dollars une fois l’amortissement des mineurs réintégré ;
- 71 667 dollars de valeur de production moyenne pour un bitcoin extrait sur le trimestre ;
- 1 587 bitcoins produits, contre 1 426 sur la même période de 2025.
Le rapprochement des deux dernières lignes suffit à comprendre la stratégie : amortissement compris, produire un bitcoin coûte 126,5 % de ce qu’il rapporte. Le minage ne finance plus son propre renouvellement, malgré le virage bas-carbone du secteur, et le mégawatt loué prend le relais bien avant que le prochain halving ne complique encore l’équation.
Le calendrier de livraison court jusqu’en 2028
La signature ne produira pas un dollar avant longtemps. Les 96 premiers mégawatts sont attendus pour décembre 2027, et le déploiement complet des 191 mégawatts vise juin 2028. Riot s’appuie sur un raccordement déjà approuvé et sous tension à Rockdale, ce qui lui évite les files d’attente de plusieurs années qui bloquent la plupart des projets concurrents.
Pour financer les premières tranches, la société a obtenu une facilité intérimaire de 573 millions de dollars auprès de Morgan Stanley, le temps de boucler une garantie de crédit de qualité investissement. Ce bail succède à celui signé avec Advanced Micro Devices le 16 janvier 2026, portant sur 50 mégawatts dont les 25 premiers ont été livrés dans les délais et le budget, la tranche suivante étant attendue en novembre 2026 puis en mai 2027.
En un peu plus de six mois, Riot a signé des baux totalisant 241 mégawatts de capacité, ce qui représente environ 9,8 milliards de dollars de revenus contractés à long terme avec deux des entreprises les plus importantes de l’écosystème de l’intelligence artificielle.
Jason Les, directeur général de Riot Platforms, dans le communiqué de résultats du deuxième trimestre 2026 publié le 10 août 2026
Le cumul des deux locataires donne la mesure du basculement : 241 mégawatts contractés en six mois, dans une entreprise qui ne faisait encore que du minage il y a dix-huit mois. La bascule des fermes vers le calcul, amorcée au printemps chez plusieurs exploitants américains, tient désormais son ordre de grandeur.
Le marché a applaudi, puis reculé
L’action a bondi de 25 % à 24,40 dollars dans les échanges d’après-clôture, d’après Bloomberg, qui identifie le locataire comme étant Anthropic, l’éditeur de Claude, là où le communiqué se contente d’évoquer un grand laboratoire d’IA de pointe. Le laboratoire, qui a déposé son propre dossier d’entrée en bourse au début de l’été, cherche de la capacité partout où elle est raccordée. La séance suivante a été moins généreuse : le titre a d’abord gagné plus de 20 % avant de rendre la quasi-totalité de son avance dans la journée.
Deux réserves expliquent cette prudence. Le gestionnaire du réseau texan, l’ERCOT, resserre l’examen des nouveaux projets énergétiques, ce qui freine les constructions spéculatives mais renchérit mécaniquement les capacités déjà raccordées, selon l’analyste Michael Donovan de Compass Point cité par CNBC. Anthropic, de son côté, multiplie les fournisseurs, avec un accord d’environ 10 milliards de dollars conclu avec Volta Infra Holdings et près de 45 milliards de dollars de calcul achetés à xAI au mois de mai.
Les actions de mineurs ne suivent plus le bitcoin
Détenir une action de mineur revenait longtemps à détenir du bitcoin avec un effet de levier opérationnel. La corrélation se distend : chez Riot, la part contractée du revenu ne bouge plus avec le cours, et le marché commence à valoriser les exploitants cotés sur leur capacité électrique et leurs actifs immobiliers plutôt que sur leur production de jetons.
Le mouvement n’a rien d’isolé. Cipher Mining, Hut 8 et TeraWulf sont déjà lus comme des acteurs hybrides, Riot rejoignant le groupe après avoir longtemps incarné l’opérateur purement minier. Le bitcoin extrait devient une ligne parmi d’autres, à côté d’un revenu locatif dont la logique se rapproche davantage de celle d’une obligation que d’un actif volatil.
La nuance a des conséquences concrètes pour qui construit un patrimoine : une exposition prise via des actions de mineurs n’est plus une exposition au bitcoin, mais un pari immobilier et énergétique sur la demande de calcul. Avec un bitcoin autour de 63 500 dollars ces derniers jours, l’écart entre ces deux paris n’a jamais été aussi lisible.
Quand la valeur se compte en mégawatts
La rareté a changé de camp. Ce qui manque aujourd’hui n’est ni la puce, ni le capital, mais le raccordement électrique autorisé et disponible, et les mineurs de bitcoin se retrouvent propriétaires de cette ressource par un accident de l’histoire industrielle. Ils l’avaient constituée pour hacher des blocs, ils la louent à des modèles de langage.
Le calendrier dira le reste. Décembre 2027 pour les 96 premiers mégawatts, juin 2028 pour l’ensemble : Riot devra livrer dans les délais un chantier qui pèse plus lourd que toute sa production de bitcoins, pendant que le réseau, lui, continuera de tourner sans lui. La question ouverte tient en une ligne : que devient la sécurité d’un protocole dont les plus gros opérateurs trouvent leur rentabilité ailleurs ?

