Goldman Sachs paie 2,25 milliards pour un ETF bitcoin qui verse 27 % et perd 43 %

La banque d'affaires rachète NEOS Investments et met la main sur BTCI, un fonds bitcoin qui distribue près de 27 % par an tout en ayant perdu 43 % de sa valeur en douze mois. Reste à comprendre d'où vient exactement ce rendement.

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Un fonds à revenu d’options ne détient pas forcément l’actif dont il porte le nom. Il achète des produits qui le répliquent, vend des options d’achat sur ces positions et redistribue les primes encaissées sous forme de versements réguliers. Le procédé s’appelle le covered call, il existe depuis des décennies sur les actions, et Goldman Sachs vient d’y mettre 2,25 milliards de dollars côté bitcoin.

La banque a annoncé le 12 août 2026 le rachat de NEOS Investments, gestionnaire américain spécialisé dans ces stratégies. L’opération, réglée en numéraire et en titres, reste soumise à des objectifs de performance et à l’approbation des régulateurs, pour une clôture attendue au premier trimestre 2027. Elle intervient alors que la catégorie des ETF à revenu dérivé atteint environ 180 milliards de dollars d’encours et progresse de plus de 70 % par an depuis 2021, selon Morningstar. Qu’achète réellement une banque d’affaires quand elle paie ce prix pour un fonds bitcoin ?

Ce que Goldman met dans son panier

NEOS apporte une plateforme de 19 fonds construits sur les options, pour environ 30 milliards de dollars d’encours. Ajoutés aux 40 milliards que Goldman gère déjà sur des stratégies comparables et à l’acquisition d’Innovator annoncée en décembre, l’ensemble porte la banque au-delà de 130 milliards de dollars d’actifs en ETF.

Ce volume la placerait au huitième rang mondial des gérants d’ETF actifs, d’après les données Morningstar. Les deux cofondateurs de NEOS, Troy Cates et Garrett Paolella, rejoindront Goldman comme associés à la clôture de l’opération, ce qui indique que la banque achète une équipe autant qu’un encours.

La partie crypto reste minoritaire dans cet ensemble, mais c’est elle qui a retenu l’attention. Trois fonds cotés totalisent plus de 1,1 milliard de dollars, dont le vaisseau amiral BTCI, lancé en octobre 2024 et devenu l’un des rares produits crypto à franchir le milliard d’encours en moins de deux ans.

Les trois fonds crypto au cœur de l’opération

Le portefeuille numérique repris par Goldman tient en trois lignes, toutes construites sur la même mécanique de vente d’options. Leur point commun : ils privilégient le versement régulier à la performance en capital.

  • NEOS Bitcoin High Income ETF (BTCI), environ 1,1 milliard de dollars d’encours et un rendement affiché voisin de 27 % ;
  • Boosted Bitcoin High Income ETF (XBCI), variante à effet renforcé de la même stratégie ;
  • Ethereum High Income ETF (NEHI), qui transpose le procédé à l’ether.

Aucun de ces fonds ne détient directement de bitcoin ou d’ether. BTCI s’appuie sur des produits cotés au comptant et vend des options d’achat contre ces positions pour générer des distributions mensuelles. L’investisseur touche le flux, mais abandonne une partie de la hausse en cas de rallye, mécanique bien connue de ceux qui suivent les fonds cotés qui promettent un revenu adossé à un actif numérique.

BTCI face au concurrent lancé par BlackRock

Goldman n’arrive pas sur un terrain vierge. BlackRock a mis son propre fonds à revenu bitcoin, BITA, sur le Nasdaq le 16 juin 2026, deux mois après le dépôt par Goldman d’un dossier similaire. Le tableau compare les deux approches.

CritèreBTCI (NEOS)BITA (BlackRock)
LancementOctobre 202416 juin 2026
Rendement viséEnviron 27 % constaté15 à 25 % par an
Assiette des optionsProduits bitcoin au comptant détenus25 à 35 % des parts d’IBIT
Frais de gestion0,99 %0,65 %

L’écart de frais est significatif : 34 points de base séparent les deux véhicules, soit un tiers de coût supplémentaire chez NEOS pour une stratégie de même nature. L’écart de rendement affiché compense en apparence, à condition de comprendre d’où vient ce rendement.

La comparaison éclaire aussi la logique du rachat : là où BlackRock a construit son produit, Goldman a préféré acquérir une gamme déjà installée, avec ses encours et son historique.

Un rendement de 27 % pour une perte de 43 %

Le chiffre qui fait vendre est aussi celui qui doit alerter. Sur les douze derniers mois, BTCI a reculé de 42,55 %, sa part passant d’un plus haut annuel de 65,87 dollars à environ 28,40 dollars, selon les données Bloomberg relayées par l’analyste Eric Balchunas. Le rendement distribué n’a pas empêché la valeur du capital de fondre, ce que la baisse du bitcoin sur la période explique en grande partie.

Le prospectus déposé auprès de la SEC ajoute une précision que peu d’épargnants lisent : les distributions du fonds peuvent constituer, pour partie, un remboursement de capital et non un revenu net d’investissement. Autrement dit, une fraction du versement mensuel peut n’être que l’argent de l’investisseur qui lui revient, amputé des frais.

BTCI n’est qu’un fonds parmi près de vingt chez NEOS. Si l’opération montre quelque chose, c’est que le bitcoin fait désormais partie du monde financier, au même titre que les actions ou les obligations.

Matthew Hougan, directeur des investissements de Bitwise Asset Management, cité par CoinDesk le 12 août 2026

Acheter la croissance plutôt que la construire

Le 14 avril 2026, Goldman avait enregistré auprès de la SEC un Bitcoin Premium Income ETF, produit structurellement proche de BTCI. Il n’a jamais été lancé. Quatre mois plus tard, la banque met 2,25 milliards sur la table pour récupérer une gamme équivalente, déjà cotée et déjà dotée d’un historique de distributions.

Le calcul se comprend sans peine. Lancer un fonds coûte peu, mais lui faire atteindre le milliard d’encours demande des années de distribution commerciale, et la fenêtre concurrentielle se referme vite sur un segment qui croît de 70 % par an. Racheter revient à acheter du temps.

Cette logique dépasse le seul cas de Goldman. Les grands gérants ont d’abord accumulé de l’exposition directe, comme le montrent les entrées régulières dans les fonds bitcoin au comptant ; ils cherchent désormais à en tirer un flux, quitte à encaisser des commissions sur des encours en perte de valeur.

Le revenu, nouvelle porte d’entrée du bitcoin

Ce qui change avec ces produits, c’est le public visé. Un ETF au comptant s’adresse à qui veut suivre le prix ; un fonds à revenu d’options parle à celui qui cherche un versement périodique et accepte de plafonner sa hausse pour l’obtenir. Le bitcoin y devient un support de rendement plus qu’un pari directionnel, glissement notable pour un actif construit sur la rareté et non sur le flux.

Reste la question que le prospectus pose en creux : un versement mensuel financé par la vente de volatilité et parfois par le capital lui-même ressemble à un revenu sans en être un. Distinguer les deux relève du même réflexe que face à n’importe quel produit structuré, en crypto comme sur les marchés actions, et ce réflexe ne se délègue pas au nom de la banque qui figure sur la brochure.

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