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Le marché crypto traverse une de ces séquences où les prix et les comportements racontent deux histoires différentes. Bitcoin évolue autour de 64 200 dollars, ether reste sous les 1 900 dollars, et pourtant les adresses les plus fournies de la blockchain n’ont jamais autant acheté. Ces adresses, que le jargon appelle baleines, désignent simplement les portefeuilles qui détiennent des quantités assez massives pour peser sur l’offre disponible d’un actif.
Un relevé publié le 5 août par la société d’analyse on-chain CryptoQuant chiffre ce mouvement sur trois actifs à la fois, bitcoin, ether et XRP. Le tableau qu’il dresse est celui d’un marché où la propriété se déplace, lentement, des petits comptes vers les gros. Faut-il y voir le signe qu’un cycle baissier arrive à son terme, ou la énième illusion d’optique d’une lecture on-chain ?
Trois millions de bitcoins concentrés dans les plus gros portefeuilles
Les réserves de bitcoin détenues par les baleines, hors plateformes d’échange et pools de minage, sont remontées à environ 3,06 millions de BTC. Le point bas remonte à décembre 2025, à 2,87 millions : près de 190 000 bitcoins ont changé de mains en huit mois, au bénéfice des portefeuilles les plus fournis. CryptoQuant précise que ce décompte exclut aussi les fonds cotés et les trésoreries d’entreprise, ce qui écarte l’effet mécanique des ETF.
L’accélération s’est produite en juin, au moment précis où le cours cassait les 60 000 dollars. Rien de très original dans ce réflexe : les gros portefeuilles achètent plus fort quand le prix baisse, quitte à patienter des trimestres avant que le marché leur donne raison. Nous avions déjà relevé un pic d’accumulation record début juillet, quand plus de 270 000 bitcoins avaient été absorbés en deux semaines.
Un détail tempère l’enthousiasme. Les soldes des baleines restent sous le sommet atteint en 2025, autour de 3,23 millions de BTC. Il reste de la place avant que cette cohorte ne retrouve son niveau d’appétit maximal, ce qui se lit dans les deux sens : marge de progression pour les uns, prudence persistante pour les autres.
Sur Ethereum, un transfert d’offre entre cohortes
Le mouvement le plus net ne concerne pourtant pas bitcoin. Les portefeuilles détenant entre 10 000 et 100 000 ether ont porté leurs avoirs à un record de 19,6 millions d’unités, contre environ 14 millions à la mi-2025. Sur la même période, la cohorte immédiatement inférieure, celle des adresses de 1 000 à 10 000 ether, est retombée de 15,6 à 12,9 millions depuis janvier.
Voilà à quoi ressemble l’accumulation dans un marché baissier : des mains solides qui absorbent l’offre des mains faibles.
Julio Moreno, responsable de la recherche chez CryptoQuant, dans un rapport publié le 5 août 2026
Les plus grosses adresses, au-delà de 100 000 ether, ont ajouté près de 1,8 million d’unités depuis la mi-2025, soit une progression d’environ 70 %. Leur solde cumulé est passé d’environ 2,6 à 4,6 millions d’ether. Le réseau ne voit pas arriver d’argent frais, il voit la même offre se concentrer, ce qui réduit le flottant disponible le jour où la demande reviendra.
Ce que le prix réalisé dit de chaque actif
Un indicateur remet ces flux en perspective, le prix réalisé, qui correspond au prix moyen auquel toutes les unités en circulation ont bougé pour la dernière fois. Comparé au cours du marché, il indique si les détenteurs se trouvent globalement en gain ou en perte latente, et à quelle distance.
| Actif | Cours observé | Prix réalisé |
|---|---|---|
| Bitcoin | 64 640 $ | 52 900 $ |
| Ether | 1 900 $ | 2 450 $ |
| XRP | 1,10 $ | 0,75 $ |
La lecture est immédiate. Bitcoin conserve une marge confortable au-dessus de son coût moyen d’acquisition, XRP également, tandis qu’ether s’échange nettement sous le sien. Les phases finales des marchés baissiers du bitcoin ont coïncidé avec un rapprochement entre les deux courbes, configuration qui n’est pas encore réunie aujourd’hui.
Cette distance explique pourquoi les analystes de CryptoQuant refusent de parler de plancher confirmé. Le rapport entre risque et rendement s’est amélioré depuis le début de la baisse, mais la valorisation laisse place à une dernière jambe baissière avant que le sol ne soit établi.
XRP, une accumulation nettement moins lisible
Le cas de XRP mérite d’être traité à part. La taille moyenne des ordres au comptant reste dans la fourchette des très gros intervenants, alors que le jeton oscille entre 1,00 et 1,20 dollar. L’indicateur de delta cumulé des volumes, qui mesure l’agressivité des acheteurs face aux vendeurs, se situe pour sa part en zone neutre.
Absorption passive plutôt qu’achat offensif, ce qui décrit une zone de construction plus qu’un retournement. La nuance compte pour qui sépare les actifs dont la thèse repose sur un usage réseau documenté de ceux qui vivent surtout de leur communauté et de leurs annonces. Trois actifs affichent le même comportement de détention, ils ne présentent pas pour autant le même profil de risque.
Les précédents que ce type de configuration réveille
Ce schéma d’accumulation en pleine capitulation n’a rien d’une nouveauté. Il a été observé à plusieurs reprises, avec des issues variables, ce qui invite autant à la lecture historique qu’à la modestie.
- Fin 2018, les gros portefeuilles avaient accumulé pendant que les petits comptes sortaient, plusieurs mois avant la reprise ;
- fin 2022, après l’effondrement de FTX, la même divergence avait précédé la remontée de l’année suivante ;
- en juin 2026, plus de la moitié des bitcoins se trouvaient en perte latente, un niveau rarement atteint ;
- début juillet 2026, l’accumulation on-chain a culminé pendant que les fonds cotés enregistraient des sorties massives.
Aucune de ces séquences ne s’est reproduite au même rythme, ni sur la même amplitude. Ce que les analystes on-chain y cherchent n’est pas un calendrier, plutôt une régularité statistique, faute d’outil plus fiable pour dater un creux.
La différence, cette fois, tient à l’étendue du phénomène. Trois actifs simultanément, et non le seul bitcoin, ce qui suggère que la conviction des gros porteurs dépasse le cadre d’un jeton unique. C’est aussi ce qui rend la photographie intéressante pour qui raisonne en allocation plutôt qu’en pari.
Ce que cette photographie ne dit pas
Une donnée de détention décrit un état, jamais une intention. Elle ne dit ni à quel prix ces portefeuilles vendront, ni s’ils vendront, ni sur quel horizon ils raisonnent. La frontière entre détenteur et spéculateur ne se lit pas sur une courbe de soldes, elle se lit dans la capacité à ne rien faire pendant que le marché s’agite.
Reste une question de méthode qui déborde largement la crypto. Un portefeuille se construit rarement quand l’actualité est agréable, et la période offre précisément le genre de contexte inconfortable où les arbitrages d’allocation se posent pour de bon : quelle part du patrimoine, sur quelle durée, avec quelle tolérance à une jambe baissière supplémentaire.
Les régulateurs européens avancent pendant ce temps sur un autre terrain. La période transitoire du règlement MiCA a pris fin le 1er juillet, et la ratification de l’accord CARF de l’OCDE, actée le 27 juillet en Conseil des ministres, organisera l’échange automatique d’informations sur les cryptoactifs. Un environnement plus lisible pour ceux qui détiennent dans la durée, à condition que l’empilement de contraintes ne décourage pas ceux qu’il prétend protéger.

