Classement mondial de l’adoption crypto : 36 pays notés, et la France nulle part

Henley & Partners a noté trente-six juridictions sur leur accueil des cryptomonnaies, et la France n'y figure pas. Le podium se joue sur un critère que l'Europe ne pratique presque nulle part.

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Un cabinet de conseil en résidence et citoyenneté vient de noter trente-six pays sur la manière dont ils accueillent les cryptomonnaies. Publié le 8 septembre par Henley & Partners, le Crypto Adoption Index en est à sa troisième édition et s’appuie sur plus de 900 points de données, répartis en six familles de critères pour un score maximal de 60 points. Il ne mesure pas l’usage réel des cryptos dans la population, mais l’accueil réservé aux détenteurs de patrimoine numérique.

Le podium n’a guère bougé, Singapour conservant sa première place pour la quatrième année consécutive. Le reste du tableau a été largement rebattu, avec six nouveaux entrants et des mouvements nets dans le premier tiers. Un absent frappe pourtant plus que les autres, la France ne figurant sur aucune des trente-six lignes. Faut-il y voir un biais de méthode, ou le reflet d’un rapport français particulier à la fiscalité des actifs numériques ?

Ce que note réellement ce classement

Les six familles de critères retenues vont de l’adoption publique à la fiscalité, en passant par l’environnement réglementaire, les infrastructures, l’innovation technologique et les facteurs économiques. Chacune est notée sur dix, ce qui donne un score total sur 60 points. Un pays peut donc figurer haut avec une réglementation moyenne s’il compense par une fiscalité nulle.

Cette construction explique une bonne partie des écarts observés. Un territoire qui ne taxe ni les plus-values, ni le staking, ni le minage décroche mécaniquement dix points sur soixante, soit un sixième du total, sans avoir rien entrepris d’autre. La méthode dit donc moins l’appétit d’un pays pour la blockchain que sa volonté d’attirer des capitaux déjà constitués. Reste à voir qui en profite le mieux.

Singapour, Émirats et Hong Kong verrouillent le haut du tableau

Singapour reste en tête avec 47,1 points sur 60, une quatrième année consécutive à la première place. La cité-État doit ce rang à une réglementation lisible, portée par la Monetary Authority of Singapore, et au meilleur score du classement en innovation technologique. Rien d’un coup d’éclat, plutôt la constance d’un cadre que les acteurs savent lire.

Les Émirats arabes unis signent la progression la plus nette, de la cinquième à la deuxième place, à 46,4 points. Leur avantage tient à un seul poste, un 10 sur 10 en fiscalité crypto, aucune taxe ne frappant le trading, le staking ni le minage. Hong Kong complète le podium à 46,2 points, avec les meilleures notes en infrastructures et en facteurs économiques.

Derrière ce trio, les États-Unis arrivent quatrièmes à 43,7 points, seul pays à décrocher un 10 sur 10 en adoption publique. La Suisse suit à 43,4 points, Malte à 42,9 avec la meilleure note en environnement réglementaire. Le reste du top 10 se joue dans un mouchoir de poche, entre 40,9 points pour la Thaïlande et 39,7 pour les Bahamas. Aucun de ces territoires ne taxe lourdement les plus-values.

L’Union européenne cantonnée à la seconde moitié du tableau

Cinq pays de l’Union apparaissent dans le classement, tous au-delà de la dix-huitième place. Leur positionnement respectif tient moins à leur cadre réglementaire, harmonisé depuis MiCA, qu’à leurs régimes fiscaux nationaux, restés très différents d’un État à l’autre.

  • L’Italie, dix-neuvième avec 34,2 points, grâce à une flat-tax réservée aux nouveaux résidents, dont le montant a doublé en deux ans pour atteindre 300 000 € par an ;
  • L’Autriche, vingtième avec 34,0 points ;
  • Le Luxembourg, vingt et unième avec 33,2 points ;
  • Le Portugal, vingt-troisième avec 32,5 points, porté par l’exonération des plus-values après un an de détention ;
  • La Lettonie, vingt-quatrième avec 32,3 points.

L’entrée en application complète de MiCA en décembre 2024 a uniformisé les règles du jeu sur tout le continent, sans rapprocher les pays européens du haut de tableau. Le cadre commun a même rebattu les cartes entre acteurs, comme l’a montré le rachat d’un gestionnaire recalé par l’agrément. L’harmonisation réglementaire ne compense pas un écart fiscal de dix points sur soixante.

Pourquoi la France n’apparaît nulle part

Aucune des trente-six lignes ne mentionne la France, alors que l’Italie, l’Autriche, le Luxembourg, le Portugal et la Lettonie y figurent. Le cabinet ne détaille pas ses critères d’inclusion, mais son public cible donne une indication : il conseille des détenteurs de patrimoine en quête d’une résidence fiscale, et la France ne se vend pas sur ce terrain. L’écart entre l’assiette estimée et les montants déclarés y atteint d’ailleurs 9,4 milliards de dollars contre 368 millions d’euros portés à la connaissance du fisc.

Le contraste avec les voisins européens mérite d’être relevé. L’Allemagne, elle aussi absente du tableau, vient de mettre fin à l’exonération après un an de détention, avec une flat tax de 26,375 % sur les achats postérieurs au 31 décembre 2026. Le mouvement européen va vers le resserrement, quand les pays du haut de tableau construisent leur attractivité sur l’absence d’imposition.

Les cryptomonnaies sont peut-être sans frontières, mais les familles qui les détiennent, elles, en ont une.

Dominic Volek, responsable des clients privés chez Henley & Partners, communiqué du 8 septembre 2026

Deux classements, deux définitions de l’adoption

Ce palmarès ne raconte pas la même histoire que l’indice mondial d’adoption publié par Chainalysis, qui mesure l’usage réel des cryptomonnaies dans la population. Sur ce second classement, l’Inde, les États-Unis et le Pakistan occupent le podium. Un seul des dix premiers de Chainalysis figure dans le top 20 de Henley, les États-Unis.

Les divergences sont parfois spectaculaires. La Turquie, très haut placée chez Chainalysis, plafonne à la quatorzième place ici, avec 36,2 points ; l’Argentine tombe à la vingt-sixième, à 29,6 points, alors qu’elle compte parmi les pays où l’usage quotidien est le plus intense. Le même mot recouvre deux réalités sans rapport, l’une portée par les utilisateurs du quotidien, l’autre par les grandes fortunes mobiles.

Six nouveaux entrants complètent l’édition 2026, les Bahamas, les îles Caïmans, Bahreïn, l’Argentine, les Maldives et le Paraguay. Bahreïn débute directement treizième à 36,7 points, après s’être doté d’un cadre dédié aux stablecoins, une première dans le Golfe. La liste dit assez clairement quel type de juridiction ce classement récompense, quand d’autres assument l’inverse, à l’image de l’enveloppe défiscalisée irlandaise fermée aux cryptos.

Des scores fiscaux qui déplacent des capitaux, pas des usages

Le classement récompense des régimes fiscaux, et les capitaux répondent aux régimes fiscaux. La citoyenneté par investissement, que plusieurs territoires du top 20 proposent, est devenue un argument commercial à part entière pour capter cette richesse mobile. Singapour l’a démontré quatre années de suite, sans afficher pour autant l’usage crypto le plus intense de la planète.

Un déménagement fiscal reste pourtant une décision d’une autre nature qu’un arbitrage de portefeuille, avec ses coûts, ses délais et ses conséquences durables sur une vie. La question que pose ce palmarès est plus modeste et plus immédiate : elle porte sur la part d’un patrimoine qu’une fiscalité nationale absorbe sur dix ans, et sur ce que vaut en regard la stabilité d’un cadre que l’on connaît déjà. L’édition 2027 dira si l’Europe a jugé utile de peser sur ce terrain-là.

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