Recalé par MiCA, Tilvest passe chez Coinhouse avec ses 500 conseillers en patrimoine

Faute d'agrément MiCA, Tilvest a cédé son activité de gestion sous mandat à Coinhouse fin août. Cinq cents conseillers en patrimoine changent d'enseigne, et le marché français n'en est qu'au début de son tri.

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Le marché crypto français vient de perdre un acteur et d’en renforcer un autre. Coinhouse a repris le 27 août 2026 l’activité de gestion sous mandat de Tilvest, une plateforme qui proposait aux conseillers en gestion de patrimoine d’intégrer des crypto-actifs dans les portefeuilles de leurs clients. La gestion sous mandat, c’est le fait de confier le pilotage d’un portefeuille à un professionnel plutôt que de passer soi-même ses ordres.

Le motif de l’opération tient en un mot : l’agrément. Depuis le 1er juillet 2026, le règlement européen MiCA impose à tout prestataire de services sur crypto-actifs de détenir un visa réglementaire pour continuer à exercer. Tilvest ne l’avait pas, Coinhouse l’avait obtenu dès le mois de mai. Le rachat n’est pas une conquête commerciale, c’est le règlement d’une sortie de route réglementaire.

Près de 500 conseillers partenaires passent au passage sous le giron du repreneur, un réseau que Tilvest avait mis cinq ans à construire. La question que pose ce transfert dépasse largement les deux entreprises concernées : à quoi ressemblera le marché français de la crypto une fois le tri réglementaire terminé ?

Ce que Coinhouse récupère, et ce que Tilvest laisse derrière

L’opération porte sur l’activité de gestion sous mandat, ses équipes et son réseau de distribution. Les conseillers en gestion de patrimoine et les conseillers en investissements financiers qui travaillaient avec Tilvest continueront de s’adresser aux mêmes interlocuteurs, désormais salariés du repreneur, sous une marque conservée telle quelle, Tilvest by Coinhouse. Le service ne s’interrompt donc pas, ce qui était la condition pour que le portefeuille de partenaires ne se disperse pas.

Ce que Tilvest perd, en revanche, c’est son autonomie. La plateforme avait patiemment bâti depuis 2021 une position auprès d’une profession réputée prudente sur les actifs numériques, avec une offre de mandats compétitive. Sans visa réglementaire au 1er juillet, ce capital commercial devenait inexploitable en propre et ne valait plus que ce qu’un acteur agréé acceptait d’en payer.

L’agrément PSCA, nouvelle ligne de partage du marché français

Coinhouse a décroché son agrément de prestataire de services sur crypto-actifs auprès de l’Autorité des marchés financiers en mai 2026, sur un périmètre de sept services, dont le conseil et la gestion de portefeuille. Deux mois d’avance sur la bascule, ce qui a suffi à transformer une contrainte réglementaire en position de force.

Le règlement MiCA ne se contente pas d’imposer une autorisation. Il fixe un capital minimum qui grimpe selon les services rendus, jusqu’à 150 000 euros pour la catégorie la plus large, à quoi s’ajoutent des exigences de conformité, de conservation et de gouvernance dont le coût annuel pèse lourd pour une structure de quelques dizaines de personnes. Nous avions détaillé en juin comment ce ticket d’entrée redessinait la carte des acteurs européens.

Les effets se lisent déjà. Début juillet, l’Union comptait plus de 280 acteurs crypto agréés, un chiffre qui paraît confortable jusqu’à ce qu’on le rapporte aux centaines d’enseignes qui opéraient auparavant sous des régimes nationaux plus souples. En France, l’ancien registre PSAN comptait bien davantage de noms que la liste des agréés MiCA n’en compte aujourd’hui.

Le cas le plus visible reste celui de Binance, qui a acté son départ de l’Hexagone après avoir échoué à obtenir son visa. Entre les départs purs et simples et les reprises comme celle de Tilvest, le marché se réduit par les deux bouts, et il se réduit vite.

Ce que l’opération change pour un conseiller en gestion de patrimoine

Pour les professionnels du patrimoine qui distribuaient les mandats Tilvest, le changement est moins spectaculaire qu’il n’y paraît, mais il touche plusieurs points concrets :

  • l’interlocuteur reste le même, les équipes ayant rejoint le repreneur ;
  • le cadre juridique change, puisque les mandats sont désormais adossés à un agrément AMF opposable ;
  • la conservation des actifs bascule sur l’infrastructure du repreneur, avec ses propres procédures et sa propre assurance ;
  • la grille tarifaire, elle, dépendra d’un acteur unique là où deux offres coexistaient.

Les trois premiers points relèvent de la sécurisation, et c’est précisément ce que la profession réclamait avant d’exposer ses clients aux actifs numériques. Le dernier relève du rapport de force, et il évolue en défaveur du distributeur.

Le conseiller qui voulait comparer deux mandats crypto régulés sur le marché français en trouve désormais un de moins. C’est la contrepartie mécanique d’un secteur qui se professionnalise en se resserrant.

Le patrimoine, terrain d’atterrissage de la crypto régulée

Cette bataille pour un réseau de 500 conseillers dit quelque chose de la manière dont les actifs numériques arrivent aujourd’hui chez l’épargnant français. Ils n’y arrivent plus seulement par une application téléchargée un dimanche soir, mais par le canal qui distribue déjà l’assurance-vie et les SCPI. Le prescripteur devient le conseiller, avec ses obligations de conseil et son devoir de vérifier l’adéquation d’un placement au profil de son client.

En reprenant l’expertise liée à l’activité de gestion sous mandat de Tilvest, nous apportons aux professionnels de la gestion de patrimoine et à leurs clients une solution robuste et un cadre juridique sécurisant, ainsi que des produits d’investissements sur crypto-actifs compétitifs.

Nicolas Louvet, CEO et cofondateur de Coinhouse, communiqué de presse sur la reprise de la gestion sous mandat de Tilvest, cité par le Journal du Coin le 31 août 2026

Le repreneur n’est pas un nouveau venu : fondé en 2014 sous le nom de La Maison du Bitcoin par Éric Larchevêque et Thomas France, il revendique plus de 100 000 comptes clients actifs. Douze ans d’ancienneté sur un marché où la durée de vie moyenne d’une plateforme se compte en années constituent en soi un argument auprès d’une clientèle patrimoniale.

Reste que l’arrivée de la crypto dans les circuits de conseil patrimonial soulève des questions que la seule conformité ne règle pas, comme le montre l’offre crypto destinée aux grands patrimoines et ce qu’il faut y vérifier avant de signer.

La consolidation a un prix, et il n’est pas seulement réglementaire

Un marché plus concentré est un marché plus lisible pour le régulateur et plus rassurant pour l’épargnant prudent. Il est aussi un marché où la pression concurrentielle sur les frais se relâche, où le choix se réduit, et où la défaillance d’un acteur emporte davantage de clients qu’auparavant. Ce mouvement n’a rien de propre à la crypto : la banque de détail et la gestion d’actifs l’ont connu avant elle.

La différence tient au calendrier. La consolidation bancaire s’est étalée sur trois décennies, celle du secteur crypto européen se joue en quelques trimestres, sous l’effet d’une date butoir unique. Les acteurs qui avaient anticipé l’agrément ramassent la mise, ceux qui ont temporisé cherchent un repreneur, et l’épargnant découvre le nouveau paysage une fois le tri fait.

Ce que la prochaine vague dira du marché européen

Le mouvement engagé ne s’arrête pas à Tilvest. Plusieurs structures françaises et européennes se trouvent dans la même situation, avec un dossier d’agrément incomplet et une trésorerie qui n’absorbe pas indéfiniment les coûts de conformité. Le prochain trimestre dira si le marché se stabilise autour d’une trentaine d’acteurs solides ou si la concentration se poursuit jusqu’à un oligopole de quelques enseignes paneuropéennes.

Pour l’épargnant, l’enjeu se déplace du choix de la plateforme vers celui du canal. Passer par un conseiller adossé à un acteur agréé apporte un cadre et une responsabilité juridique, au prix d’une couche de frais et d’une délégation de décision. Détenir ses cryptos en direct conserve la maîtrise et transfère toute la charge de la conservation et de la fiscalité. Le tri réglementaire n’a pas tranché entre ces deux voies, il a seulement rendu la première plus visible.

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