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- Un rachat à 250 millions de dollars pour s’implanter dans la garde
- Metaco, un spécialiste suisse de la garde institutionnelle
- Ripple mise sur la solidité de son bilan
- Un marché de la garde promis à 10 000 milliards de dollars
- La tokénisation, pari de long terme
- Une diversification sous le regard de la SEC
Ripple, connu pour ses solutions de paiements transfrontaliers fondées sur la blockchain, a décidé d’élargir son terrain de jeu. Le 17 mai 2023, l’entreprise américaine a annoncé le rachat de la société suisse Metaco, spécialiste de la conservation et de la tokénisation d’actifs numériques, pour 250 millions de dollars. L’opération marque son entrée dans un métier jusqu’ici périphérique à son cœur d’activité.
La conservation, ou garde d’actifs, consiste à sécuriser les cryptomonnaies détenues par des institutions, à la manière d’un coffre-fort numérique. En s’offrant Metaco, Ripple se dote d’une brique d’infrastructure recherchée par les grands acteurs financiers. Pourquoi un réseau de paiement dépense-t-il une telle somme pour un métier de coffre-fort ?
Un rachat à 250 millions de dollars pour s’implanter dans la garde
Les termes de l’accord sont limpides. Ripple devient l’unique actionnaire de Metaco, qui conservera néanmoins sa marque et son autonomie en tant qu’unité indépendante, toujours dirigée par son fondateur Adrien Treccani. L’entreprise suisse ne disparaît donc pas, elle change de propriétaire.
Ce montage permet à Ripple de récupérer aussitôt une technologie éprouvée plutôt que de la bâtir de zéro. La diversification vers la garde constitue, selon l’entreprise, un jalon dans sa stratégie de produits et une nouvelle source de revenus, à un moment où les paiements restent son principal moteur.
Ripple n’est pas un acteur marginal. Le groupe revendique des centaines de clients dans plus de 55 pays et sur six continents, avec des capacités de versement dans plus de 70 marchés. Cette base installée doit offrir à Metaco un débouché immédiat, là où la société suisse aurait mis des années à démarcher un tel réseau.
Metaco, un spécialiste suisse de la garde institutionnelle
Née en Suisse, Metaco s’est imposée comme un fournisseur d’infrastructures critiques pour les institutions. Son offre phare, la plateforme Harmonize, fait figure de standard de la conservation et de la tokénisation pour de grands établissements financiers.
- parmi ses clients figurent de grandes banques comme Citigroup et BNP Paribas ;
- sa technologie est déployée dans une dizaine de juridictions, de la Suisse à Singapour ;
- elle cible les banques dépositaires, les institutions financières et les grandes entreprises ;
- son infrastructure permet de conserver, d’émettre et de régler des actifs tokénisés.
Cette assise institutionnelle éclaire l’intérêt de Ripple. En absorbant une société déjà adoptée par des banques de premier plan, le groupe américain hérite d’une crédibilité auprès de la finance traditionnelle qu’il aurait mis des années à construire seul. La présence de Metaco, de l’Allemagne à Hong Kong en passant par la France, les États-Unis et l’Australie, lui apporte au passage une empreinte réglementaire rare dans le secteur.
Ripple mise sur la solidité de son bilan
Pour la direction de Ripple, l’acquisition s’inscrit dans une logique offensive. L’entreprise revendique une situation financière assez robuste pour multiplier les rachats, malgré les incertitudes qui pèsent sur l’ensemble du secteur.
Metaco est un leader éprouvé de la conservation institutionnelle d’actifs numériques, doté d’une équipe dirigeante exceptionnelle et d’un historique client véritablement inégalé. Grâce à la solidité de notre bilan et de notre situation financière, Ripple continuera de faire valoir son avantage dans les domaines critiques de l’infrastructure crypto.
Brad Garlinghouse, directeur général de Ripple, dans le communiqué officiel du 17 mai 2023
Du côté de Metaco, le discours est complémentaire. Adrien Treccani a salué un rapprochement censé permettre à sa société de changer d’échelle grâce à la force de marché de Ripple, tout en continuant de servir sa clientèle institutionnelle avec la même exigence.
Un marché de la garde promis à 10 000 milliards de dollars
Derrière ce rachat se cache un pari sur la taille du gâteau. Ripple avance que le marché de la garde institutionnelle de cryptoactifs pourrait atteindre près de 10 000 milliards de dollars d’ici 2030, porté par l’adoption des grandes institutions.
Ce chiffre, cité par la présidente de Ripple Monica Long, résume l’enjeu. La conservation n’est pas un service annexe mais une pièce maîtresse de l’infrastructure crypto pour les entreprises, au même titre que les paiements ou la gestion de la liquidité.
La garde répond à un besoin très concret. Les institutions qui veulent détenir des cryptoactifs doivent satisfaire à des exigences de sécurité et de conformité strictes, que peu d’acteurs maîtrisent réellement. C’est cette expertise, difficile à répliquer, que Ripple achète en même temps que la technologie de Metaco.
La tokénisation, pari de long terme
L’ambition de Ripple dépasse la seule garde. Le groupe avait déjà étoffé ses produits au-delà des paiements, vers la gestion de liquidité et les monnaies numériques de banque centrale. En intégrant Metaco, il se positionne cette fois sur la tokénisation des actifs financiers, c’est-à-dire leur représentation sous forme de jetons échangeables sur une blockchain, un chantier qui mobilise désormais les plus grandes institutions.
Cette conviction n’a rien d’isolé. Elle rejoint des projets de tokénisation lancés par les banques elles-mêmes, et fait écho à la conviction de nombreux dirigeants de la finance mondiale qui voient dans cette technologie l’avenir des marchés financiers. Ripple entend en être l’un des fournisseurs d’infrastructure.
Une diversification sous le regard de la SEC
Cette expansion se déroule dans un contexte judiciaire tendu. Ripple était alors engagé dans son long bras de fer avec la SEC, le gendarme boursier américain lui reprochant d’avoir vendu le jeton XRP comme un titre non enregistré. L’issue de ce procès restait incertaine au moment du rachat.
Ce calendrier en dit long sur la stratégie du groupe. Plutôt que d’attendre la fin de ses ennuis réglementaires, Ripple choisit d’investir et de s’ancrer dans la finance institutionnelle, à l’instar d’autres acteurs qui ont vu des banques se lancer dans la garde de cryptoactifs. La vraie question n’est plus de savoir si ce marché décollera, mais qui en tiendra les clés lorsque les grandes fortunes basculeront vers les actifs numériques.

