Quatre tokens DeFi promis devant le bitcoin d’ici 2030

Standard Chartered a publié quatre notes en huit semaines sur Chainlink, Uniswap, Aave et Morpho, avec des multiples supérieurs à celui du bitcoin. Tout repose sur une hypothèse de croissance et sur des votes de gouvernance qui n'ont pas encore eu lieu.

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Quand une banque d’investissement publie quatre notes en huit semaines sur quatre jetons de finance décentralisée, ce n’est plus une opinion isolée, c’est une thèse assumée. Standard Chartered a bouclé la série le 10 août avec Chainlink, après Uniswap, Aave et Morpho. La finance décentralisée, ou DeFi, désigne les services financiers de prêt, d’échange et de dépôt rémunéré rendus par des programmes autonomes sur une blockchain, sans passer par le bilan d’un établissement bancaire.

L’exercice intrigue quand on construit un patrimoine sur plusieurs années plutôt que sur plusieurs semaines. Les quatre scénarios reposent sur une seule hypothèse de croissance, et ils placent tous ces jetons devant le bitcoin à l’horizon 2030. Une banque cotée à Londres met donc son nom sur des objectifs d’altcoins, ce qui restait rare il y a deux ans. Ces prévisions valent-elles davantage que le pari de gouvernance qu’elles supposent ?

Quatre notes en huit semaines, un seul moteur de croissance

La banque attend 500 000 dollars sur le bitcoin et 40 000 dollars sur l’ether fin 2030. Depuis les 65 000 dollars du moment, cela représente une multiplication par 7,7 pour le premier. La même équipe de recherche annonce des multiples de 24 sur LINK, 25 sur UNI, 31 sur MORPHO et 39 sur AAVE, tous supérieurs à celui du bitcoin.

La séquence a commencé le 15 juin avec Uniswap, s’est poursuivie le 24 juin avec Aave, puis le 1er juillet avec Morpho. Le marché a réagi dans la journée sur deux d’entre elles : AAVE a gagné environ 15 % le jour de la publication, MORPHO plus de 13 %. Ces hausses ont mécaniquement rogné les multiples annoncés, qui sont passés de 50 à 39 sur AAVE et de 40 à 25 sur UNI.

Le moteur du scénario tient en deux chiffres. Standard Chartered projette une croissance rapide des actifs tokenisés, de 340 milliards de dollars aujourd’hui à 4 000 milliards fin 2028, et une part de ces actifs déployée en DeFi qui passerait de 3,5 à 30 %. Le résultat donne 2 700 milliards de dollars placés en DeFi fin 2030, soit trente-sept fois le niveau actuel. Tout le reste découle de cette projection.

Pourquoi Chainlink hérite de l’objectif le plus commenté

Le jeton LINK s’échangeait autour de 8,31 dollars le 10 août, et la banque lui fixe 200 dollars fin 2030, avec des paliers annuels de 13, 41, 82 puis 133 dollars. L’argument ne porte pas sur le cours mais sur la position du réseau : plus de 110 milliards de dollars de valeur sécurisée, environ 70 % de la valeur dépendant d’un oracle dans la DeFi mondiale, et plus de 80 % sur le seul Ethereum.

C’est la seule plateforme de bout en bout capable de prendre en charge le cycle de vie complet des actifs tokenisés, à la fois dans la finance décentralisée et dans la finance traditionnelle.

Geoff Kendrick, responsable mondial de la recherche sur les actifs numériques chez Standard Chartered, dans sa note « Owning the rails » du 10 août 2026

La liste des institutions qui utilisent déjà ces services impressionne : Swift, DTCC, Euroclear, JPMorgan, Mastercard, UBS, Fidelity et S&P Global y figurent, d’après la note. Le protocole d’interopérabilité du réseau a par ailleurs capté plus de 7 milliards de dollars de valeur migrée après la cyberattaque à 292 millions de dollars sur un pont LayerZero, en avril 2026. Son volume trimestriel a atteint 4,9 milliards de dollars au deuxième trimestre, en hausse de 353 % sur un an.

Une dépendance mérite d’être notée au passage. Aave V3, à elle seule, représente 44 % de la valeur sécurisée par Chainlink. L’oracle et l’un des protocoles qu’il alimente reposent donc partiellement l’un sur l’autre, ce qui relativise l’idée de quatre paris indépendants.

Les quatre paris ramenés à la même échelle

Comparer les objectifs à cinq ans avec ceux de fin 2026 permet de voir où la banque situe l’effort. Le tableau ci-dessous rassemble les cibles publiées pour chaque jeton, avec le bitcoin comme point de repère. L’écart de multiple entre les deux extrêmes atteint un facteur cinq :

JetonObjectif fin 2026Multiple attendu d’ici 2030
Bitcoin (BTC)100 000 $7,7
Chainlink (LINK)13 $24
Uniswap (UNI)6,50 $25
Morpho (MORPHO)3,50 $31
Aave (AAVE)180 $39

La lecture est franche : plus le multiple grimpe, plus le scénario suppose que le protocole capte réellement la valeur qu’il fait circuler. Le bitcoin ne dépend d’aucune décision de gouvernance pour valoir ce qu’il vaut. Les quatre autres, si, et c’est précisément là que le pari se joue.

Ce qu’il faudra pour que l’activité redescende jusqu’aux jetons

Un protocole peut brasser des milliards sans que son jeton en profite d’un centime. Encore faut-il qu’une part des revenus soit dirigée vers lui, et la situation diffère nettement d’un projet à l’autre. Quatre mécanismes de captation, à quatre stades de maturité :

  • chez Uniswap, le prélèvement sur les frais d’échange fonctionne depuis le 28 décembre 2025 et sert à racheter puis détruire des UNI ;
  • chez Aave, le programme de rachat a été suspendu le 19 avril 2026 au lendemain de l’exploitation du pont de Kelp DAO, et sa reprise dépend d’un vote de la DAO ;
  • chez Morpho, le mécanisme existe mais le prélèvement reste fixé à zéro, ce que seule la gouvernance peut changer ;
  • chez Chainlink, les paiements en stablecoins ou en jetons de gaz sont convertis en LINK depuis mars 2025, et la réserve du réseau détient déjà près de 5 millions de jetons.

Uniswap est le plus avancé sur ce terrain. Environ un sixième des frais d’échange rachète des UNI, 100 millions de jetons issus de la trésorerie ont été détruits, ce qui ramène l’offre totale de 1 milliard à 895 millions. Le dispositif rapporte environ 325 000 dollars par jour depuis son extension aux pools de la version 4 sur sept réseaux, en juillet.

Chez Morpho, le contraste est net : 5,5 milliards de dollars de dépôts sur ses marchés de prêt et 4,3 milliards dans ses coffres, mais aucun prélèvement pour le jeton. L’objectif de 60 dollars suppose donc un vote qui n’a pas eu lieu, ce qui rend le duel entre Aave et Morpho plus incertain qu’un simple écart de dépôts.

Un premier verdict tombe le 31 décembre 2026

La banque n’a pas seulement publié des cibles à cinq ans. Elle a fixé des objectifs de fin d’année : 13 dollars sur LINK, 6,50 dollars sur UNI, 180 dollars sur AAVE, 3,50 dollars sur MORPHO, 100 000 dollars sur le bitcoin et 4 000 dollars sur l’ether. Ces six actifs doivent progresser de 54 à 110 % en moins de cinq mois depuis leurs niveaux du 10 août.

Le bitcoin réclame la plus faible hausse, à 54 %, et l’ether la plus forte, à 110 %, alors que Standard Chartered avait déjà revu cet objectif à la baisse en juillet. La banque cite elle-même trois risques : une adoption institutionnelle plus lente que prévu, la concurrence de fournisseurs spécialisés sur chaque brique, et une défaillance technique qui abîmerait la confiance. Avant de juger le scénario 2030, il y a donc cinq mois d’observation à portée de main.

Ce qu’une prévision à cinq ans fait dans un portefeuille

Une prévision de banque est une hypothèse de croissance habillée en objectif de cours. Elle a le mérite d’être vérifiable, ce qui la distingue des promesses habituelles du secteur. Le calendrier de décembre en donnera un premier arbitrage public, et un objectif manqué en dit autant qu’un objectif atteint sur la solidité du raisonnement de départ.

Le reste relève de l’arbitrage personnel. Sur 113 jetons lancés depuis 2024, huit seulement sont encore vivants, et la DeFi n’échappe pas à cette sélection. Les quatre protocoles cités ici ont l’avantage d’avoir des revenus mesurables, ce qui n’était pas le cas des vagues précédentes. Reste à savoir lesquels laisseront ces revenus atteindre leurs porteurs, question de gouvernance avant d’être une question de marché.

C’est le tri qui s’annonce, et il ressemble à celui déjà engagé sur les jetons dopés à l’intelligence artificielle. Les prochains votes de DAO chez Aave et Morpho pèseront plus lourd sur le résultat que n’importe quelle note de recherche. Deux décisions de gouvernance vont trancher une partie du scénario, et elles ne dépendent d’aucune banque.

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