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- Une blockchain lancée avec Wall Street aux manettes
- Sept millions de transactions, presque aucun paiement
- Les jetons du premier jour ont fondu aussi vite qu’ils sont apparus
- Quand une dirigeante de Circle relaie elle-même un memecoin
- Le précédent Robinhood Chain relativise le démarrage
- Ce que ce premier jour dit aux infrastructures à venir
Onze validateurs fondateurs parmi lesquels BlackRock, Visa, Mastercard et la chambre de compensation américaine DTCC : peu de réseaux ont démarré avec un tel casting. Arc, la blockchain lancée le 16 septembre par Circle, l’émetteur du stablecoin USDC, se présente comme un système d’exploitation financier pour les paiements, les actifs tokenisés et le crédit institutionnel. Une chaîne conçue pour les banques, en somme, avec des frais réglés en USDC plutôt qu’en jeton volatil.
Vingt-quatre heures plus tard, le tableau ne ressemblait plus du tout à la brochure. Les blocs d’Arc étaient remplis de memecoins, ces jetons sans autre promesse qu’une blague et un graphique, et les traders qui les avaient lancés étaient déjà partis ailleurs. Le décalage entre l’intention et l’usage réel pose une question que tout investisseur devrait se poser avant de suivre une infrastructure adoubée par Wall Street : à quoi sert vraiment une chaîne quand personne ne l’utilise pour ce qu’elle promet ?
Une blockchain lancée avec Wall Street aux manettes
Circle n’a pas lésiné sur le déploiement. Au-delà des onze validateurs fondateurs, qui incluent aussi Intercontinental Exchange et Standard Chartered, plus de cent institutions figuraient au lancement comme participantes ou en phase d’exploration, parmi lesquelles BNY, HSBC et State Street. Uniswap et Aerodrome assurent la négociation, Aave et Morpho les marchés de prêt, et les fonds monétaires tokenisés USYC de Circle et BUIDL de BlackRock sont annoncés sur le réseau.
L’entreprise pesait déjà lourd avant ce lancement, avec 74 milliards de dollars d’USDC en circulation et une licence bancaire obtenue à New York au début de l’été. Arc devait être l’étage au-dessus. Son dirigeant n’a pas caché l’ambition qu’il y plaçait.
Il s’agit, je crois, du lancement de plateforme le plus lourd de conséquences de notre histoire, et d’un lancement plus lourd de conséquences encore que celui de l’USDC lui-même.
Jeremy Allaire, PDG de Circle, lors du point presse de lancement d’Arc, le 16 septembre 2026
La technique, elle, tient ses promesses. Les blocs tombent toutes les demi-secondes, sans congestion, et le réseau fonctionne pour l’instant en preuve d’autorité, avec un passage à la preuve d’enjeu envisagé pour 2027. Circle a frappé dix milliards de jetons ARC lors de la genèse, sans les rendre publics ni s’engager à le faire.
Sept millions de transactions, presque aucun paiement
Le compteur d’activité a explosé dès les premières heures. Arc a traité 7,83 millions de transactions en vingt-quatre heures, ouvert près de 400 000 nouveaux comptes et vu plus de 73 000 contrats déployés. Un démarrage que beaucoup de réseaux plus anciens n’ont jamais approché.
Sauf que l’usage pour lequel la chaîne a été bâtie ne représente presque rien dans ce total. D’après l’explorateur Blockscout d’Arc, les transferts d’USDC cumulent environ 624 000 opérations sur toute la vie du réseau, paiements institutionnels compris. Les frais moyens, eux, ont quadruplé pour atteindre trois centimes, signe mécanique d’une congestion tirée par autre chose que des virements : la spéculation sur les jetons fraîchement créés.
Les jetons du premier jour ont fondu aussi vite qu’ils sont apparus
Les memecoins lancés sur Arc dans les premières heures ont suivi la trajectoire habituelle du segment, en accéléré. Les trois plus visibles perdaient déjà plus de la moitié de leur sommet le lendemain matin :
- TOLLY reculait de 56 % par rapport à son plus haut de lancement ;
- COOL abandonnait 75 % ;
- LONG perdait 77 % ;
- ARGUS, plus gros jeton du réseau, se stabilisait autour de 16 millions de dollars de capitalisation.
Le détail qui pique : les deuxième et troisième capitalisations d’Arc sont cirBTC et EURC, deux produits maison de Circle. Autrement dit, une fois retirés les jetons de l’émetteur lui-même, il ne restait au sommet du classement qu’un actif spéculatif de seize millions de dollars.
Ce schéma n’a rien d’inédit pour qui suit le segment. L’effondrement des volumes de memecoins sur Solana avait déjà montré au printemps la vitesse à laquelle l’attention se déplace une fois la nouveauté consommée.
Quand une dirigeante de Circle relaie elle-même un memecoin
La critique la plus dure adressée à Circle ne porte pas sur l’usage détourné de sa chaîne, mais sur sa propre participation. Rachel Mayer, vice-présidente produit d’Arc, a publié le jour du lancement une image générée par intelligence artificielle faisant la promotion de DUKE, un memecoin présenté comme le chien de Jeremy Allaire. Le message a dépassé le million de vues et déclenché une volée de réponses hostiles.
Le reproche est simple à formuler : une entreprise cotée qui vend une infrastructure aux banques ne peut pas, le même jour, relayer un jeton spéculatif pour amorcer son propre réseau. La confusion des registres a été relevée par plusieurs observateurs du secteur, dont le commentateur Abbas Khan, qui estime que la chaîne se retrouve coincée entre deux identités, sans que personne sache s’il s’agit d’un réseau à memecoins ou d’une chaîne d’entreprise pour stablecoins.
Circle n’a pas répondu immédiatement aux sollicitations de presse sur ce point. L’épisode illustre une tension que le stablecoin commun de vingt-et-une institutions annoncé début septembre devra affronter à son tour : amorcer un réseau demande de la liquidité, et la liquidité la plus rapide à obtenir reste la plus spéculative.
Le précédent Robinhood Chain relativise le démarrage
Le scénario s’était déjà joué deux mois plus tôt. Robinhood Chain, présentée elle aussi comme une infrastructure sérieuse, avait vu son lancement du 12 juillet accaparé par les memecoins, avec un jeton chat monté brièvement à 156 millions de dollars de capitalisation. Le volume de son premier jour sur les places décentralisées avait atteint 878 millions de dollars, selon les données de DefiLlama.
Arc n’a fait, dans cette comparaison, qu’environ 82 millions de dollars, soit moins du dixième. Le point notable n’est pas tant la déception du volume que ce qu’il révèle sur la nature de ces chiffres : un lancement de chaîne d’entreprise mesure d’abord l’appétit des spéculateurs, pas l’adoption des institutions qui figurent sur le communiqué.
Ce que ce premier jour dit aux infrastructures à venir
Un réseau ne se juge pas sur vingt-quatre heures, et Arc a pour lui des fondations que peu de chaînes récentes peuvent revendiquer : des validateurs qui sont des institutions régulées, des frais libellés dans un actif stable, une confidentialité configurable pensée pour les auditeurs. La question n’est pas la solidité technique, elle est démontrée.
La question porte sur le temps que met une infrastructure financière à se remplir de son usage cible. Circle avait levé 222 millions de dollars en mai sur une valorisation de réseau à 3 milliards, et les fonds monétaires tokenisés qui doivent y circuler ne migrent pas en une semaine. Les six à douze prochains mois diront si les transferts d’USDC finissent par dépasser, en volume, les jetons de circonstance.
Le vrai signal à surveiller n’est donc ni le nombre de transactions ni le cours d’un memecoin, mais la part des volumes qui correspond à un règlement réel entre deux contreparties. Sur ce point, les 624 000 transferts d’USDC recensés à ce jour constituent la base de comparaison la plus honnête pour juger, dans six mois, si la promesse s’est réalisée.

