Memecoins en déroute : les volumes des DEX de Solana s’effondrent de 82 %

Les volumes hebdomadaires des DEX de Solana sont passés de 104 à 19 milliards de dollars en deux semaines, emportés par la déroute des memecoins. Une purge qui en dit long sur la redistribution des capitaux crypto.

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Si vous avez suivi l’actualité crypto ces deux dernières années, vous avez forcément croisé les memecoins, ces jetons spéculatifs inspirés de blagues d’internet, sans autre utilité que le pari sur leur popularité. Leur terrain de jeu favori se trouvait sur les plateformes d’échange décentralisées de Solana, ces places de marché appelées DEX qui permettent d’échanger des jetons sans intermédiaire, directement depuis un portefeuille personnel.

Le réseau qui avait fait des memecoins son principal moteur d’activité voit aujourd’hui ce carburant s’épuiser à grande vitesse. Les volumes hebdomadaires de ses DEX sont passés de plus de 104 milliards à moins de 19 milliards de dollars en deux semaines. Faut-il y voir le simple contrecoup d’un marché en correction, ou la fin d’un modèle spéculatif qui a fait long feu ?

Des volumes divisés par cinq en deux semaines

Les chiffres donnent la mesure du décrochage. Selon les données de Dune Analytics compilées par BeInCrypto, le volume hebdomadaire des DEX de Solana a chuté de 82 % entre la semaine du 11 mai et celle du 25 mai 2026, passant de plus de 104 milliards de dollars à moins de 19 milliards.

La plateforme Meteora, devenue l’un des terrains de jeu favoris de la spéculation sur les jetons à mèmes, illustre l’ampleur du reflux. Son volume hebdomadaire s’est contracté de 93 milliards à 9 milliards de dollars sur la même période, une division par dix qui laisse peu de doute sur l’origine du phénomène.

Ce décrochage s’inscrit dans un contexte de marché dégradé. Le bitcoin est passé de plus de 80 000 dollars à la mi-mai à moins de 62 000 dollars ce 4 juin, au cours d’un épisode qui a vu 1,5 milliard de dollars de positions longues liquidées en quelques heures d’après CoinDesk, dans un marché baissier au profil inédit. Un contexte qui n’explique pourtant qu’une partie du décrochage des jetons à mèmes.

Une mécanique spéculative qui s’enraye

Le moteur interne du phénomène memecoin se grippe pièce par pièce. Les données on-chain analysées par BeInCrypto montrent que la création de nouveaux jetons a pratiquement diminué de moitié au début de l’année 2026, signe que même les émetteurs ne croient plus à la recette. L’usine à memecoins Pump.fun, qui avait encore soutenu l’activité du réseau au premier trimestre, tourne désormais au ralenti, loin de la frénésie de l’été dernier.

Les bots de trading, conçus pour exploiter la volatilité de ces jetons, subissent le même sort. Leurs rendements ont fondu avec l’activité, et beaucoup sont devenus déficitaires, ce qui a retiré une part importante de la pression d’achat et de vente sur les paires concernées. Moins de volume entraîne moins de liquidité, qui provoque à son tour de nouveaux départs : le cercle est devenu vicieux, et il éclaire les raisons profondes de la désaffection.

Pourquoi les jetons à mèmes ne font plus recette

Derrière la chute des courbes, plusieurs facteurs convergent pour expliquer le désamour rapide des marchés pour les memecoins :

  • la rotation des capitaux vers d’autres actifs à fort momentum, actions liées à l’IA et introductions en bourse en tête ;
  • les pertes répétées des particuliers entrés en fin de cycle sur des jetons dépourvus de toute utilité ;
  • l’épuisement de l’effet de nouveauté, chaque vague de jetons copiant la précédente avec moins de succès ;
  • la correction générale du marché crypto, qui assèche l’appétit pour les paris les plus risqués.

Aucun de ces facteurs n’est anodin pris isolément, mais leur conjonction explique la brutalité du retournement, avec plus de 85 milliards de dollars de volumes hebdomadaires évaporés. Un actif dont la seule promesse repose sur l’arrivée permanente de nouveaux acheteurs ne survit pas à l’assèchement du flux. La question se déplace alors vers le réseau qui héberge ces jetons.

Solana, victime collatérale plus que cause

Le cours du SOL, autour de 71 dollars ce 4 juin, encaisse mécaniquement le choc. Il serait pourtant hâtif de confondre la santé du jeton avec celle du réseau, dont les fondamentaux techniques continuent de progresser : la mise à jour Alpenglow vient de franchir le testnet et rapproche le protocole d’une finalité proche de 150 millisecondes.

L’adoption institutionnelle ne faiblit pas non plus. La tokenisation d’actifs du monde réel a bondi de 43 % pour atteindre 2 milliards de dollars sur le réseau d’après un récent rapport de Messari, tandis que la percée du stablecoin USDPT de Western Union confirme que les grands noms du paiement s’installent durablement sur cette infrastructure.

C’est quand la mer se retire que l’on découvre ceux qui se baignaient nus.

Warren Buffett, lettre annuelle aux actionnaires de Berkshire Hathaway, 2001

La formule du célèbre financier s’applique à la lettre au reflux actuel. La marée spéculative, en se retirant, révèle quels protocoles reposaient uniquement sur le flux des parieurs et lesquels construisent une infrastructure utilisée par des acteurs économiques réels. Cette distinction dessine la suite probable des événements pour les capitaux en quête de destination.

Une purge qui redistribue les capitaux

L’argent qui quitte les memecoins ne disparaît pas, il se déplace. Les ETF bitcoin américains ont certes enregistré 3,5 milliards de dollars de sorties nettes en onze jours selon les chiffres relayés par Journal du Coin, mais les actifs de référence comme le bitcoin, l’ether ou le SOL conservent une profondeur de marché et des cas d’usage sans commune mesure avec les jetons à mèmes.

La dimension réglementaire pèsera aussi dans cette redistribution. L’Europe dispose avec MiCA d’un cadre déjà opérationnel qui sécurise les acteurs sérieux, et la tentation de Bruxelles d’y ajouter de nouvelles couches fiscales et administratives, comme la piste de 11 milliards d’euros de recettes évoquée début juin, gagnerait à être maniée avec prudence pour ne pas pousser l’innovation hors du continent. Cet arbitrage dira beaucoup du visage de l’écosystème à venir.

Le signal d’un écosystème qui change de carburant

Cette séquence ressemble moins à un effondrement qu’à une mue. Les réseaux qui survivront à la purge seront ceux qui auront remplacé le volume des parieurs par des usages réguliers, paiements, tokenisation et stablecoins en tête. Pour Solana, les 2 milliards de dollars d’actifs tokenisés pèsent aujourd’hui moins lourd que les 104 milliards de volumes spéculatifs d’hier, mais ils reposent sur des contrats et des clients, pas sur une mode.

Si vous observez le marché avec un horizon qui dépasse la prochaine bougie verte, l’épisode rappelle une règle ancienne de la finance : la valeur durable se construit sur des flux réels plutôt que sur l’humeur des foules. La purge des memecoins, douloureuse pour ceux qui y ont laissé des plumes, clarifie le paysage pour ce qui se construit ensuite, et c’est peut-être là sa principale vertu.

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