Bitwise ferme son ETF Dogecoin dix mois après l’avoir lancé

Le premier ETF Dogecoin de Bitwise ferme après dix mois de cotation, avec moins de 700 000 dollars d'encours et une part qui a perdu 45 %. Le produit existait, la demande n'est jamais venue.

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Un fonds indiciel coté se ferme quand il ne collecte plus assez pour payer sa propre existence. L’opération porte un nom, la liquidation : le gérant vend les actifs détenus, retire le produit de la cote et rend aux porteurs la valeur de leurs parts en espèces. Bitwise a annoncé le 10 septembre 2026 celle de son ETF Dogecoin, coté sur le NYSE sous le code BWOW, dix mois après l’avoir mis sur le marché.

Le produit avait été lancé en novembre 2025, au terme d’une bataille réglementaire que peu d’observateurs pensaient gagnable. Son arrêt n’a rien d’un accident technique ni d’une décision réglementaire : personne n’est venu acheter. Quand un actif obtient enfin l’emballage financier que ses partisans réclamaient et que la collecte reste nulle, que faut-il en conclure sur la demande réelle ?

Un fonds vidé avant même d’être fermé

Les chiffres de BWOW tiennent sur une ligne. L’encours du fonds plafonnait autour de 687 713 dollars au moment de l’annonce, soit l’équivalent d’un appartement parisien, pour un produit adossé à une cryptomonnaie capitalisée à plusieurs milliards. La valeur de la part avait perdu plus de 45 % depuis la cotation initiale.

Le volume d’échange raconte la même histoire. BWOW a culminé autour de 3 millions de dollars de transactions quotidiennes la semaine de son lancement, un niveau qu’il n’a plus jamais approché ensuite, d’après les relevés compilés par The Block. La collecte nette du mois d’août s’est établie à 318 000 dollars selon SoSoValue, ce qui constituait paradoxalement une amélioration après les légères sorties de juillet.

Un gérant ne facture des frais que sur les encours qu’il administre. À ce niveau, les recettes annuelles du fonds se comptent en milliers de dollars, quand les coûts de conformité, d’audit et de dépositaire se comptent en centaines de milliers. L’arithmétique impose sa conclusion bien avant que le gérant ne la formule.

Le calendrier de la liquidation, étape par étape

Bitwise a publié un échéancier précis, coordonné avec le NYSE pour assurer une sortie ordonnée. Les porteurs n’ont aucune démarche à effectuer, mais les dates comptent pour qui détient encore des parts.

  • 10 septembre 2026 : annonce officielle de la liquidation, effective le jour même ;
  • 14 octobre 2026 : dernier jour de cotation sur le NYSE, et conversion du dogecoin détenu en liquidités ;
  • 15 octobre 2026 : arrêt de la création de nouvelles parts, avant l’ouverture du marché ;
  • 22 octobre 2026 : versement en espèces de la valeur liquidative arrêtée au 21 octobre.

Cette mécanique protège les porteurs sur le plan opérationnel, mais elle ne les protège pas du prix. La valeur liquidative du 21 octobre sera celle du marché ce jour-là, quel qu’il soit, sans possibilité de choisir un moment de sortie plus favorable une fois la cote fermée.

Ceux qui préfèrent arbitrer eux-mêmes disposent d’un mois pour revendre leurs parts sur le marché secondaire. La liquidité y sera ce qu’elle a toujours été sur ce fonds, c’est-à-dire mince.

Ce que Bitwise disait au moment du lancement

Le contraste avec le discours de novembre 2025 mérite d’être relevé. Bitwise avait obtenu la cotation contre l’avis général, dans un contexte où la SEC multipliait les reports, et son dirigeant avait assumé publiquement le caractère atypique du sous-jacent. Aucune promesse de fondamentaux n’avait été faite, ce qui, avec le recul, rend la sortie plus cohérente qu’il n’y paraît.

Le DOGE a commencé comme une blague et est devenu une icône du mouvement crypto. Il ne prétend pas transformer les marchés de capitaux mondiaux ni vous convaincre qu’il a des fondamentaux ou une utilité. Et, contre toute attente, il a conservé sa pertinence et sa valeur plus longtemps que presque tout le reste dans la crypto.

Hunter Horsley, directeur général de Bitwise, au lancement de l’ETF Dogecoin sur le NYSE en novembre 2025

La communication de liquidation est nettement plus sobre. Bitwise indique avoir décidé de liquider le fonds dans le cadre de l’optimisation continue de sa gamme, formule habituelle qui désigne le tri d’un catalogue devenu trop large. Le gérant revendiquait 9 milliards de dollars d’actifs clients au 30 juin 2026, et un fonds à moins de 700 000 dollars y pèse moins qu’une erreur d’arrondi.

Le dogecoin loin derrière les autres altcoins cotés

La comparaison avec les autres ETF adossés à des altcoins situe l’ampleur de l’échec. Les volumes d’échange cumulés depuis le lancement de chaque catégorie de produit, relevés par The Block, séparent nettement le dogecoin du reste du rayon.

Actif sous-jacentVolumes cumulés des ETF
Hyperliquid2,1 milliards de dollars
Zcash1,5 milliard de dollars
Chainlink680 millions de dollars
Dogecoin300 millions de dollars

Le classement surprend surtout par son ordre. Deux actifs que le grand public connaît mal, Hyperliquid et Zcash, drainent chacun plusieurs fois le volume du memecoin le plus célèbre de l’histoire. La notoriété d’un jeton ne se convertit pas en flux investisseurs, et l’écart de sept fois entre Hyperliquid et Dogecoin le mesure sans détour.

Ces deux mêmes actifs ont d’ailleurs délogé le dogecoin du top 10 des capitalisations au cours de l’année écoulée. Le jeton s’échange autour de 0,084 dollar, pour une capitalisation de 13 milliards de dollars, loin des sommets qui avaient fait sa légende.

L’enveloppe réglementaire ne fabrique pas la demande

Le raisonnement qui a porté la vague des ETF crypto était limpide : donner à un actif un véhicule coté, logeable dans un compte-titres ordinaire, supprime les frictions et libère la demande institutionnelle. Le mécanisme a fonctionné pour le bitcoin, dans une moindre mesure pour l’ether. Il ne se transpose pas mécaniquement au reste du marché, et BWOW en administre la démonstration la plus nette à ce jour.

Le premier ETF Dogecoin américain était arrivé sur le marché en septembre 2025, suivi de plusieurs concurrents. Aucun n’a rencontré son public. Nous avions souligné, en examinant la vague de plus de cent produits annoncés pour 2026, que le nombre de lancements ne dirait rien de la demande sous-jacente. La liquidation de BWOW fournit le premier point de mesure sérieux.

Un gestionnaire de patrimoine qui cherche à s’exposer aux actifs numériques arbitre entre un nombre limité de lignes. Les segments qu’il retient sont ceux dont il peut expliquer la thèse d’investissement à un client, ce que la correction de juin sur les memecoins avait déjà rendu délicat pour ce segment précis.

Ce qu’un fonds qui ferme dit du reste du rayon

La disparition de BWOW laisse une question ouverte pour les dizaines de produits comparables encore en préparation. Chaque émetteur qui dépose un dossier sur un actif de deuxième ou troisième rang parie sur une demande qu’aucune donnée ne documente encore, et le coût d’un fonds qui ne collecte pas retombe intégralement sur son gérant. Les catalogues vont se resserrer avant de s’élargir.

Le cas du dogecoin garde par ailleurs sa singularité. Sa capitalisation de 13 milliards de dollars reste considérable pour un actif sans feuille de route ni utilité revendiquée, et ses détenteurs historiques n’ont jamais eu besoin d’un ETF pour en tenir. La demande existait là où le produit n’allait pas la chercher, dans des portefeuilles individuels plutôt que dans des allocations conseillées. Le signal technique haussier repéré sur le jeton l’an dernier, que nous avions analysé à propos de son golden cross de l’été 2025, relevait déjà de cette lecture de marché parallèle.

Reste à observer ce que les prochains mois révèlent des autres enveloppes lancées dans la même vague. La clôture d’un fonds ne se négocie pas et ne se commente pas : elle s’inscrit au calendrier, et celui de BWOW court jusqu’au 22 octobre.

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