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Une société française cotée à Paris continue d’empiler des bitcoins pendant que le marché doute. Capital B, ancienne The Blockchain Group, a annoncé le 2 septembre 2026 une levée de 7,6 millions d’euros souscrite par un seul investisseur, le cryptographe britannique Adam Back. Une trésorerie bitcoin désigne cette stratégie de bilan où une entreprise cotée loge ses réserves en bitcoins plutôt qu’en placements monétaires classiques, en pariant sur l’appréciation de l’actif sur une longue période.
Le montant paraît modeste au regard des milliards mobilisés outre-Atlantique par Strategy. Il tombe pourtant à un moment précis : le bitcoin vient de refluer sous les 77 000 dollars après un mois d’août à plus de 25 %, et les sociétés à trésorerie bitcoin voient leurs primes se réduire. Que vaut vraiment une opération de ce genre pour l’épargnant qui observe ces montages depuis l’extérieur ?
Une levée bouclée à prime sur le cours de bourse
L’opération porte sur 13 181 030 actions assorties chacune de quatre bons de souscription, un format que le droit français appelle ABSA. Le prix unitaire ressort à 0,58 €, soit une prime de 15,4 % sur le cours de clôture du 1er septembre. Le produit brut atteint 7 644 997,40 € selon le communiqué publié par Capital B, pour un produit net estimé à 7,3 millions d’euros une fois les frais déduits.
Lever au-dessus du cours n’a rien d’anodin sur Euronext Growth, où les placements privés se font le plus souvent avec une décote destinée à attirer les souscripteurs. Ici, l’investisseur paie plus cher que le marché et accepte en prime un calendrier serré, le règlement-livraison étant attendu à partir du 3 septembre. La direction a décidé du lancement le 1er septembre, sur délégation du conseil d’administration.
Trois cent soixante-seize bitcoins de plus dans le viseur
L’argent a une destination annoncée. Capital B indique que le produit du placement, combiné à ses activités courantes, pourrait financer l’achat de 376 bitcoins supplémentaires, ce qui porterait ses avoirs potentiels de 3 145 à 3 521 BTC, environ 269,5 millions de dollars aux cours actuels. La société revendique le rang de première trésorerie bitcoin d’Europe et travaille en parallèle sur un instrument de crédit adossé à ses bitcoins.
Le détail du bilan mérite un regard froid. Les 3 145 bitcoins déjà détenus ont coûté 284,2 millions d’euros, soit un prix de revient moyen de 90 352 € par bitcoin, pour une valeur de marché tombée à 214 millions d’euros. La position affiche donc une moins-value latente d’environ 70 millions d’euros, ce qui n’empêche pas la société de continuer à acheter.
Quatre bons de souscription accrochés à chaque action
La mécanique de financement se joue surtout dans les bons attachés aux actions, qui conditionnent les rentrées d’argent futures. Chaque ABSA embarque quatre bons répartis en trois tranches, chacune assortie de son propre prix d’exercice.
- Deux bons 2026-06 exerçables à 0,75 € l’action, soit 130 % du prix de souscription ;
- Un bon 2026-07 exerçable à 0,98 €, soit 130 % du prix de la tranche précédente ;
- Un bon 2026-08 exerçable à 1,27 €, avec la même progression de 130 % ;
- Une maturité de cinq ans pour l’ensemble des tranches, portant sur 52 724 120 bons au total.
Si tous ces bons étaient exercés, Capital B encaisserait 49,4 millions d’euros de plus. La société s’est réservé le droit de déclencher une période d’exercice accélérée dès lors que le cours moyen pondéré dépasse 130 % du prix d’exercice pendant vingt séances consécutives, un mécanisme qui transforme une hausse du titre en appel de fonds automatique.
Le regroupement d’actions prévu le 8 septembre, à raison de dix titres anciens pour un nouveau, ajustera ces prix d’exercice à 7,50 €, 9,80 € et 12,70 €.
Adam Back grimpe à la deuxième place du capital
Le souscripteur n’est pas un nouveau venu. Adam Back, patron de Blockstream et cité dans le livre blanc de Satoshi Nakamoto pour ses travaux sur Hashcash, détenait 14,82 % du capital ordinaire avant l’opération. Après l’émission, sa participation passe à 17,77 % du capital ordinaire, ce qui en fait le deuxième actionnaire derrière Blockstream Capital Partners et ses 18,91 %.
L’exercice complet des bons émis dans ce placement le porterait à 27,80 %. Pour les autres porteurs, l’addition se lit à l’envers : un actionnaire détenant 1 % avant l’opération et n’y souscrivant pas tombe à 0,97 % sur une base non diluée, et à 0,85 % si l’intégralité des nouveaux bons est exercée. La dilution est le carburant de ce modèle autant que son coût.
Le modèle à l’épreuve du bilan
Capital B n’est pas seule à jouer cette partition, mais elle reste un petit acteur à l’échelle mondiale. La société pointait au 26e rang des 198 sociétés cotées suivies par Bitcoin Treasuries le 2 septembre, d’après The Block, loin derrière les géants américains qui ont fait exploser le stock de bitcoins logé dans les bilans cotés. En Europe, l’allemand Bitcoin Group SE la devance encore avec 3 605 BTC.
La structure financière, elle, s’est considérablement chargée. Le tableau des instruments donnant accès au capital recense 327 146 686 bons en circulation, soit 320,4 millions d’euros de fonds propres potentiels, auxquels s’ajoutent 82,4 millions d’euros d’obligations convertibles libellées en bitcoin pouvant donner naissance à 88,7 millions d’actions. L’entreprise vise 15 000 BTC fin 2027 et 1 % de l’offre totale à l’horizon 2033.
Le pari assumé par ses dirigeants tient en une conviction assumée sur la très longue durée, qu’Alexandre Laizet, administrateur chargé de la stratégie bitcoin, résumait au printemps.
Dans la finance traditionnelle, si vous vous engagiez à payer une performance à deux chiffres, il faudrait promettre que vous allez générer quarante ou cinquante ans de flux de trésorerie à deux chiffres. Une société de trésorerie bitcoin a déjà quarante à cinquante ans de flux à son bilan aujourd’hui, et cet actif croît de 30 à 60 % par an.
Alexandre Laizet, administrateur de Capital B, entretien accordé à The Block au salon BTC Prague, publié le 16 juin 2026
Ce raisonnement suppose que l’appréciation du bitcoin continue de couvrir le coût de la dilution. Il perd toute solidité si le cours stagne plusieurs années, scénario que la contraction des primes de valorisation rend moins théorique qu’il y a un an.
Ce que les prochains jours vont dire du modèle
Deux échéances très rapprochées vont livrer un début de réponse. Le règlement du placement, attendu à partir du 3 septembre, dira si les 376 bitcoins sont effectivement achetés, et le regroupement d’actions du 8 septembre remettra le cours à l’échelle nécessaire pour espérer déclencher les exercices accélérés. Entre les deux, le titre reste suspendu à un actif qui s’échangeait autour de 76 800 dollars au moment de l’annonce.
Cette séquence pose une question plus large que le sort d’une petite valeur d’Euronext Growth. Elle interroge la place qu’un épargnant européen souhaite donner au bitcoin dans son patrimoine : l’action d’une société qui en accumule ne se comporte ni comme un ETF, ni comme une détention directe, puisqu’elle ajoute au risque de marché un risque d’exécution et de structure de capital. Le prochain communiqué d’achat dira laquelle de ces couches aura pesé le plus lourd.

