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- Une pépite parisienne devenue le premier trésor bitcoin d’Europe
- Un crédit adossé au bitcoin, calqué sur le modèle américain
- Ce que Capital B met concrètement sur la table
- Les risques d’un trésor financé par la dette
- Une bataille européenne sur le terrain de la régulation
- Le pari d’un patrimoine bâti sur le temps long
Une entreprise française est en train de s’imposer comme un nom à suivre dans l’univers des trésoreries d’entreprise adossées au bitcoin. Capital B, société cotée à Paris, a confirmé travailler sur un produit de crédit d’un genre nouveau, financé par ses réserves en cryptomonnaie. Une trésorerie bitcoin désigne précisément cette stratégie, où une société cotée place une partie de son bilan en bitcoins plutôt qu’en liquidités classiques, dans l’espoir que l’actif prenne de la valeur avec le temps.
Le modèle vient des États-Unis, où Strategy l’a popularisé à coups de milliards de dollars empruntés. Il franchit aujourd’hui l’Atlantique, porté par des acteurs européens décidés à jouer la même partition avec leurs propres outils financiers. Reste une question que beaucoup d’épargnants se posent en observant ces montages : peut-on bâtir une réserve solide en empruntant pour acheter un actif aussi volatil ?
Une pépite parisienne devenue le premier trésor bitcoin d’Europe
Capital B n’est pas un nouveau venu. La société s’appelait The Blockchain Group avant de se rebaptiser en juillet 2025, et elle revendique désormais le statut de première et plus grande trésorerie bitcoin d’Europe. Cotée sur Euronext Growth Paris sous le symbole ALCPB, elle a fait du bitcoin le cœur de son bilan, là où la plupart des entreprises se contentent de placements monétaires.
Ses réserves ont grossi au fil de levées successives. D’après l’entreprise, son trésor atteint 3 139 bitcoins, financés notamment par un placement privé de 15,2 millions d’euros bouclé en début d’année. Parmi les investisseurs figurent des noms connus du secteur, dont Adam Back, patron de Blockstream, et le fonds Fulgur Ventures.
Cette montée en puissance s’inscrit dans une vague bien plus large. Le seuil symbolique du million de bitcoins en trésorerie a d’ailleurs été franchi récemment par les sociétés cotées. Capital B veut s’imposer comme le porte-drapeau européen de ce mouvement, encore largement dominé par des acteurs américains.
Un crédit adossé au bitcoin, calqué sur le modèle américain
Le projet dévoilé par Capital B consiste à créer un instrument de crédit numérique destiné aux investisseurs européens. Présenté lors du salon BTC Prague par Alexandre Laizet, membre du conseil d’administration, il s’inspire ouvertement de produits américains comme le STRC de Strategy et le SATA de Strive. L’objectif affiché est clair : offrir des rendements à deux chiffres tout en limitant la volatilité sous la barre des dix pour cent.
Le mécanisme repose entièrement sur les bitcoins détenus par la société, qui servent d’actif sous-jacent au produit. Cette logique reprend le modèle inauguré par MicroStrategy, devenu la référence du genre. Selon Alexandre Laizet, la valorisation historique du bitcoin sur la durée permettrait de soutenir des rendements élevés sans les flux de trésorerie qu’exige la finance traditionnelle.
Notre responsabilité est d’apporter une solution à une Europe confrontée à une fiscalité élevée, à des enjeux de sécurité majeurs et à une réglementation inadaptée à l’ère numérique, en proposant un instrument de crédit numérique conçu pour répondre aux besoins du marché européen.
Alexandre Laizet, membre du conseil d’administration de Capital B, lors du salon BTC Prague 2026 (propos rapportés par The Block)
Ce que Capital B met concrètement sur la table
Au-delà du nouveau produit de crédit, l’entreprise a posé des jalons financiers précis pour accélérer son accumulation. Ces engagements donnent la mesure de son appétit et de la trajectoire qu’elle vise :
- un trésor cible de 15 000 bitcoins d’ici la fin 2027 ;
- l’ambition de détenir 1 % de l’offre totale de bitcoins à l’horizon 2033 ;
- une autorisation demandée aux actionnaires portant sur 5 milliards d’euros d’émissions d’actions et 116 milliards d’euros d’instruments de crédit ;
- un intérêt des investisseurs pour le crédit numérique multiplié par dix en un an.
Ces chiffres traduisent une stratégie d’accumulation continue, où chaque outil financier sert le même but : augmenter le nombre de bitcoins par action. C’est cet indicateur, et non le seul cours du jeton, que la direction met en avant pour mesurer sa création de valeur.
Les risques d’un trésor financé par la dette
Empiler du bitcoin avec de l’argent emprunté n’a rien d’anodin. Les dirigeants de Capital B reconnaissent eux-mêmes plusieurs zones de fragilité : une chute du cours, un risque d’exécution, la sécurité de la conservation des fonds et l’exposition aux contreparties. Une baisse prolongée du bitcoin fragiliserait tout l’édifice, puisque l’actif qui garantit la dette perdrait de sa valeur au pire moment.
L’expérience américaine donne un aperçu des tensions possibles. Strategy a récemment vendu 32 bitcoins pour honorer des versements liés à son produit STRC, avant d’en racheter 1 587 peu après. Ce va-et-vient assumé sur ses réserves illustre la gymnastique permanente qu’impose ce type de montage. La dette ne disparaît pas quand le marché se retourne, elle se rappelle au mauvais moment au souvenir des émetteurs.
Le contexte européen ajoute ses propres limites. Le marché des capitaux y reste plus fragmenté qu’aux États-Unis, les volumes plus modestes et l’appétit pour le risque plus mesuré. Reproduire le modèle de Strategy sur le Vieux Continent suppose de convaincre un écosystème plus prudent, moins habitué à financer des paris aussi directement adossés à un actif numérique.
Une bataille européenne sur le terrain de la régulation
Le discours de Capital B ne se limite pas à la mécanique financière. En présentant son projet, Alexandre Laizet a pointé une fiscalité jugée lourde et une réglementation qu’il estime mal taillée pour l’économie numérique. Son produit se veut une réponse à ces freins, pensée pour les besoins spécifiques du marché européen plutôt que calquée sans nuance sur les recettes venues d’outre-Atlantique.
Le calendrier donne du relief à ce positionnement. Alors que la bascule du cadre européen des crypto-actifs arrive à échéance, les acteurs du continent cherchent à concilier sécurité juridique et liberté d’innover. La société dit travailler exclusivement avec des banques régulées, façon de rassurer sur la solidité du dispositif tout en plaidant pour un environnement plus souple.
Le pari d’un patrimoine bâti sur le temps long
Ce que tente Capital B dépasse la simple curiosité boursière. L’entreprise fait le pari que le bitcoin, conservé et accumulé sur de longues années, peut servir de socle à des produits financiers encore inédits en Europe. Pour un particulier, l’intérêt n’est pas de copier ce montage, mais d’observer comment un actif volatil se transforme en brique patrimoniale entre les mains d’investisseurs disciplinés.
La réussite du projet dépendra autant des marchés que des régulateurs, et le risque d’un retournement reste entier. La trajectoire de ces trésoreries cotées dira si l’Europe sait faire émerger ses propres champions du bitcoin, ou si elle laissera le terrain aux pionniers américains. Les prochains mois, entre votes d’actionnaires et conditions de marché, en donneront les premiers indices.

