Les sociétés cotées détiennent désormais 1,2 million de bitcoins en trésorerie

Près de 200 sociétés cotées immobilisent désormais 1,2 million de bitcoins en trésorerie. Derrière Strategy, le modèle se mondialise et gagne lentement l Europe.

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Une entreprise cotée en Bourse qui range des bitcoins à côté de ses liquidités et de ses placements obligataires : l’image aurait paru saugrenue il y a cinq ans, elle décrit aujourd’hui une pratique entrée dans le paysage financier. La trésorerie Bitcoin, c’est exactement cela, une fraction des réserves d’une société placée en bitcoins plutôt qu’en cash, dans l’idée d’y loger une réserve de valeur durable.

Ce qui relevait de l’expérimentation menée par quelques pionniers s’est transformé en discipline de gestion à part entière, adossée aux marchés de capitaux. Reste une question de fond pour qui observe la construction de patrimoine des grands acteurs : pourquoi des sociétés entières convertissent-elles leur trésorerie dans un actif réputé volatil ?

Un seuil franchi en 2026

Le mouvement a changé d’échelle. À la mi-2026, on recense 194 sociétés cotées détentrices de bitcoins, pour un total d’environ 1,2 million de BTC, soit près de 96 milliards de dollars au cours du moment. Ces réserves pèsent désormais près de 6 % des 21 millions d’unités qui existeront jamais.

La part détenue par les sociétés cotées a quasiment doublé en un an, signe d’un rythme d’accumulation soutenu qui en dit long sur la maturation du sujet. Ce poids n’a rien d’anecdotique pour un actif encore jeune.

Les montants engagés traduisent une conviction, pas un placement d’appoint. Les directions financières franchissent le pas au terme d’un arbitrage assumé, porté par l’intérêt persistant des grands investisseurs, et cherchent à diversifier une trésorerie cantonnée au cash.

Strategy, le modèle qui a fait école

Impossible de comprendre la vague sans revenir à l’entreprise qui l’a lancée. Strategy, l’ex-MicroStrategy de Michael Saylor, détenait 818 334 bitcoins début mai 2026, accumulés à un cours moyen voisin de 75 537 dollars, pour une mise totale de l’ordre de 61,8 milliards de dollars.

La société revendique un rendement de 9,6 % sur son portefeuille depuis janvier 2026, une mesure maison censée refléter ce que chaque action capte de bitcoins. Ce modèle d’émissions d’actions et d’obligations convertibles réinvesties en BTC a essaimé bien au-delà des frontières américaines, y compris après son revirement sur la doctrine du never sell.

Pourquoi des entreprises convertissent leur trésorerie

Les motivations se ressemblent d’un dossier à l’autre, même si chaque conseil d’administration y met sa pondération. Plusieurs ressorts reviennent dans presque tous les dossiers :

  • se protéger de l’érosion monétaire en logeant une partie des réserves dans un actif à offre plafonnée ;
  • diversifier une trésorerie dormante, souvent rongée par l’inflation lorsqu’elle reste en liquidités ;
  • envoyer un signal de positionnement à des actionnaires et à des clients sensibles à l’innovation ;
  • capter, via des instruments financiers adaptés, une exposition au bitcoin sans céder le contrôle du bilan.

Aucun de ces ressorts ne tient si l’horizon retenu est court. La trésorerie Bitcoin suppose d’accepter des années de détention et une tolérance réelle aux à-coups de cours, faute de quoi l’exercice tourne court.

Les plus grandes trésoreries bitcoin cotées

Le palmarès des plus gros porteurs illustre la diffusion géographique du phénomène, des États-Unis au Japon en passant par la France. Le tableau ci-dessous resitue les principales trésoreries bitcoin cotées et ce qui distingue chacune.

SociétéPaysBitcoins détenusParticularité
StrategyÉtats-Unis818 334Premier détenteur mondial
MetaplanetJapon40 177Premier acteur hors États-Unis du top 3
The Blockchain GroupFrancePrès de 2 000Pionnière européenne du modèle

Un constat saute aux yeux à la lecture de ces chiffres : Strategy écrase encore la hiérarchie, mais l’apparition d’acteurs japonais et français montre que le modèle ne reste plus l’apanage des États-Unis. La dynamique se mondialise, à des rythmes très inégaux selon les régions.

L’Europe avance à pas comptés

Le Vieux Continent regarde le train passer plus qu’il ne le conduit. Les sociétés européennes engagées dans une trésorerie Bitcoin se comptent encore sur les doigts d’une main, loin derrière les écosystèmes américain et asiatique, alors même que le capital et l’ingénierie financière ne manquent pas sur le continent.

La française The Blockchain Group fait figure d’exception. Pionnière européenne du genre, elle revendiquait près de 2 000 bitcoins dès la mi-2025 et finance ses achats par des obligations convertibles, sur le modèle américain transposé à l’échelle d’Euronext.

Son dirigeant assume une lecture patrimoniale, à rebours du trading spéculatif. Il décrit une démarche d’accumulation structurée, pensée sur plusieurs années, où le bitcoin sert d’outil de diversification du bilan plutôt que de pari de court terme.

Bitcoin est pensé comme un actif de diversification stratégique, et non comme une simple réserve de valeur, dans un horizon qui anticipe les cycles économiques et l’adoption institutionnelle.

Alexandre Laizet, Deputy CEO de The Blockchain Group, entretien accordé à BeInCrypto, juillet 2025

Ce relatif retard européen tient autant à la prudence des directions financières qu’au poids d’un cadre réglementaire encore mouvant. Un environnement de règles plus lisible et moins tatillon aiderait sans doute les entreprises du continent à franchir le pas sans redouter l’insécurité juridique.

Une stratégie qui n’a rien d’un pari de court terme

Confondre cette tendance avec la spéculation de marché serait un contresens. Une trésorerie Bitcoin n’a rien à voir avec l’achat d’un jeton à la mode revendu trois semaines plus tard : elle repose sur une détention longue et délibérée, à mille lieues de l’agitation des memecoins et des promesses d’altcoins éphémères.

Le revers existe, et il serait malhonnête de le taire. Un actif qui a perdu plus de 20 % en quelques semaines au printemps 2026 impose une gestion sérieuse des risques que fait peser cette concentration, des fonds propres solides et une capacité à encaisser la volatilité sans vendre dans la panique.

Un signal à ne pas lire trop vite

Derrière ces 1,2 million de bitcoins immobilisés se joue une question plus large que la seule crypto : celle de la place qu’un actif numérique peut tenir dans une stratégie de construction de patrimoine, aux côtés des actions, de l’immobilier et des obligations. Les directions financières qui s’y intéressent raisonnent en allocation, pas en coup de poker.

L’enjeu des prochains trimestres ne sera pas tant le cours du bitcoin que la solidité des montages qui le portent au bilan. Entre les acteurs qui consolident un modèle éprouvé et ceux qui découvrent l’exercice, la ligne de partage se dessinera sur la discipline financière bien plus que sur l’enthousiasme du moment.

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