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- Le chiffre rond qui a servi de porte de sortie
- La prophétie autoréalisatrice du cycle de quatre ans
- Ce que change un actionnariat qui bascule vers les gérants
- Le mois d’août 2026 donne raison aux deux lectures
- Les agents autonomes, l’autre pari de SkyBridge
- Ce qui se joue quand un actif change de porteurs
Le bitcoin a clôturé la semaine du 23 août autour de 77 387 dollars, sa plus forte progression hebdomadaire jamais mesurée en dollars, et tourne depuis autour des 79 000. Ce sursaut fait vite oublier ce qui s’est joué quelques mois plus tôt, quand le cours a traversé la barre des 100 000 dollars dans l’autre sens. Ceux que le milieu appelle les OG, abréviation d’original gangsters, désignent les porteurs entrés il y a dix ou quinze ans, à une époque où un bitcoin valait quelques centaines de dollars. Beaucoup ont vu dans ce seuil rond le signal qu’ils attendaient.
Anthony Scaramucci, fondateur du fonds SkyBridge Capital, a fait de ces sorties l’explication centrale du retournement de marché, dans un entretien accordé au média spécialisé The Block. Sa lecture dépasse la simple prise de bénéfices : elle décrit un actif qui change de propriétaires, des militants de la première heure vers les gestionnaires de patrimoine. Que devient une monnaie numérique quand ceux qui y croyaient le plus décident de passer la main ?
Le chiffre rond qui a servi de porte de sortie
Cent mille dollars ne correspond à aucun événement du protocole : ni halving, ni mise à jour, ni décision de régulateur. C’est un repère mental, et c’est précisément ce qui lui donne son pouvoir. Pour un porteur entré autour de 400 dollars en 2013, le franchir revenait à multiplier sa mise par deux cent cinquante. Une décennie d’attente trouvait là une ligne d’arrivée lisible, que personne n’avait décrétée mais que tout le monde voyait.
Beaucoup d’OG détenaient leurs positions depuis dix ou quinze ans. Ils considéraient les 100 000 dollars par bitcoin comme un chiffre magique, et ils ont vendu.
Anthony Scaramucci, fondateur de SkyBridge Capital, dans un entretien accordé à The Block le 19 août 2026
L’ampleur du mouvement tient à l’effet de levier du temps plutôt qu’au nombre de vendeurs. Un porteur qui liquide 10 % d’une position accumulée quand le bitcoin valait 400 dollars sort des montants sans rapport avec sa mise initiale, et pèse sur le carnet d’ordres comme un institutionnel. Quelques milliers de portefeuilles suffisent alors à faire tourner un marché.
Reste que ces ventes ne se sont pas produites dans le vide. Elles sont arrivées au moment exact où une partie du marché s’était convaincue qu’un scénario particulier allait se répéter.
La prophétie autoréalisatrice du cycle de quatre ans
Deux lectures s’affrontaient depuis l’arrivée des fonds indiciels cotés. La première annonçait un super cycle, porté par des acheteurs institutionnels dont l’horizon dépasse la mode du moment. La seconde s’en tenait au rythme historique d’environ quatre ans, celui qu’un article publié ici avait décrit à travers le compteur des 900 jours. Scaramucci estime que la seconde s’est vérifiée parce qu’on l’avait anticipée.
Le mécanisme n’a rien de mystérieux : attendre une correction pousse à vendre avant elle, vendre fait baisser, et la baisse confirme l’attente de départ. Ce phénomène a un nom en sciences sociales depuis les années 1940, la prophétie autoréalisatrice, et il explique une part de ce que les graphiques présentent comme une régularité naturelle. Un cycle observé n’est pas forcément un cycle causal, distinction qui compte quand on bâtit une stratégie d’allocation dessus.
Ce que change un actionnariat qui bascule vers les gérants
John Darsie, directeur général de SALT et associé chez SkyBridge, décrit le mouvement comme une étape de maturation. Les pionniers réduisent leur exposition, tandis que d’autres profils entrent. Ce transfert modifie quatre choses concrètes pour qui détient du bitcoin sur longue période :
- la volatilité tend à se tasser, les gérants professionnels arbitrant par petites touches plutôt que par convictions tranchées ;
- les flux deviennent lisibles, puisque les véhicules cotés publient leurs souscriptions et leurs rachats chaque jour ;
- la sensibilité aux taux et aux publications macroéconomiques augmente, le bitcoin entrant dans les mêmes grilles de risque que les actions technologiques ;
- la durée de détention moyenne se raccourcit, un conseiller financier rééquilibrant son allocation deux à quatre fois par an.
Ce basculement n’est ni complet ni irréversible. Une part importante de l’offre reste conservée hors des plateformes d’échange, dans des portefeuilles personnels que ni un flux de fonds ni un communiqué trimestriel ne renseignent. Le marché visible ne dit pas tout du marché réel.
Les semaines écoulées offrent de quoi alimenter les deux camps en même temps.
Le mois d’août 2026 donne raison aux deux lectures
Le bitcoin aborde la dernière semaine du mois sur une hausse de 23 % depuis le 1er août, ce qui en fait son meilleur mois d’août depuis 2017. La semaine close le 23 août affiche 22,7 % de progression, un record en valeur absolue. L’ether suit avec près de 28 % sur sept jours et repasse au-dessus de 2 500 dollars, pendant que le XRP gagne environ 50 % et que le zcash s’envole de 68 %.
Du côté des véhicules cotés, la collecte nette atteint 2,6 milliards de dollars sur la semaine, dont 1,9 milliard pour les fonds adossés au bitcoin et 697,2 millions pour ceux adossés à l’ether. C’est le meilleur score depuis octobre 2025, et la confirmation la plus nette du retour des acheteurs institutionnels depuis le début de l’année. Un mouvement dont les premiers signes remontaient au début de l’été.
Ces chiffres décrivent un marché où les vendeurs de la première heure et les acheteurs institutionnels se croisent, plutôt qu’un marché qui aurait tranché. La question n’est pas de savoir qui a raison sur le court terme, mais quelle structure de détention ressort de cet échange, et ce que les nouveaux entrants comptent en faire.
Les agents autonomes, l’autre pari de SkyBridge
Scaramucci ne s’arrête pas au constat de marché. Il anticipe que les futurs agents d’intelligence artificielle autonomes régleront directement leurs transactions sur des chaînes de blocs, sans passer par la plomberie bancaire classique. Un logiciel qui achète de la puissance de calcul ou des données a besoin d’un moyen de paiement programmable, disponible en continu et sans compte bancaire à ouvrir.
Darsie relève une convergence plus immédiate, sur le terrain énergétique. Plusieurs mineurs de bitcoin réorientent déjà une partie de leurs centres de données vers le calcul destiné à l’intelligence artificielle, un basculement qui déplace la rentabilité du minage vers un tout autre client final. Pour l’investisseur, cela signifie qu’une ligne de son portefeuille exposée aux mineurs n’est plus tout à fait une exposition au bitcoin.
Ce qui se joue quand un actif change de porteurs
Le seuil des 100 000 dollars aura moins servi de sommet que de guichet. Les convictions accumulées pendant une décennie s’y sont soldées, et ce qui les remplace obéit à d’autres règles : mandats de gestion, ratios de risque, comités d’investissement. Un actif ne garde pas la même nature selon qui le détient, et cette bascule est probablement plus structurante que les dix mille dollars de variation qui occupent les commentaires.
Pour un patrimoine construit sur plusieurs années, la conséquence pratique est double. La corrélation croissante avec les marchés actions rogne une partie de l’intérêt de diversification qui justifiait la ligne au départ, ce que les 23 % de hausse du mois ne suffisent pas à masquer. En contrepartie, une détention plus institutionnelle réduit la probabilité des effondrements brutaux liés à quelques portefeuilles historiques.
Les prochains mois diront lequel des deux effets domine. Ils diront surtout si les nouveaux détenteurs restent en place quand le prochain seuil rond se présentera, cette fois dans l’autre sens.

