2,6 milliards en une semaine : le réveil brutal des ETF Bitcoin et Ethereum

Les ETF spot Bitcoin et Ethereum viennent d'encaisser leur meilleure semaine de collecte depuis octobre 2025, après sept mois de sorties nettes. Le déclencheur du retournement ne vient pas du marché crypto lui-même.

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Sept séances auront suffi à effacer une bonne part de la morosité qui pesait sur les fonds indiciels crypto américains depuis janvier. Les ETF spot Bitcoin et Ethereum, ces véhicules cotés en Bourse qui détiennent réellement les jetons pour le compte de leurs porteurs, ont encaissé 2,6 milliards de dollars de collecte nette sur la semaine écoulée, selon les données de SoSoValue compilées par The Block. Leur meilleur score depuis octobre 2025.

La bascule frappe d’autant plus que la semaine précédente s’était soldée par une décollecte de 392 millions de dollars. Près de trois milliards de dollars séparent donc deux semaines consécutives, sur des produits que Wall Street avait progressivement délaissés au profit des valeurs liées à l’intelligence artificielle. Un retournement de flux de cette ampleur se lit rarement comme un accident de calendrier. Reste à savoir si l’on assiste au début d’un cycle d’accumulation ou au rebond mécanique d’un marché qui avait trop vendu ?

Une semaine qui efface la moitié du déficit annuel

Le détail des chiffres donne la mesure du mouvement. Les ETF Bitcoin spot ont attiré 1,9 milliard de dollars, leurs équivalents Ethereum 697,2 millions. Les deux catégories signent leur meilleure semaine de 2026, et il faut remonter à la semaine du 10 octobre 2025, et ses 2,7 milliards, pour trouver mieux côté bitcoin.

Depuis leur lancement en janvier 2024, ces produits cumulent 53,7 milliards de dollars de collecte nette. L’année 2026 restait jusqu’ici déficitaire : 2,9 milliards de dollars sont sortis des ETF Bitcoin depuis janvier, 191,8 millions de leurs cousins Ethereum. La collecte de la semaine a ramené le déficit combiné des deux catégories de 5,7 à 3,1 milliards de dollars.

Cinq séances ont donc rattrapé près de la moitié du terrain perdu en sept mois. Ce sursaut ne dit rien de la suite, mais il rappelle une mécanique bien connue de ceux qui ont suivi la longue saignée du printemps : les flux institutionnels se retournent vite, dans un sens comme dans l’autre. Encore faut-il regarder précisément où l’argent est entré.

Deux séances ont concentré l’essentiel des entrées

Le réveil ne s’est pas étalé sur la semaine. Il tient à deux journées de mercredi et jeudi, en plein rebond des cours, qui ont porté à elles seules la quasi-totalité de la collecte. Voici les chiffres marquants relevés sur la période :

  • 517,2 millions de dollars de collecte le mercredi, meilleure journée depuis début mai ;
  • 606,3 millions le jeudi, dont 503 millions pour le seul fonds IBIT de BlackRock ;
  • 22,1 milliards de dollars de volumes hebdomadaires côté bitcoin, contre 6,9 milliards sept jours plus tôt ;
  • 96,1 milliards de dollars d’encours pour les ETF Bitcoin, en progression de 25,4 % ;
  • 6,9 milliards de dollars échangés sur les ETF Ethereum, soit 259,4 % de plus que la semaine précédente.

Une concentration pareille sur deux séances raconte un comportement de gestionnaire, pas d’épargnant. BlackRock a capté plus de huit dollars sur dix parmi ceux entrés dans la catégorie lors des grosses journées, ce qui prolonge la domination du gestionnaire américain sur la catégorie. La concurrence encaisse les miettes.

Cette asymétrie mérite d’être gardée en tête par quiconque construit une exposition durable. Un marché où un seul acteur oriente la majorité des flux quotidiens ne réagit pas comme un marché fragmenté. Côté ether, la semaine a produit un effet moins spectaculaire mais plus structurant.

Ethereum repasse au-dessus de son prix de revient

Les encours des ETF Ethereum dépassent désormais la collecte cumulée d’environ 2,1 milliards de dollars, alors qu’ils accusaient encore un retard de 711 millions quinze jours plus tôt. Traduit en clair, le prix de revient moyen de l’ensemble des porteurs est repassé sous le cours de marché. La masse des investisseurs entrés dans ces produits depuis leur ouverture n’est plus en perte latente.

Ce basculement comptable pèse plus qu’il n’y paraît sur le comportement des détenteurs. Un porteur en gain latent vend moins facilement qu’un porteur qui cherche à sortir à l’équilibre, et les 12,2 milliards de dollars collectés depuis le lancement changent de nature dès lors qu’ils travaillent. Le déclencheur du mouvement, lui, se trouve du côté de Washington.

Le Trésor américain, déclencheur inattendu du rebond

La hausse a démarré après une décision qui n’avait rien de crypto. Le Trésor américain a annoncé qu’il doublerait au moins la taille de ses rachats de soutien à la liquidité sur la dette longue, pour les porter à 4 milliards de dollars par opération d’ici au 9 septembre, après une poussée des rendements à trente ans. Les actifs rares ont répondu dans la foulée.

Les analystes de Bernstein rattachent explicitement le rebond du bitcoin à cette intervention, et rappellent que la faiblesse du marché crypto tenait au resserrement des conditions financières autant qu’à un désamour de fond.

Nous ne sommes pas des experts macroéconomiques, mais nous savons que le bitcoin a historiquement réagi positivement à une expansion de la liquidité.

Gautam Chhugani, analyste chez Bernstein, dans une note aux clients du 21 août 2026

Le raisonnement vaut au-delà des cryptomonnaies. Quand la dépense liée à l’intelligence artificielle se finance de plus en plus par la dette, une partie de la liquidité créée finit par chercher refuge dans des actifs à offre contrainte. Le bitcoin et l’or occupent la même case dans cette grille de lecture, et un portefeuille diversifié gagne à savoir laquelle des deux poches il alimente.

Bitcoin et Ethereum ne progressent pas au même rythme

Comparer les deux catégories sur les mêmes indicateurs éclaire la différence de maturité entre les deux produits. Le tableau ci-dessous reprend les données hebdomadaires de SoSoValue pour les ETF spot américains.

IndicateurETF Bitcoin spotETF Ethereum spot
Collecte nette de la semaine1,9 milliard de dollars697,2 millions de dollars
Volumes échangés22,1 milliards (+219 %)6,9 milliards (+259,4 %)
Encours sous gestion96,1 milliards (+25,4 %)14,3 milliards (+35,9 %)
Collecte cumulée depuis le lancement53,7 milliards12,2 milliards
Solde depuis janvier 20262,9 milliards de sorties191,8 millions de sorties

Le rapport de taille reste écrasant, avec près de sept fois plus d’encours côté bitcoin. Mais la progression relative des ETF Ethereum dépasse celle du bitcoin sur les trois indicateurs de flux, ce que Bernstein attribue à l’exposition plus directe de l’ether aux stablecoins, à la tokenisation et aux actifs du monde réel.

Ce décalage prolonge une tendance déjà visible dans les premières entrées repérées fin juillet, quand les institutionnels revenaient à bas bruit. Les deux réseaux ne captent plus exactement le même type de capitaux, et l’écart de rythme mérite d’être suivi sur plusieurs trimestres.

Ce que la reprise des flux ne garantit pas

Une semaine record ne referme pas une année compliquée. Le bitcoin s’échangeait autour de 77 200 dollars après un passage bref au-dessus de 79 000, l’ether près de 2 423 dollars, et les deux actifs restent loin de leurs sommets. Le déficit annuel de collecte n’est pas comblé, il est simplement réduit de moitié.

Le chiffre le plus parlant se lit pourtant ailleurs. Les 53,7 milliards de dollars investis depuis janvier 2024 pèsent aujourd’hui 96,1 milliards d’encours : plus de 42 milliards de dollars de plus-values latentes pour l’ensemble des porteurs, même avec un bitcoin repassé sous les 80 000 dollars. La durée de détention fait plus de travail que le timing d’entrée.

Reste la question que ce rebond laisse ouverte. Une liquidité créée pour éteindre un incendie obligataire n’est pas un signal d’adoption, et rien ne dit que le Trésor américain maintiendra ce rythme de rachats après le 9 septembre. Les flux d’ETF disent ce que fait Wall Street, jamais ce qu’elle fera, et l’écart entre les deux se paie généralement au comptant.

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