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Trade Republic a ouvert ce jeudi 20 août le Livret A à ses clients français, directement dans son application. Le produit n’a rien d’exotique : un livret d’épargne réglementée dont l’État fixe le taux, plafonné à 22 950 euros, dont les intérêts échappent à l’impôt sur le revenu comme aux prélèvements sociaux, et dont l’argent reste disponible à tout moment.
Ce qui change, c’est l’adresse. Le courtier allemand devient la première néobanque à distribuer un produit que 57 millions de Français détenaient fin 2025, soit 83 % de la population selon les données de la Banque de France. Une application connue pour le courtage d’actions et de crypto vient donc chercher l’épargne de précaution des ménages, là où les réseaux bancaires règnent depuis des décennies. Qu’obtient exactement celui qui ouvre ce livret ?
Ce que le courtier ouvre exactement
L’ouverture, l’alimentation et le pilotage du livret se font depuis la même interface que le compte-titres ou le plan d’épargne en actions. La rémunération est celle de tout le monde : le taux réglementé de 1,7 %, en vigueur depuis le 1er août 2026 après un relèvement depuis 1,5 %. Aucun établissement ne peut faire mieux ni moins bien, puisque ce taux est fixé par l’État.
Le déploiement se fait par paliers et suppose de disposer de la dernière version de l’application. Les conditions fiscales, elles, sont identiques à celles d’une agence de quartier, plafond de 22 950 euros compris.
Un point mérite l’attention de ceux qui possèdent déjà un livret ailleurs : la loi n’autorise qu’un seul Livret A par personne. Il faut donc clôturer le livret existant avant d’en ouvrir un nouveau, l’établissement d’origine versant les intérêts acquis au moment de la clôture. L’opération n’est pas un transfert au sens technique du terme.
Trade Republic distribue, AXA Banque porte le produit
La mécanique interne mérite d’être connue avant de virer le moindre euro. Trade Republic distribue le livret dans son application, mais les dépôts sont effectués auprès d’AXA Banque, qui en assure la gestion. Le nom affiché sur l’écran et l’établissement qui détient l’argent ne sont pas le même.
Ce montage n’est pas un raccourci commercial. Le courtier dispose bien du statut d’établissement de crédit et aurait pu porter le produit lui-même, mais la réglementation du Livret A impose d’affecter 40,5 % des sommes collectées à des crédits, principalement aux petites et moyennes entreprises. Ni l’activité de crédit ni l’offre aux professionnels n’existent chez Trade Republic, ce qui rendait le partenariat inévitable.
Pour l’épargnant, la conséquence pratique est mince, puisque la garantie des dépôts et le cadre réglementaire ne dépendent pas de l’interface. Elle n’est pas nulle pour autant : savoir qui détient son argent fait partie des questions élémentaires quand on répartit son patrimoine entre plusieurs enveloppes.
Pourquoi ce produit manquait à une néobanque allemande
Le Livret A n’a aucun équivalent européen, et c’est précisément ce qui en fait un passage obligé pour toute plateforme visant le marché français. Le dirigeant de la filiale française le formule sans détour dans un entretien accordé à ToutSurMesFinances.com.
Le Livret A est une exception culturelle française, il n’existe nulle part ailleurs en Europe.
Vincent Grard, directeur France de Trade Republic, dans un entretien accordé à ToutSurMesFinances.com le 20 août 2026
Le raisonnement de l’entreprise est celui d’un escalier. Le compte courant rémunéré sert l’argent du quotidien, le PEA et le compte-titres portent l’investissement de long terme, et il manquait la marche intermédiaire de l’épargne de précaution. Sans elle, un client français gardait toujours un pied dans une autre banque.
Les paramètres à connaître avant d’ouvrir
Le produit est standardisé, mais quelques chiffres décident de ce qu’il peut réellement faire dans un patrimoine :
- 1,7 % net d’impôt et de prélèvements sociaux, taux en vigueur depuis le 1er août 2026 ;
- 22 950 euros de plafond de versements, les intérêts capitalisés pouvant porter le solde au-delà ;
- capital garanti et retrait possible à tout moment, sans pénalité ni durée de blocage ;
- un seul livret par personne, d’où l’obligation de clôturer le précédent ;
- prochaine révision du taux attendue en février 2027, selon la formule de calcul réglementaire.
Ces paramètres dessinent un outil précis : un matelas disponible, garanti et faiblement rémunéré. Il ne construit pas un patrimoine, il évite d’avoir à vendre un actif volatil au pire moment pour financer une dépense imprévue.
La comparaison avec les livrets bancaires à taux boostés n’a d’ailleurs qu’un temps, ces derniers affichant des taux promotionnels sur quelques mois avant de retomber, et fiscalisés.
Où va réellement l’argent déposé
Le Livret A n’est pas un compte de dépôt comme un autre. Une large part de la collecte est centralisée par la Caisse des dépôts et consignations, un établissement public qui l’emploie à financer le logement social par des prêts longs à taux réduit, mais aussi des infrastructures publiques et la transition écologique. Le reste alimente le crédit aux entreprises.
Cette destination explique la rémunération modeste autant que la garantie. L’épargnant prête indirectement à l’État et aux bailleurs sociaux, ce qui n’a rien à voir avec le risque de contrepartie d’une plateforme d’échange, sujet que ce site traite régulièrement à propos de la cartographie des risques d’un portefeuille.
La marche qui manquait entre le compte courant et le PEA
Le calendrier a son importance. Trade Republic avait lancé son PEA en janvier 2025 et revendique plus de 400 000 PEA ouverts ou transférés depuis, un rythme qui a manifestement convaincu la direction d’aller chercher la brique suivante.
L’entreprise annonce par ailleurs 10 millions de clients dans 18 pays européens et 150 milliards d’euros d’actifs sous gestion. Elle avait déjà tenté d’élargir son offre française par des chemins plus discutables, comme son produit adossé à une introduction en Bourse de SpaceX. Le Livret A est à l’exact opposé de ce registre.
Les clients qui utilisent la plateforme pour leurs actifs numériques y trouveront une cohérence supplémentaire, puisqu’elle sert déjà de destination courante pour rapatrier un portefeuille détenu sur une plateforme d’échange. Reste que rassembler toute son épargne dans une seule application concentre aussi un risque opérationnel.
Le socle avant le risque
Un rendement de 1,7 % net ne fera jamais gagner d’argent en termes réels si l’inflation le dépasse, et personne ne construit un patrimoine avec un livret plafonné à 22 950 euros. Sa fonction est ailleurs : il achète la liberté de ne pas vendre au mauvais moment, ce qui vaut pour un portefeuille d’actions comme pour une poche en bitcoin.
L’ordre dans lequel se construit une épargne compte souvent davantage que le choix des supports eux-mêmes. Le débat sur la part à conserver hors des actifs volatils ne se tranche pas au taux affiché, mais au nombre de mois de dépenses qu’on peut couvrir sans toucher au reste.
Voir une application de courtage crypto distribuer le produit d’épargne le plus classique de France dit quelque chose du moment. Les frontières entre banque, courtage et actifs numériques se brouillent, et l’épargnant devra de plus en plus arbitrer seul entre des enveloppes qui cohabitent désormais sur le même écran.

