DGFiP piratée : 678 000 dossiers fiscaux dans la nature, la France en première ligne

Le ministère de l'Économie confirme le vol de 678 438 dossiers fiscaux, revenu de référence et adresses comprises. Dans le pays qui concentre déjà les deux tiers des agressions physiques visant les détenteurs de cryptomonnaies, un tel fichier ne passe pas inaperçu.

Voir la table des matières Ne plus voir la table des matières

Le ministère de l’Économie a confirmé le 13 août un accès frauduleux au système d’information de la direction générale des Finances publiques. Un pirate se présentant sous le pseudonyme ZeroBytes revendique l’extraction de 678 438 dossiers fiscaux de particuliers et de professionnels. Le revenu fiscal de référence, cette ligne qui résume à elle seule le niveau de vie d’un foyer, figure dans le lot. Un fichier de ce type ne se contente pas d’exposer des identités, il classe des fortunes.

La fuite tombe dans un pays qui concentre déjà l’essentiel des agressions physiques visant les détenteurs de cryptomonnaies. Ces attaques, où la victime est contrainte sous la menace de transférer ses avoirs, se nourrissent d’une information simple : qui possède quoi, et où. La France occupe la première place mondiale de ce classement peu enviable. Que change concrètement l’arrivée d’un tel fichier sur le marché noir ?

Ce que contient réellement le fichier volé

Le détail publié par le média spécialisé FrenchBreaches, repris par Decrypt, donne la mesure de la fuite. Quatre catégories d’informations composent le lot revendiqué :

  • 392 867 comptes de particuliers et 285 570 comptes professionnels, soit 678 438 lignes au total ;
  • l’état civil complet, avec noms, dates de naissance, adresses postales et électroniques, numéros de téléphone ;
  • les données financières du foyer, revenu fiscal de référence, taux de prélèvement à la source, situation familiale, personnes à charge et parts fiscales ;
  • une segmentation par patrimoine, avec 26 805 dossiers au-dessus de 116 000 dollars de revenu de référence, 386 au-dessus de 1,16 million et huit au-dessus de 11,6 millions.

Cette dernière ligne est celle qui compte. Elle transforme un annuaire en liste de cibles triée par valeur, exactement le travail de sélection qu’un criminel devait auparavant effectuer lui-même, à l’aveugle.

Le fichier serait proposé à la vente pour quelques milliers d’euros, soit une fraction de centime par identité exposée. Le rapport entre ce coût d’acquisition et la valeur des informations obtenues explique à lui seul l’appétit du marché noir pour ce genre de base.

Sept semaines entre l’intrusion et la confirmation

L’intrusion remonte au 26 juin, d’après le communiqué du ministère de l’Économie. L’attaquant aurait utilisé des identifiants dérobés pour se faire passer pour un agent disposant d’un accès légitime, avant d’exploiter un outil de recherche interne pour aspirer les données en rafale. Un contrôle de routine a coupé cet accès le mois même, mais l’exfiltration était déjà faite.

La confirmation publique n’est arrivée que le 13 août, sept semaines après les faits. Pendant tout ce temps, les personnes concernées n’avaient aucune raison de se méfier d’un courriel se réclamant de l’administration fiscale. Le décalage entre la découverte technique et l’information des victimes reste l’un des points faibles récurrents de ce type d’incident.

ZeroBytes revendique par ailleurs une seconde base, cadastrale cette fois, portant sur plus de deux millions de personnes. La DGFiP ne l’a ni confirmée ni infirmée à ce stade, et les investigations se poursuivent avec l’ANSSI. Une plainte doit être déposée et la CNIL sera notifiée.

Pourquoi un dossier fiscal vaut plus qu’un mot de passe

Un identifiant volé se change en cinq minutes. Une adresse, un revenu et une composition familiale ne se changent pas. La donnée fiscale est permanente, et c’est ce qui la rend si dangereuse une fois qu’elle circule. Elle permet de rédiger un message d’apparence officielle citant des montants exacts, et elle permet surtout de choisir une adresse à laquelle se présenter.

Le rapprochement avec les actifs numériques n’a rien de théorique pour les professionnels de la sécurité, qui ont réagi dès la publication du chiffre.

Encore une mauvaise nouvelle pour les bitcoiners qui vivent dans le pays numéro un des agressions physiques. L’administration fiscale française a été piratée, et 678 000 dossiers ont fuité.

Jameson Lopp, directeur de la sécurité de la plateforme Casa, message publié sur X et rapporté par Decrypt le 14 août 2026

La France, premier terrain des agressions physiques

Les deux principales sociétés d’analyse blockchain aboutissent au même constat, avec des méthodologies distinctes. Leurs relevés convergent sur la place de la France :

IndicateurChiffreSource
Agressions physiques recensées dans le monde au premier semestre 202652CertiK
Part de ces attaques survenues en France33 sur 52CertiK
Attaques recensées jusqu’en juin 202646, dont 30 en FranceChainalysis
Montant dérobé lors de ces agressionsplus de 30 millions de dollarsChainalysis

Deux comptages indépendants, un même ordre de grandeur : près de deux tiers des agressions mondiales se produisent sur le territoire français. La raison tenait jusqu’ici à la visibilité des victimes, souvent identifiées par leurs publications ou leur entourage professionnel.

Un fichier fiscal supprime ce prérequis. Le repérage ne dépend plus d’une imprudence de la victime, il dépend de la sécurité d’une administration. Un couple ne détenant aucune cryptomonnaie a d’ailleurs été ciblé récemment sur la foi de l’historique fiscal de son logement, à la place de l’ancien propriétaire.

Deux fuites en six mois dans la même administration

L’épisode n’est pas isolé. En février, le fichier bancaire FICOBA, également hébergé par la DGFiP, avait exposé 1,2 million de comptes, relevés d’identité bancaire et numéros fiscaux compris. Deux vols massifs en six mois sur deux systèmes distincts de la même administration dessinent autre chose qu’une série de malchances.

La répétition change la nature du risque pour un détenteur d’actifs numériques. Chaque fuite s’ajoute aux précédentes et les bases se recoupent : un nom présent dans FICOBA et dans le fichier de juin donne un profil autrement plus complet que chacune prise isolément. La même mécanique joue avec les adresses de clients de fabricants de portefeuilles dérobées ces dernières semaines.

Ce qui reste sous contrôle du détenteur

La fuite est irréversible, mais son exploitation ne l’est pas. Un message citant un revenu fiscal exact reste un message non sollicité, et l’administration ne demande jamais de coordonnées bancaires ou de phrase de récupération par courriel. Le niveau de détail d’un texte n’a jamais constitué une preuve d’authenticité.

La vigilance vaut aussi pour les faux conseillers, qui prospèrent depuis que la migration réglementaire a brouillé les repères des épargnants européens. Un fichier fiscal leur offre le seul élément qui leur manquait, la crédibilité chiffrée. Le même ressort alimente les campagnes qui ciblent les vieux portefeuilles laissés à l’abandon.

Sur le plan patrimonial, la discrétion redevient une ligne de défense à part entière. Ne pas commenter publiquement ses positions, répartir la garde de ses avoirs, séparer les adresses de réception : ces réflexes coûtent peu et réduisent la surface d’attaque, y compris pour un portefeuille modeste qu’un criminel surestimerait.

La donnée fiscale, angle mort de la sécurité patrimoniale

La sécurité d’un patrimoine numérique se raisonne encore largement en termes de clés, de portefeuilles et de plateformes. Cette fuite déplace la question ailleurs. L’identité fiscale est devenue une surface d’attaque à part entière, et elle échappe entièrement à celui qu’elle décrit, puisqu’elle est détenue et protégée par un tiers dont il ne choisit ni les outils ni les procédures.

Se pose alors une question que la réglementation européenne n’a pas encore vraiment tranchée : quelle responsabilité pèse sur une administration dont les fichiers alimentent une criminalité violente ? Les enquêtes en cours diront si l’intrusion de juin relevait d’une faiblesse ponctuelle ou d’un défaut de conception. La réponse pèsera sur la confiance que les épargnants accordent à la centralisation de leurs données patrimoniales.

Associé à : , , , ,


Vous appréciez cet article ?

Partagez-le avec vos proches Ajoutez-nous comme source préférée