BlackRock encaisse 15 milliards et perd quand même 39 % sur ses fonds crypto

Le premier gestionnaire d'actifs mondial a capté 15,1 milliards de dollars sur ses produits crypto en un an. Ses encours ont pourtant reculé de 39 %, et l'écart en dit long sur la mécanique d'un marché baissier.

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Un gestionnaire d’actifs peut collecter des milliards et voir malgré tout son portefeuille rétrécir. C’est exactement ce qui vient d’arriver à BlackRock sur sa poche crypto. Les fonds dédiés aux actifs numériques du premier gestionnaire mondial sont tombés à 48,8 milliards de dollars à la fin du deuxième trimestre 2026, contre 79,6 milliards un an plus tôt, un recul de près de 39 % consigné noir sur blanc dans ses résultats trimestriels.

Les encours sous gestion, c’est la somme des capitaux qu’un gérant fait travailler pour le compte de ses clients. Ils ne bougent que pour deux raisons : l’argent qui entre et sort, et la valeur des actifs détenus. Sur douze mois, la maison a bel et bien capté de l’argent frais sur ses produits crypto, et le résultat affiché n’en reste pas moins négatif. Le chiffre a de quoi intriguer quiconque suit l’installation de la finance traditionnelle sur le bitcoin. Comment un gérant peut-il collecter 15 milliards de dollars et finir l’année en recul de près de 39 % ?

Quand la marée du marché efface l’argent frais

Le calcul est brutal dans sa simplicité. Sur douze mois, les produits crypto de BlackRock ont attiré 15,1 milliards de dollars d’entrées nettes, d’après le document de résultats déposé par le groupe. Ces flux ont été plus qu’effacés par 45,8 milliards de dollars de dépréciation de marché. Trois dollars de moins-value pour un dollar collecté.

La faiblesse s’est prolongée sur le trimestre lui-même, avec 3,1 milliards de dollars de sorties nettes sur les produits crypto. Rien de surprenant quand on regarde les cours : le bitcoin a lâché plus de 14 % sur la période et l’ether près de 25 %. Un fonds indiciel au comptant ne fait rien d’autre que suivre le prix de ce qu’il détient, à la hausse comme à la baisse. Aucune gestion active ne vient amortir le choc, et c’est précisément ce que les porteurs achètent.

Ce mécanisme mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il conditionne la façon dont on lit les flux. Pendant que la valorisation des fonds fondait, les gros portefeuilles ont continué de ramasser l’offre disponible sur le marché. Un même trimestre supporte deux lectures : la photographie comptable d’un côté, le mouvement de fond de l’autre.

Ce que le trimestre du plus gros gérant du monde met sur la table

Les résultats du deuxième trimestre 2026 livrent une poignée de chiffres qui résument la situation de la poche crypto de BlackRock.

  • 48,8 milliards de dollars d’encours crypto fin juin, contre 79,6 milliards un an plus tôt ;
  • 15,1 milliards de dollars d’entrées nettes sur douze mois, absorbées par 45,8 milliards de dépréciation ;
  • 3,1 milliards de dollars de sorties nettes sur le seul deuxième trimestre ;
  • un bitcoin en repli de plus de 14 % et un ether en baisse de 25 % sur la période ;
  • 40 millions de dollars de revenus crypto annuels aujourd’hui, soit moins de 1 % du chiffre d’affaires du groupe.

Le dernier point est celui qu’on oublie le plus volontiers. La crypto reste une ligne marginale dans les comptes du gérant, malgré le bruit qui entoure chacun de ses mouvements. C’est aussi ce qui lui permet d’encaisser un trimestre difficile sans trembler.

Une maison en pleine forme, une poche crypto à contretemps

Le reste de l’établissement affiche une santé insolente. BlackRock a inscrit un record d’encours sous gestion à 15 300 milliards de dollars après 192 milliards d’entrées nettes sur le trimestre, et dépassé les attentes de Wall Street avec un bénéfice ajusté par action de 13,91 dollars pour 7,08 milliards de dollars de revenus. L’action gagnait 4,15 % à 1 068 dollars dans les échanges d’avant-Bourse.

Mettre les deux chiffres côte à côte a quelque chose d’instructif. La poche crypto pèse à peine 0,3 % des encours du groupe. Un actif volatil logé dans un ensemble large ne met pas cet ensemble en danger, il en fait bouger la marge. C’est la mécanique même de la répartition, et la correction de 2026 a rebattu les cartes de la diversification pour bien des portefeuilles au-delà de la seule sphère crypto.

Le pari des 500 millions de dollars de revenus d’ici 2030

Lors de sa conférence de résultats, le groupe a confirmé viser 500 millions de dollars de revenus annuels tirés de son activité crypto d’ici 2030. Un bond de plus de dix fois par rapport aux 40 millions engrangés aujourd’hui via ses commissions de base et le prêt de titres.

L’objectif suppose deux choses : que les encours remontent, et que la gamme s’élargisse au-delà du simple suivi de cours. Depuis le lancement de ses fonds indiciels au comptant sur le bitcoin et sur l’ether en 2024, la maison a ajouté l’iShares Bitcoin Income ETF, qui produit du rendement en vendant des options d’achat couvertes sur une exposition au bitcoin. Vendre la volatilité plutôt que la subir : la logique n’a rien de neuf sur les actions, elle arrive seulement sur le bitcoin.

La trajectoire n’avait rien d’évident vue de 2023, quand le patron du groupe voyait encore dans le bitcoin un instrument taillé pour le blanchiment d’argent. Sa volte-face publique reste l’un des marqueurs de la décennie pour le secteur.

Je pense que le bitcoin est désormais un instrument financier légitime.

Larry Fink, PDG de BlackRock, sur Fox Business, juillet 2023

Le chemin parcouru depuis se compte en dizaines de milliards. L’objectif de 2030 dépend malgré tout d’une variable que le gérant ne maîtrise pas : le prix des actifs qu’il loge dans ses fonds. Aucune stratégie commerciale ne compense un cycle baissier qui s’étire.

Stablecoins et tokenisation, l’autre chantier du gérant

La partie visible de l’activité crypto de BlackRock, ce sont ses fonds indiciels. La partie qui rapporte se joue peut-être ailleurs. Le groupe administre 60 milliards de dollars de réserves de Circle, l’émetteur de l’USDC, soit environ un quart d’un marché des stablecoins évalué à 300 milliards de dollars. Gérer les réserves d’un émetteur revient à encaisser une commission sur des bons du Trésor, sans exposition au cours des cryptos.

Le gérant vise ouvertement le rôle de gestionnaire de réserves de référence du secteur. Ce positionnement dépend étroitement du cadre juridique, avec des règles qui se durcissent d’un côté de l’Atlantique et se cherchent encore de l’autre. L’Europe a posé un cadre complet avant tout le monde, ce qui lui a coûté une partie de ses acteurs ; savoir si le curseur est au bon endroit reste ouvert.

Troisième chantier, la tokenisation. L’envolée des actifs réels portés sur blockchain aiguise l’appétit du gérant, qui a par ailleurs pointé les 5 milliards de portefeuilles crypto existants dans le monde comme canal de distribution pour ses produits classiques. Le calcul n’est plus de vendre de la crypto aux épargnants, mais de vendre des fonds traditionnels à des détenteurs de crypto. L’inversion est notable.

Ce que la mécanique des flux raconte du cycle en cours

Un trimestre où les entrées d’argent sont laminées par les cours n’a rien d’un accident : c’est la définition d’un marché baissier. Ce qui distingue les acteurs, c’est ce qu’ils font pendant. BlackRock élargit sa gamme, décroche des mandats de réserves et prépare la tokenisation pendant que sa poche crypto perd 39 % de sa valeur. Les deux mouvements ne se contredisent pas, ils se déroulent sur des horizons différents.

La question que pose ce trimestre déborde largement le cas d’un gérant américain. Elle porte sur la lecture qu’on fait d’un chiffre d’encours : photographie d’un prix à un instant donné, ou mesure d’une conviction qui s’installe. Les 45,8 milliards de dépréciation racontent le premier, les 15,1 milliards collectés racontent la seconde. Les prochains trimestres diront lequel de ces deux récits le marché avait raison de croire.

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