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La semaine a viré au rouge sang sur les marchés numériques. En quelques séances, près de 390 milliards de dollars de capitalisation se sont volatilisés, le pire reflux hebdomadaire depuis l’effondrement de FTX en 2022. Le Bitcoin est repassé sous les 62 000 dollars, l’Ether a glissé autour de 1 775 dollars et Solana s’échangeait près de 68 dollars, dans une cascade de ventes qui a balayé les positions les plus exposées.
Un krach, c’est d’abord un test de nerfs : il sépare ceux qui réagissent à chaud de ceux qui gardent le cap fixé des années plus tôt. Pendant que les écrans clignotent et que les ordres de vente s’enchaînent, une partie des poids lourds du secteur fait exactement l’inverse de la foule. Que fait, en pleine tempête, un gérant qui a transformé 20 millions de dollars en un fonds d’un milliard ?
Quand le marché s’effondre, les pressés paient l’addition
Les chiffres de la débâcle disent surtout qui a été pris à contre-pied. En vingt-quatre heures, plus de 1,6 milliard de dollars de positions ont été liquidées, et près de 4,5 milliards sur l’ensemble de l’épisode, dont l’essentiel sur des paris haussiers à effet de levier, d’après le Journal du Coin. La cascade de liquidations qui a accompagné la chute a frappé en priorité les traders à court terme, pas les détenteurs patients.
Les institutions n’ont pas été épargnées. Les ETF Bitcoin au comptant ont enregistré 2,3 milliards de dollars de sorties nettes en mai, leur pire mois de 2026, et Strategy a vendu du Bitcoin pour la première fois de son histoire, cédant 32 BTC afin de financer un dividende. Ces signaux ont nourri la panique bien plus que le moindre changement de fond sur la technologie sous-jacente, et la question des détenteurs qui ne vendent pas reste entière.
Un fonds d’un milliard né de 20 millions confiés par sa mère
Derrière la conviction des mains solides, il y a parfois une trajectoire singulière. James Wo, fondateur et patron du fonds d’investissement DFG, a commencé par observer ses camarades d’université spéculer sur le Bitcoin pendant le marché baissier de 2014. Il s’est lancé avec 20 millions de dollars confiés par sa mère, alors à la tête d’une société de capital-investissement en Chine, qui lui a accordé sa confiance sans même comprendre ce qu’était cette monnaie numérique.
Il a déployé ce capital initial dans le Bitcoin au creux de 2014 et 2015, avant de diversifier vers d’autres protocoles de première couche comme Solana, Polkadot ou Near. Dès janvier 2018, il misait 10 millions de dollars sur l’USDC, le stablecoin de Circle. DFG gère aujourd’hui plus d’un milliard de dollars répartis sur une centaine de participations, ce qui en fait l’un des plus gros investisseurs en capital-risque du secteur.
Cette expérience de plus d’une décennie nourrit une lecture très tranchée du marché actuel. Là où beaucoup ne voient qu’un effondrement, Wo distingue un point d’entrée et une hiérarchie nette entre les actifs. Sa thèse tient en une idée simple, qu’il assume sans détour : dans la crypto, tout ne se vaut pas.
Bitcoin face à la bourse et à la pierre
Pour Wo, le Bitcoin n’est pas un pari spéculatif parmi d’autres, mais un actif de réserve à comparer à la bourse et à l’immobilier. Il anticipe une correction autour de 60 000 à 62 000 dollars avant un nouveau sommet qu’il situe vers 125 000 dollars en 2027 ou 2028. Sa grille de lecture est celle d’un bâtisseur de patrimoine, pas d’un adepte du trading au jour le jour.
Je suis convaincu que le Bitcoin surperformera aussi bien la bourse chinoise que la bourse américaine ; sous tous les angles d’investissement, sa liquidité reste la meilleure au monde.
James Wo, fondateur et directeur général du fonds DFG, au CoinDesk lors de la conférence Proof of Talk à Paris, juin 2026
Cette comparaison avec les marchés actions n’a rien d’anodin dans un contexte où l’or, l’immobilier et les actions servent encore de boussole à la plupart des épargnants. La liquidité permanente du Bitcoin constitue, selon lui, son principal avantage sur la pierre, par nature lente à acheter comme à revendre. Ce raisonnement laisse toutefois entière la question des autres cryptomonnaies.
Pourquoi Ethereum divise les gérants
Sur l’Ether, le discours se fait nettement plus prudent. Wo rejette la prévision de Tom Lee, qui voit l’ETH grimper jusqu’à 250 000 dollars, et juge que la valeur captée par le jeton reste diluée par la migration de l’activité vers les réseaux de seconde couche. À près de 1 775 dollars, l’Ether évolue encore très loin de ses records.
Ce diagnostic ne fait pourtant pas l’unanimité. Vitalik Buterin lui-même a relancé le débat en février 2026 en suggérant que les solutions de seconde couche pourraient ne plus avoir de sens à mesure qu’Ethereum gagne en rapidité, ce qui ramènerait de la valeur vers la couche de base. Le réseau conserve une longueur d’avance sur le terrain des applications décentralisées et des stablecoins, un atout que ses détracteurs sous-estiment souvent.
La concurrence, elle, ne faiblit pas. Solana a généré 91 millions de dollars de revenus applicatifs en mai, devançant les 52 millions d’Ethereum, et cette dynamique se lit aussi du côté des développeurs qui migrent vers son écosystème. Reste une frontière que Wo trace sans hésiter : celle qui sépare ces réseaux établis du reste du marché.
Ce que la déroute révèle sur le reste du marché
La même tempête n’a pas frappé tous les actifs avec la même signification. Pour qui cherche à construire sur la durée, la chute a surtout fait le tri entre des projets aux fondamentaux solides et une longue traîne d’actifs purement spéculatifs. Trois signaux de cet épisode méritent l’attention :
- les memecoins ont été emportés les premiers, avec un effondrement des volumes sur les places d’échange de Solana de l’ordre de 82 % ;
- les altcoins fragiles encaissent la vague de déverrouillages de tokens de juin, qui dilue l’offre au plus mauvais moment ;
- Cardano est repassé sous 0,20 dollar, au plus bas depuis quatre ans, malgré un regain d’agitation sur les réseaux sociaux.
Ce tri n’a rien d’anecdotique pour un portefeuille. Les memecoins n’offrent aucun flux ni aucune utilité qui justifierait de les conserver une fois la fête terminée, et les altcoins les plus exposés peinent à se relever de tels épisodes. La diversification garde tout son sens, à condition de ne pas la confondre avec une dispersion sur des jetons sans substance.
Ce que la tempête met vraiment à l’épreuve
Une correction de cette ampleur agit comme un révélateur. Elle distingue moins les bons des mauvais actifs que les stratégies de conviction des réflexes de panique, et rappelle qu’un cycle se joue sur plusieurs années, pas sur quelques séances rouges. La capitalisation totale du marché est passée de 2,53 à 2,25 billions de dollars en une semaine, un mouvement brutal mais loin d’être inédit.
L’horizon que dessine Wo, celui d’un sommet possible en 2027 ou 2028, déplace le curseur bien au-delà du bruit quotidien. La vraie question n’est pas de deviner le point bas du mois, mais de savoir quels actifs on accepte de garder quand l’écran vire au rouge. C’est là que se joue la différence entre miser sur un rebond et bâtir un patrimoine capable de traverser les cycles.

