Bitcoin plonge sous les 62 000 dollars : liquidations en cascade et fuite vers l’IA

Le Bitcoin est passé sous les 62 000 dollars le 4 juin, balayé par 1,5 milliard de dollars de liquidations et une rotation des capitaux vers l'IA et les introductions en Bourse. Les analystes scrutent les signaux d'un épuisement des vendeurs.

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Le 4 juin, le Bitcoin est brièvement passé sous les 62 000 dollars, son plus bas niveau depuis février, avant de se stabiliser autour de 64 000 dollars. En vingt-quatre heures, près de 1,5 milliard de dollars de positions acheteuses ont été liquidées sur les plateformes de produits dérivés, selon les données rapportées par CoinDesk. Une liquidation désigne la fermeture forcée d’une position à effet de levier lorsque le dépôt de garantie du trader ne couvre plus ses pertes, un mécanisme qui transforme chaque baisse en accélérateur de baisse.

Cette secousse ne sort pas de nulle part : le marché crypto évolue en repli depuis l’automne, pendant que les indices actions enchaînent les records, portés par l’intelligence artificielle. Le contraste entre un Bitcoin délaissé et des Bourses euphoriques intrigue jusqu’aux analystes les plus aguerris. Simple purge spéculative comme le secteur en a déjà traversé, ou bascule plus profonde des capitaux vers d’autres horizons ?

Une cascade de liquidations qui amplifie la chute

La mécanique à l’œuvre est bien connue des marchés dérivés. Quand le cours casse un seuil technique surveillé par tous, les positions à fort levier sautent les unes après les autres et chaque vente forcée pousse le cours un peu plus bas, déclenchant la salve suivante. La veille du passage sous les 62 000 dollars, une vague de liquidations de 1,6 milliard de dollars avait déjà secoué le marché, d’après le Journal du Coin.

Sur sept jours, le Bitcoin abandonne environ 9,5 % et retrouve des niveaux délaissés depuis février. L’Ethereum a glissé sous les 1 800 dollars et Solana évolue autour de 70 dollars : la correction frappe l’ensemble des grandes capitalisations, sans épargner les valeurs les plus établies de la cote crypto.

Ce décrochage présente pourtant un visage inhabituel, et la physionomie inédite de ce marché baissier interroge : pas de faillite retentissante, pas de scandale, mais une érosion continue et silencieuse de la demande. Pour en prendre la mesure, il faut regarder du côté des fonds indiciels, longtemps présentés comme le moteur du cycle.

Des ETF qui se vident à un rythme record

Les ETF Bitcoin cotés à Wall Street, vitrine de l’adoption institutionnelle, enregistrent plus de 4 milliards de dollars de retraits en treize jours, selon le Journal du Coin. Ces sorties prolongent des arbitrages déjà observés entre ETF au printemps, mais leur ampleur change de registre et pèse mécaniquement sur les cours au comptant.

Du côté des entreprises, la vente de 32 BTC par Strategy a ravivé les inquiétudes, tant la société de Michael Saylor avait fait du refus de vendre un dogme avant son renoncement assumé en mai. D’après Citi, le vrai sujet est pourtant ailleurs : ce ne sont pas ces cessions qui pèsent sur le marché, mais l’absence d’acheteurs nouveaux pour les absorber.

La grande rotation vers l’IA et les introductions en Bourse

Pour Jim Ferraioli, directeur de la recherche sur les monnaies numériques chez Charles Schwab, le Bitcoin souffre moins de ses fondamentaux que de la concurrence d’autres récits spéculatifs devenus irrésistibles. L’or attire des flux massifs, les valeurs liées à l’intelligence artificielle dominent la cote et les introductions en Bourse attendues d’OpenAI ou d’Anthropic concentrent l’attention, pendant que SpaceX vise une opération record de 75 milliards de dollars tout en détenant 1,29 milliard de dollars de bitcoins en trésorerie.

Les investisseurs crypto vont historiquement là où se trouve le momentum, et le momentum est sorti de la crypto en ce moment.

Jim Ferraioli, directeur de la recherche sur les monnaies numériques de Charles Schwab, entretien accordé à CoinDesk, 3 juin 2026

L’ironie de la situation n’échappe à personne : une partie de cette spéculation hors crypto transite par des infrastructures nées de la blockchain, à l’image d’Hyperliquid et de ses contrats perpétuels adossés à des actions non cotées. Les capitaux ne quittent pas l’écosystème, ils changent de cible, et la question devient de savoir quels signaux pourraient les faire revenir.

Les signaux que scrutent les analystes

Derrière le fracas des liquidations, plusieurs indicateurs nourrissent le débat entre capitulation finale et plancher de cycle. Quatre signaux concentrent l’attention des bureaux d’analyse :

  • le modèle Power Law situe le Bitcoin à l’une de ses plus fortes décotes par rapport à sa tendance historique, des niveaux comparables au krach de mars 2020 et à l’effondrement de FTX ;
  • le modèle de Bitwise, inspiré des travaux de Greg Foss, estime la valeur d’équilibre du Bitcoin à 224 000 dollars en le traitant comme une couverture contre le défaut des États du G20 ;
  • la demande de protection à la baisse sur le marché des options reste soutenue, signe que la peur domine encore les positionnements ;
  • la saisonnalité joue contre un rebond immédiat, l’été restant historiquement la période la plus faible de l’année pour le Bitcoin.

Aucun de ces signaux ne fournit de calendrier, et c’est bien ce qui rend la période inconfortable. Ils dessinent toutefois un marché proche des zones d’épuisement des vendeurs observées lors des grandes capitulations passées. Reste une variable que les modèles ne capturent pas : le cadre réglementaire des deux côtés de l’Atlantique.

Réglementation : l’Europe a une carte à jouer

Aux États-Unis, le Clarity Act, censé clarifier le statut juridique des actifs numériques, reste suspendu au calendrier encombré du Sénat, et cette incertitude nourrit l’attentisme des grands allocataires. L’Europe dispose d’une longueur d’avance avec un cadre MiCA déjà en vigueur et lisible, qui offre aux acteurs du continent une sécurité juridique que Washington promet sans la livrer.

Cet avantage ne tiendra que si Bruxelles résiste à la tentation d’empiler les obligations. La consultation ouverte par Bruxelles sur la révision du texte en dira long : un cadre stable et allégé attirerait les capitaux qui fuient l’ambiguïté américaine, quand une couche réglementaire supplémentaire pousserait l’innovation et les capitaux hors du continent.

Ce que la correction révèle des portefeuilles

Les épisodes de ce type agissent comme un révélateur de la qualité des portefeuilles. Les positions bâties sur le levier et les paris à la mode sortent du marché les premières, tandis que les allocations diversifiées encaissent la secousse sans vente forcée, qu’elles mêlent Bitcoin, Ethereum, actions, or ou obligations. La violence du décrochage en dit finalement moins sur la technologie que sur la fragilité de ceux qui la détenaient à crédit.

Les prochaines semaines mettront ces lignes de fracture à l’épreuve : un vote du Clarity Act, une inflexion de la Réserve fédérale ou un simple retour de la liquidité estivale suffiraient à rebattre les cartes. Ce qui se joue dépasse le cours du jour, car la frontière entre prix de marché et valeur patrimoniale ne se voit jamais aussi nettement que dans les moments où tout le monde regarde ailleurs.

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