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Après des semaines passées à végéter sous les 65 000 dollars, le bitcoin a repassé mardi 21 juillet la barre des 66 000 dollars, une première depuis plus d’un mois. Le mouvement paraît modeste, mais il intervient après un premier semestre éprouvant, qui a vu la plus ancienne des cryptomonnaies glisser de plus de 93 000 dollars en janvier à un plancher autour de 60 000 dollars fin juin.
Un rebond de quelques milliers de dollars ne fait pas une tendance. Il traduit surtout un retour de l’appétit pour le risque, dans un marché resté très en dessous de ses sommets et qui guette le moindre signal venu de la politique monétaire américaine. Ce sursaut annonce-t-il une vraie reprise, ou n’est-il qu’un répit avant la réunion de la Réserve fédérale prévue les 28 et 29 juillet ?
Un rebond qui efface un mois de disette
Le redémarrage s’est joué en deux temps. Le 20 juillet, le bitcoin s’échangeait encore autour de 64 290 dollars, coincé dans un couloir étroit entre pression vendeuse de court terme et premiers signes d’un regain haussier. La cassure des 66 000 dollars le lendemain a ramené un peu d’optimisme sur un marché à cran.
Le tableau technique reste pourtant ambivalent. La moyenne mobile à 200 jours, autour de 74 400 dollars, domine toujours nettement le cours : tant qu’elle n’est pas reconquise, la tendance de fond demeure orientée à la baisse. La dominance du bitcoin, à 56,4 %, montre par ailleurs que les capitaux ne se déversent pas vers les altcoins, signe d’un marché qui avance encore avec prudence.
Le sentiment général reste d’ailleurs frileux. L’indice de peur et d’avidité, thermomètre de l’humeur du marché, est retombé autour de 29 sur 100, en zone de peur. Autrement dit, la hausse s’est faite sans euphorie, portée par quelques acheteurs convaincus plutôt que par un afflux massif de nouveaux venus.
Les ETF, grands absents du redémarrage
Le paradoxe de ce rebond tient à ceux qui n’y participent pas. Les fonds indiciels cotés, censés incarner l’argent institutionnel, traversent au contraire leur pire passage depuis leur lancement. Quelques chiffres résument cette désaffection :
- plus de 4,5 milliards de dollars retirés des ETF bitcoin sur le seul mois de juin, leur pire mois jamais enregistré ;
- plus de 8 milliards de dollars sortis sur une séquence de huit semaines, avant une accalmie début juillet ;
- une prévision d’entrées de capitaux sur douze mois ramenée à zéro par la banque Citi ;
- un rebond de prix qui s’est donc opéré sans le relais des grands véhicules cotés.
Cette déconnexion en dit long sur la nature du mouvement. Le redémarrage s’est appuyé sur le marché au comptant, au moment où les gros portefeuilles rachetaient l’offre délaissée par les fonds. Un rebond privé du soutien des ETF reste fragile, exposé au moindre retournement de sentiment.
La Fed, arbitre du prochain mouvement
Toute l’attention se porte désormais sur la réunion de politique monétaire des 28 et 29 juillet. Les marchés estiment à près de 70 % la probabilité que la Réserve fédérale laisse ses taux inchangés, et la faible marge restante penche vers une hausse plutôt que vers une baisse. Aucun coup de pouce monétaire n’est attendu pour soutenir les actifs risqués ce mois-ci.
L’inflexion de ton de la Réserve fédérale début juillet avait déjà rappelé combien le marché crypto reste suspendu aux mots de la banque centrale. Les analystes voient d’ailleurs le bitcoin évoluer entre 56 000 et 62 000 dollars jusqu’à la décision, signe que le rebond n’a pas encore convaincu les prudents.
Ce n’est ni une cassure haussière ni une cassure baissière : c’est le genre de fourchette étroite qui précède un mouvement décisif.
Lorenzo Marcek, analyste des marchés crypto pour The Cryptonomist, dans son analyse du 20 juillet 2026
Bitcoin, Ethereum et Solana gardent la corde
Dans les phases de doute, le marché opère un tri. Le bitcoin conserve son statut de valeur de référence du secteur, et sa dominance à 56,4 % confirme que les capitaux se replient vers les actifs les plus établis. Ethereum et Solana, portés par des usages concrets et des flux institutionnels réguliers, restent les deux autres piliers vers lesquels se tournent les acheteurs qui raisonnent en années.
Les jetons plus périphériques peinent, eux, à convaincre. Les memecoins ont vu leurs volumes s’effondrer au printemps, et la spéculation qui les portait s’est largement dissipée. La société Strategy revendique de son côté une réserve de 3 milliards de dollars et poursuit méthodiquement ses achats de bitcoin, même si ses primes de valorisation ont fondu.
Se construire une exposition plutôt que courir après le prix
Pour qui regarde au-delà de la séance du jour, la question n’est pas de deviner si le bitcoin touchera 62 000 ou 68 000 dollars la semaine prochaine. Elle est de savoir quelle place accorder à ces actifs dans un patrimoine diversifié, aux côtés des actions, de l’immobilier ou de l’or. Le prix du jour compte moins que la trajectoire pluriannuelle.
C’est là qu’une approche progressive prend son sens, qui consiste à se constituer un patrimoine crypto par paliers plutôt qu’à réagir à chaque secousse. Les corrections de 2026 ont rappelé qu’un marché peut perdre la moitié de sa valeur en quelques mois ; seuls tiennent ceux qui avaient anticipé cette volatilité.
Ce que la fin juillet dira du marché
Le rebond au-dessus de 66 000 dollars n’efface pas les fragilités d’un marché sevré de flux institutionnels et suspendu aux décisions de la Fed. Il montre en revanche que la demande n’a pas disparu : elle a changé de mains, passant des fonds cotés aux détenteurs directs.
La réunion des 28 et 29 juillet lèvera une partie du suspense. Selon que la Réserve fédérale confirme ou non son statu quo lors de cette réunion très attendue, le bitcoin pourra consolider ses gains ou rendre une partie du terrain patiemment regagné. Les prochains jours diront si ce rebond avait des fondations, ou s’il n’était qu’une respiration dans un marché encore convalescent.

