Sur Solana, les actions tokenisées battent des records quand les memecoins décrochent

Au deuxième trimestre, Solana a battu un record d'actions tokenisées échangées pendant que ses revenus, eux, reculaient. Un basculement des memecoins vers la finance réelle qui interroge son modèle économique.

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Longtemps, Solana a été associée aux memecoins et à leur euphorie sans lendemain. Le deuxième trimestre 2026 raconte une autre histoire : le réseau a vu transiter près de 5,8 milliards de dollars d’actifs tokenisés, un record, en hausse de 114 % sur le trimestre précédent. Derrière ce chiffre se cachent surtout des actions d’entreprises cotées, transformées en jetons échangeables à toute heure.

Un actif tokenisé, c’est un bien du monde réel, une action, une obligation ou un fonds, inscrit sur la blockchain sous forme de jeton adossé à un titre bien réel. Le mouvement dépasse la simple prouesse technique : il touche à la manière dont chacun pourra demain accéder aux marchés et diversifier son épargne. Comment un réseau né dans la spéculation est-il devenu la première plateforme d’échange d’actions tokenisées ?

Un record trimestriel qui ne doit rien au hasard

Les données du rapport trimestriel de Blockworks, publié le 20 juillet, donnent la mesure de l’accélération. Sur les 5,8 milliards de dollars échangés, 4,8 milliards proviennent des seules actions tokenisées, soit la quasi-totalité de ce type d’échanges toutes blockchains confondues. C’est le sixième trimestre consécutif à établir un record, et le volume dépasse désormais de plus de sept fois celui de tout le second semestre 2025.

Le basculement s’est joué en juin. Le réseau a traité plus de 2 milliards de dollars d’actions tokenisées sur le seul mois, du jamais-vu sur une blockchain. Le 24 juin, les échanges quotidiens d’actions ont atteint 644 millions de dollars et ont dépassé les memecoins dans le volume au comptant de Solana, une première. Sur la semaine du 15 au 21 juin, le réseau concentrait 96 % des échanges mondiaux d’actions tokenisées, prolongeant sa domination sur les actifs réels tokenisés.

Quand les memecoins désertent, les revenus suivent

Ce record cache un paradoxe. Sur le même trimestre, les revenus réels du réseau, c’est-à-dire les frais réellement générés par l’activité, ont reculé de 43 % pour tomber à 51 millions de dollars. La cause tient en peu de mots : le reflux de la spéculation sur les memecoins, qui gonflait les frais pendant la frénésie de 2024 et 2025.

Le volume échangé sur les places décentralisées de Solana a lui aussi fondu, en baisse de 44 % sur un trimestre, à 160,8 milliards de dollars. Les actifs tokenisés ne génèrent pas autant de frais par transaction que la spéculation pure, si bien que la fragilité du segment des memecoins se traduit par des revenus en baisse alors même que l’activité utile progresse. La composition du trafic a changé, pas seulement son volume.

Ce que change une action qui circule comme un jeton

Transformer une action en jeton n’est pas qu’un tour de passe-passe technique. Pour celui qui détient le jeton, cela ouvre des usages que la Bourse classique ne permet pas. Les plateformes comme xStocks, qui recense déjà 134 actions tokenisées, en donnent un aperçu concret :

  • des échanges possibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, sans attendre l’ouverture des marchés ;
  • un règlement quasi instantané, là où la Bourse traditionnelle demande souvent plusieurs jours ;
  • la propriété fractionnée, qui permet d’acheter une part d’action plutôt qu’un titre entier ;
  • la possibilité d’utiliser ces jetons comme garantie pour emprunter ou générer un rendement dans la finance décentralisée.

Le succès se lit dans les compteurs : plus de 57 000 détenteurs et 3 milliards de dollars de volume cumulé pour la seule plateforme xStocks. Pour un épargnant installé hors des États-Unis, c’est un accès inédit aux grandes valeurs américaines.

Les institutions valident le mouvement

Ce ne sont plus seulement des particuliers qui s’y intéressent. Le gérant BlackRock a déployé plus de 615 millions de dollars sur Solana via son fonds tokenisé, la plus grosse position d’actifs réels du réseau. Les produits cotés adossés au SOL ont pour leur part attiré 120 millions de dollars de flux nets sur le trimestre. La maison Ondo, de son côté, a mis en circulation plus de 200 actions et fonds indiciels américains tokenisés sur le réseau, preuve que l’offre s’étoffe aussi vite que la demande.

Cette adoption s’appuie sur des fondations techniques solides. Près de 427 millions de SOL, soit environ deux tiers de l’offre en circulation, restent immobilisés en staking, un signe d’engagement durable des détenteurs. Les acteurs du secteur, eux, regardent déjà l’étape suivante.

La priorité, pour ce deuxième trimestre, passe de la résilience à la conversion, jusqu’à traduire les gains de parts en revenus reproductibles.

0xINFRA, de l’équipe dirigeante de Raydium, cité par Cryptonews le 6 juillet 2026

Diversifier son patrimoine, autrement

Pour l’investisseur, l’intérêt n’est pas de troquer ses actions classiques contre des jetons du jour au lendemain. Il est d’accéder, depuis un simple portefeuille, à des actifs jusqu’ici réservés à certaines places ou à certains intermédiaires. Les marchés actions pèsent plus de 120 000 milliards de dollars dans le monde, et la tokenisation n’en grignote encore qu’une fraction infime.

La prudence reste de mise. Un jeton adossé à une action hérite des risques du titre sous-jacent, auxquels s’ajoutent ceux de la technologie et de la réglementation. Le réseau a beau avoir ravi à Ethereum la première place sur le nombre de détenteurs, ces instruments s’inscrivent d’abord dans la construction d’un patrimoine diversifié, pas dans la recherche du gain rapide.

Le vrai test des prochains trimestres

La bascule des memecoins vers les actifs réels pose une question de fond : un réseau peut-il prospérer en échangeant des volumes records tout en encaissant moins de frais ? Le pari de Solana est que le volume institutionnel finira par payer ce que la spéculation rapportait hier.

Le cadre réglementaire américain reste flou, et le marché n’a pas attendu qu’il se précise pour bâtir ces 5,8 milliards de dollars d’échanges. La prochaine publication trimestrielle dira si les actions tokenisées suffisent à porter durablement l’activité, ou si le réseau doit encore trouver son modèle économique à mesure que la finance traditionnelle s’installe sur la blockchain.

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