Ethereum s’envole quand Bitcoin patine : le moteur caché derrière la hausse

En sept jours, l'ether a bondi de 11 % quand le reste du marché hésitait. Derrière cette avance, deux moteurs très différents, dont un que personne n'avait vu venir.

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Le marché des cryptomonnaies avance à pas comptés depuis le début du mois, mais une valeur tire son épingle du jeu. En sept jours, l’ether a gagné près de 11 % pour s’échanger autour de 1 920 dollars, quand le bitcoin se contentait de 4 % et que Solana, TRON ou Hyperliquid terminaient la semaine dans le rouge. Une divergence peu commune, dans un marché que les tensions géopolitiques et le reflux des actions liées à l’intelligence artificielle rendent nerveux.

Sur les cryptos comme en Bourse, la surperformance d’un actif ne doit jamais grand-chose au hasard : elle trahit presque toujours un flux d’argent qui se déplace. Encore faut-il identifier lequel. Deux moteurs bien distincts alimentent ce second souffle d’Ethereum, et le plus surprenant n’était sur aucun radar il y a un mois. D’où vient, au juste, cette avance prise sur le reste du marché ?

Les ETF au comptant rallument la machine

Le premier carburant est venu de Wall Street. Les fonds indiciels cotés adossés à l’ether au comptant ont renoué avec les entrées d’argent après des semaines de disette. D’après les données de SoSoValue relayées par Journal du Coin, ces produits ont attiré 96 millions de dollars en trois séances, davantage que sur toute la semaine précédente.

Le seuil des 10 milliards de dollars d’encours cumulés a été repassé dans la foulée. Rien d’un raz-de-marée, mais un signal que les institutionnels se repositionnent : les capitaux qui avaient déserté juin reviennent vers la deuxième cryptomonnaie. Ce mouvement prolonge la réouverture des vannes côté BlackRock, observée quelques jours plus tôt quand le premier gestionnaire d’actifs mondial avait remis un pied sur le marché.

BlackRock rafle presque toute la mise

Regarder le détail des flux réserve une surprise : derrière le chiffre global, un seul émetteur concentre l’essentiel de la collecte. Sur les 53,8 millions de dollars entrés mercredi dans les ETF Ethereum, la répartition est éloquente :

  • le fonds ETHA de BlackRock a absorbé 45,3 millions de dollars à lui seul ;
  • son produit avec staking, ETHB, en a capté 4 millions supplémentaires ;
  • les huit autres ETF concurrents se sont partagé moins de 5 millions de dollars ;
  • le trust historique de Grayscale, plombé par des frais de 2,5 % contre 0,25 % pour ETHA, a vu partir 5,3 milliards de dollars depuis son lancement.

Cette domination interroge autant qu’elle rassure. Elle prouve qu’un pilier de la finance traditionnelle croit à l’ether, mais elle place le sort d’un actif entre les mains d’un acteur unique. La guerre des frais joue à plein, au bénéfice des particuliers qui accèdent enfin à des produits lisibles et peu coûteux.

Robinhood Chain, le moteur qu’on n’attendait pas

Le second carburant est plus inattendu, et il ne vient pas de la Bourse mais de la technique. Lancée le 1ᵉʳ juillet, Robinhood Chain est une couche 2 développée par le courtier américain du même nom. Sa singularité : elle règle ses frais de transaction en ether et s’appuie sur Ethereum pour la validation finale de ses opérations.

Chaque transaction sur ce réseau consomme donc de l’ETH. L’infrastructure traite déjà plus de 800 millions de dollars de volume quotidien sur les plateformes d’échange décentralisées. Voilà une demande structurelle pour l’actif, d’une autre nature que les simples paris de marché : tant que le réseau tourne, il brûle de l’ether.

L’ironie de l’histoire mérite d’être relevée. Robinhood Chain avait été pensée pour héberger des actions tokenisées, ces titres boursiers échangés comme des cryptos. Ce segment ne pèse pourtant qu’une douzaine de millions de dollars, très loin derrière l’activité des memecoins qui monopolisent aujourd’hui le trafic.

C’est là que le bât blesse. Une demande d’ether gonflée par la spéculation sur des jetons sans utilité reste fragile : l’arrêt récent de Noxa, le launchpad qui avait porté le memecoin CASHCAT, pourrait suffire à tarir une partie du volume. La robustesse de ce moteur se jugera à sa capacité à passer du casino aux usages réels, tokenisation en tête.

Un potentiel que certains jugent sous-estimé

Au-delà des flux hebdomadaires, une partie des analystes défend une lecture de plus longue portée. Leur argument : la valorisation d’Ethereum resterait modeste au regard du rôle qu’il joue dans la tokenisation des actifs financiers. Le stratège Tom Lee, de Fundstrat, s’en est fait le porte-voix dans un entretien récent.

Si Ethereum est à 300 milliards de dollars, il est grossièrement sous-évalué.

Tom Lee, cofondateur de Fundstrat, dans un entretien avec Michael van de Poppe, le 13 juillet 2026

La mise en perspective a de quoi faire réfléchir. Les 300 milliards de dollars capitalisés par Ethereum font pâle figure face aux 22 000 milliards de l’or ou aux plus de 100 000 milliards des actions mondiales. Si une fraction seulement de cette richesse migrait un jour vers des registres publics, le raisonnement tiendrait la route.

Rien n’est écrit, bien sûr. Ce cadrage rappelle néanmoins une évidence souvent noyée dans le bruit quotidien : la valeur d’un réseau se juge à ses usages, pas à ses soubresauts de cours. Une grille de lecture plus utile à qui construit un patrimoine qu’à qui traque le gain d’un après-midi.

Bitcoin plus hésitant, un marché qui trie

Pendant qu’Ethereum accélère, le bitcoin avance en ordre dispersé. Ses ETF américains ont enregistré 424 millions de dollars de sorties le 13 juillet, avant d’en récupérer 181 millions dès le lendemain. Un va-et-vient qui ressemble à des arbitrages de court terme davantage qu’à une accumulation patiente.

Les signaux de fond restent pourtant sains. Les taux de financement des contrats à terme frôlent zéro, preuve que l’excès de levier de juin a été purgé, tandis que les sorties de bitcoins des plateformes se poursuivent sans rotation vers les stablecoins. Les investisseurs qui accumulaient dans le creux de l’année n’ont pas changé de cap : le marché ne panique pas, il trie entre les actifs solides et le reste.

Ce que ce second souffle révèle

La séquence en cours dessine une frontière de plus en plus nette au sein du marché. D’un côté, des actifs soutenus par une demande réelle et mesurable : flux institutionnels via les ETF, ether consommé par les réseaux bâtis sur Ethereum, staking qui verrouille déjà près d’un tiers des ethers en circulation. De l’autre, une spéculation qui va et vient au gré des memecoins.

La vraie question n’est pas de savoir si l’ether vaudra plus cher la semaine prochaine. Elle est de savoir si des infrastructures comme Robinhood Chain sauront basculer du divertissement vers l’utilité, en accueillant les actions tokenisées et les paiements pour lesquels elles ont été pensées.

De cette bascule dépendra la différence entre un feu de paille et une tendance de fond. Les prochains mois diront si la demande structurelle prend le relais de l’enthousiasme, et si l’Europe, prudente face à ces innovations, choisit d’y prendre part ou d’en rester spectatrice. Le carburant est bien là ; tout dépendra désormais du moteur qu’il fera vraiment tourner.

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