Strategy veut verser un dividende chaque jour pour ramener STRC à 100 dollars

Strategy veut payer le dividende de STRC et de ses trois autres actions de préférence tous les jours, week-end compris. Un changement de calendrier censé remettre le titre à flot, soumis au vote des actionnaires le 28 octobre.

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Recevoir un dividende tous les jours, y compris le samedi, le dimanche et à Noël : la société de Michael Saylor en fait désormais une proposition formelle. Le 25 septembre 2026, Strategy a déposé une circulaire de vote préliminaire qui prévoit de faire passer ses quatre actions de préférence au versement quotidien. Les actionnaires ordinaires se prononceront le 28 octobre, lors d’une assemblée extraordinaire.

Une action de préférence est un titre hybride : elle ne donne en général pas de droit de vote, mais elle verse un dividende fixé à l’avance et passe avant les actions ordinaires en cas de difficulté. Chez Strategy, ces titres financent une large part des achats de bitcoins d’une entreprise qui en détient déjà 846 000. Le produit vedette de la gamme, STRC, affiche un rendement annuel de 12 %, mais il peine à retrouver sa valeur de référence de 100 dollars. Payer ses porteurs chaque jour suffira-t-il à redonner de l’élan à un titre qui décroche depuis le printemps ?

Un coupon qui tomberait 365 jours par an

Le mécanisme proposé tient en une phrase. Chaque jour calendaire deviendrait une date d’enregistrement, et le paiement interviendrait le jour ouvré suivant. Le taux de dividende et le montant total versé sur l’année ne changent pas : seule la fréquence bouge, comme le précise Strategy dans le document transmis à la SEC.

Pour STRC, la dernière date d’enregistrement bimensuelle serait fixée au 15 octobre, avant une première date quotidienne le 1er novembre et un premier versement le 2 novembre. Les trois autres titres, STRF, STRK et STRD, suivraient en janvier : leur dernière date trimestrielle tomberait le 15 décembre, pour un premier paiement quotidien le 4 janvier 2027.

À 12 % par an, une part de STRC valorisée 100 dollars rapporterait entre 3 et 4 cents par jour, selon le calcul illustratif relayé par le média Unchained. Le rythme tranche avec les usages du marché, où les titres de préférence versent le plus souvent chaque trimestre, comme le font encore STRF, STRK et STRD. Pour comprendre pourquoi Strategy va aussi loin, il faut regarder la cote de STRC.

STRC, un titre qui ne retrouve pas son pair

STRC n’est pas une action de préférence ordinaire. Son taux est ajusté par Strategy pour ramener le cours vers 100 dollars, sa valeur nominale. Le dispositif fonctionne tant que le marché suit : d’après CoinDesk, le titre cote sous ce seuil depuis mai, et il est tombé jusqu’à 71 dollars lors de la chute du bitcoin en juin.

Le jeudi 24 septembre, STRC valait 98,31 dollars, puis environ 98,65 dollars le lendemain. L’écart paraît mince, mais il grippe la mécanique de financement : tant que le titre reste sous son pair, Strategy peut difficilement émettre de nouvelles parts sans les céder au rabais. Ces émissions ont pourtant longtemps alimenté la réserve de bitcoins du groupe.

Le passage au versement quotidien n’est pas le premier ajustement de l’année. En juin, les actionnaires avaient déjà validé le passage d’un versement mensuel à un versement bimensuel. Selon les données compilées par Unchained, la baisse médiane du cours au détachement du dividende est passée de 0,49 % à 0,36 % avec ce changement. Strategy parie sur le même effet, en plus marqué.

Ce que le nouveau calendrier change pour un porteur

Pour un détenteur de STRC ou de ses cousins, la réforme modifie la vie du titre plus que son rendement. Quatre effets se dégagent du projet :

  • la baisse de cours au détachement, aujourd’hui concentrée sur deux dates par mois, serait répartie sur l’ensemble des jours ;
  • un achat ou une vente en cours de mois donnerait droit au dividende au prorata des jours de détention, sans stratégie autour d’une date de coupure ;
  • le taux et l’enveloppe annuelle restent identiques, si bien que le revenu total d’un porteur ne bouge pas ;
  • la gestion des versements dépendra davantage du courtier, qui devra traiter un flux de paiements bien plus dense.

Pour un épargnant européen qui accède à ces titres cotés au Nasdaq via un courtier, ce dernier point mérite d’être vérifié avant le 1er novembre. Un dividende versé chaque jour ouvré représente plus de 250 lignes de crédit par an sur un relevé, chacune avec son traitement fiscal, là où un titre trimestriel en génère quatre.

Le pari de Saylor sur la stabilité

Le fondateur de Strategy a lui-même résumé l’objectif de la réforme, le jour du dépôt de la circulaire. La stabilité du cours passe avant tout le reste dans sa présentation.

Les changements proposés visent à soutenir la stabilité du prix, la liquidité et la demande.

Michael Saylor, président exécutif de Strategy, sur X, le 25 septembre 2026

La société assume la logique jusqu’au bout. Renforcer ses titres de préférence créerait selon elle un avantage concurrentiel et une demande accrue, capable d’augmenter le nombre de bitcoins par action ordinaire. Un STRC stable au pair redevient un outil de levée de fonds, et chaque levée finance de nouveaux achats de bitcoins.

Le rapport de force du vote penche nettement. Seuls les détenteurs d’actions ordinaires inscrits au 25 septembre peuvent voter, et la proposition requiert plus de la moitié des droits de vote. Michael Saylor contrôle à lui seul 32,9 % de ces droits grâce à ses actions de classe B, qui pèsent dix voix chacune. La vraie question porte sur la trésorerie du groupe d’ici là.

Des rachats pour soutenir le cours en attendant

Strategy n’a pas attendu le vote pour agir. La société a racheté pour 174 millions de dollars de STRC sur la semaine close le 20 septembre, dans le cadre d’un programme d’environ un milliard de dollars consacré à ses titres de préférence. Mi-septembre déjà, elle avait suspendu ses achats de bitcoins pendant deux semaines pour se concentrer sur ces rachats.

Le bilan explique cette prudence. Le groupe détient 846 000 bitcoins, acquis pour 63,8 milliards de dollars, soit un prix de revient moyen de 75 416 dollars par bitcoin. Avec un cours proche de 84 000 dollars fin septembre, la plus-value latente existe, mais le coussin reste mince pour une société qui doit servir 12 % par an sur STRC.

Ce coussin a déjà été entamé. Cet été, Strategy avait vendu des bitcoins pour honorer les dividendes de STRC, un geste qui avait semé le doute sur la solidité du modèle. Le calendrier quotidien vise justement à éviter que ce scénario ne se répète.

Un rendement à deux chiffres a toujours une contrepartie

Un coupon quotidien rend le rendement plus visible, pas plus sûr. Les 12 % de STRC reposent sur la capacité de Strategy à se financer, donc sur la tenue du bitcoin et sur l’appétit des investisseurs pour ses titres. Le modèle des trésoreries en bitcoin a déjà montré ses limites quand la prime des sociétés sur leurs réserves s’est évaporée, et STRC n’en est pas isolé.

Pour qui construit un patrimoine exposé aux cryptos, détenir du bitcoin et détenir une créance sur un détenteur de bitcoins sont deux paris distincts. Le premier dépend du seul cours de l’actif, le second ajoute le risque d’une entreprise endettée, de sa gouvernance et de ses choix de financement.

Le vote du 28 octobre dira si les actionnaires suivent Michael Saylor. La cote de STRC en novembre, avec ses premiers versements quotidiens, dira en revanche si le marché y croit vraiment, et si un coupon plus fréquent suffit à rendre un rendement de 12 % crédible dans la durée.

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