Une transaction Bitcoin à l’épreuve du quantique vient de passer, sans toucher au protocole

StarkWare affirme avoir fait passer la première transaction Bitcoin capable de résister à une attaque quantique, sans modifier le protocole. La méthode fonctionne, mais elle coûte des heures de calcul et un accord direct avec un mineur.

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Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait un jour retrouver une clé privée Bitcoin à partir de la clé publique correspondante, et vider le portefeuille qu’elle protège. Aucune machine n’en est capable aujourd’hui, et les estimations les plus alarmistes placent l’échéance à la fin de la décennie. La question occupe pourtant les développeurs du réseau depuis février, parce que la parade se compte en années de travail.

StarkWare a annoncé le 26 août avoir fait passer la première transaction Bitcoin conçue pour résister à ce type d’attaque. Pas de fork, pas de nouveau type d’adresse, pas de modification du consensus : toute la protection tient dans la manière dont la signature a été fabriquée. Une question reste ouverte : que met réellement à l’abri cette transaction, et à quel prix ?

Une signature fabriquée pour ne rien laisser filtrer

La méthode porte le nom de signature grinding et vient d’Avihu Levy, responsable de la division applications de StarkWare. Le principe consiste à ajouter ce que l’entreprise décrit comme un verrou supplémentaire sur des fonds détenus dans des adresses ordinaires, sans rien demander au protocole.

Une signature Bitcoin classique laisse apparaître, au moment de la dépense, le matériel mathématique dont un futur calculateur quantique aurait besoin. Le grinding consiste à refuser la première signature valide venue et à en essayer des millions d’autres, jusqu’à en obtenir une dont la forme ne révèle pas cette information. La signature reste parfaitement valide aux yeux du réseau, mais elle ne livre plus la clé publique.

L’intérêt de la démonstration dépasse la prouesse technique. Elle contredit l’idée, largement admise ces derniers mois, selon laquelle un fork du réseau serait le seul chemin possible pour mettre les bitcoins existants à l’abri.

La faille tient dans l’attente en mempool

Le point d’exposition se situe dans une fenêtre très courte. Quand une transaction est diffusée, elle patiente dans le mempool, la salle d’attente des transactions non confirmées, avant qu’un mineur ne l’inscrive dans un bloc. C’est pendant cette attente que la clé publique devient lisible par quiconque observe le réseau.

Un attaquant équipé d’une machine quantique n’aurait alors qu’à forger une signature concurrente et détourner les fonds avant la confirmation. Refermer cette fenêtre revient donc à traiter le problème là où il se pose vraiment, plutôt qu’à réécrire les règles de tout le réseau. Cette élégance a néanmoins un prix, et il est élevé.

Une parade coûteuse et hors des rails habituels

La transaction du 26 août n’a rien d’une opération banalisée, et quatre contraintes la séparent d’un usage courant :

  • le procédé teste des millions de signatures candidates avant d’en retenir une seule ;
  • la fabrication demande des heures de calcul pour une unique transaction ;
  • les nœuds Bitcoin ne relaient que les formats qu’ils reconnaissent, et celui-ci est trop inhabituel pour eux ;
  • la transaction a dû être remise directement au mineur MARA, via son service Slipstream, faute de pouvoir emprunter la file d’attente publique.

Le coût de calcul est assumé et même revendiqué par StarkWare, qui décrit une méthode volontairement onéreuse. Personne ne sécurisera son épargne de cette façon tant qu’une transaction demandera une nuit de machine et un accord de gré à gré avec un mineur.

La démonstration vaut donc surtout comme preuve d’existence. Elle montre qu’un chemin technique existe hors du consensus, ce qui change la nature du débat sans encore changer la pratique des détenteurs.

Près de 6,9 millions de bitcoins déjà exposés

L’enjeu se mesure en volume. Selon les estimations du groupe de recherche Project Eleven, reprises par crypto.news, environ 6,9 millions de bitcoins reposent sur des adresses dont la clé publique est déjà visible sur la chaîne, soit près d’un tiers de l’offre totale.

Cette exposition vient de deux sources. Les adresses qui ont déjà servi à envoyer une transaction ont révélé leur clé publique au passage, et les plus anciennes sorties de type Pay-to-Public-Key l’affichaient par construction. Environ 1,7 million de bitcoins dorment dans cette seconde catégorie, dont près d’un million attribués à Satoshi Nakamoto.

Le protocole a commencé à répondre. La proposition BIP-360, fusionnée dans le dépôt officiel le 11 février 2026, introduit un type d’adresse résistant au quantique, reconnaissable au préfixe bc1r. Sa jumelle BIP-361, publiée le 14 avril, va beaucoup plus loin en envisageant de rendre les anciennes signatures inutilisables, ce qui reviendrait à geler définitivement les fonds que personne ne peut plus déplacer.

Le sujet divise profondément la communauté, entre le principe d’immuabilité et la crainte d’un pillage quantique de ces bitcoins. La riposte que le protocole a commencé à préparer avance donc plus lentement que la menace ne progresse.

Un canot de sauvetage, pas un navire

Avihu Levy lui-même reste partisan d’une mise à niveau du protocole. Son directeur général partage cette lecture et voit dans le grinding un dispositif d’appoint, utile en attendant un fork permanent. La formule qu’il emploie dit assez bien l’état d’esprit du secteur.

La percée d’Avihu est importante parce qu’elle apporte la réassurance psychologique dont nous avons besoin et dont l’actif lui-même a besoin. L’essentiel est que les occasions soient saisies. J’ai déjà dit que la crypto se comporte comme les passagers du Titanic. Ce qu’Avihu a montré, c’est qu’il y a des canots de sauvetage. Ce n’est pas une raison de se détendre. C’est une raison d’en construire davantage, et de les construire maintenant.

Eli Ben-Sasson, directeur général de StarkWare, dans une déclaration transmise à The Block le 26 août 2026

La comparaison n’est pas gratuite. Les travaux publiés par Google au début de l’année ont abaissé la barre estimée pour casser une signature elliptique de 256 bits à moins de 1 200 qubits logiques, très en dessous des millions évoqués auparavant. Un chercheur a par ailleurs cassé en avril une clé elliptique de 15 bits sur du matériel quantique accessible au public, un résultat 512 fois supérieur à celui de septembre 2025.

Ces chiffres ne signifient pas que le bitcoin est menacé demain, une clé de 15 bits n’ayant rien de commun avec une clé de 256 bits. C’est la pente qui inquiète, et elle explique pourquoi neuf poids lourds de la finance ont mis la main à la poche cet été pour financer les travaux de sécurité du réseau.

Le calendrier compte plus que la démonstration

Google vise 2029 pour sa propre migration post-quantique, le NIST a fixé un horizon de transition qui s’étend jusqu’en 2035, et Bitcoin avance au rythme de son consensus. L’écart entre ces trois calendriers est le vrai sujet, bien plus que la transaction du 26 août. Un réseau qui débat pendant que la cryptographie se déplace joue une partie dont il ne fixe pas le tempo.

Pour qui détient des bitcoins sur le long terme, l’épisode ne réclame aucune manœuvre immédiate, mais il éclaire une échéance concrète : le jour où les adresses bc1r seront disponibles, déplacer ses fonds ne sera plus une option technique parmi d’autres. D’ici là, la question de savoir ce qu’il adviendra des bitcoins que personne ne peut plus déplacer reste la plus lourde que le réseau ait eu à trancher.

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