De 27 à 74 en douze jours : la cupidité crypto retrouve son niveau d’avant le krach d’octobre

L'indice de peur et de cupidité est passé de 27 le 12 août à 74 mardi, son plus haut depuis le 5 octobre 2025. Cinq jours après cette date, le marché soldait 19 milliards de dollars de positions à effet de levier.

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Douze jours. C’est le temps qu’il a fallu au marché crypto pour passer de la peur à la cupidité, si l’on en croit l’instrument que tout le monde regarde sans toujours le lire. L’indice Fear and Greed, calculé par l’éditeur Alternative.me, est passé de 27 le 12 août à 74 mardi, avant de retomber à 65 le lendemain.

La jauge fonctionne comme un thermomètre d’humeur, graduée de zéro à cent. En dessous de 50, le marché a peur. Au-dessus, il court après le risque. Sa lecture n’a rien d’ésotérique, puisqu’elle agrège des données de marché et d’attention publique pour résumer en un chiffre ce que font les intervenants, pas ce qu’ils devraient faire.

Le détail qui donne à réfléchir tient dans une coïncidence de calendrier. La dernière fois que l’indice a affiché un niveau aussi haut, c’était le 5 octobre 2025, cinq jours avant la séance qui a soldé environ 19 milliards de dollars de positions à effet de levier. Faut-il lire ce 74 comme un signal d’alerte, ou simplement comme la photographie d’un marché qui respire mieux ?

Douze jours pour passer de la peur à la cupidité

Le mouvement a été net. L’indice a passé toutes ses journées en territoire de peur de la fin juillet au 19 août, avec un creux à 25 le 6 août, ce que la grille de lecture d’Alternative.me classe en « peur extrême ». Deux semaines plus tard, le même thermomètre affichait 74, soit le haut de la zone de cupidité.

Ce basculement accompagne une hausse rapide des cours. Bitcoin est passé de moins de 68 000 dollars la semaine dernière à près de 80 000 dollars, une progression que le réveil des flux vers les fonds cotés avait commencé à signaler. Certains grands jetons ont gagné jusqu’à 70 % sur la période, selon le décompte de CoinDesk.

Ce que mesure vraiment la jauge

L’indice ne sort pas d’un chapeau. Il combine cinq composantes, dont deux pèsent l’essentiel du résultat, et chacune raconte un fragment du comportement des intervenants :

  • la volatilité du bitcoin, rapportée à ses moyennes récentes ;
  • le momentum et le volume d’échange, qui portent avec la volatilité le gros de la pondération ;
  • l’activité sur les réseaux sociaux autour des cryptomonnaies ;
  • la part du bitcoin dans la capitalisation totale du marché ;
  • l’intérêt mesuré par les recherches sur Google.

La composition explique la limite de l’outil. L’indice décrit le présent et ne prédit rien, puisqu’il additionne des traces laissées par des décisions déjà prises. Un score élevé signale que l’appétit pour le risque est revenu, pas que la hausse va se poursuivre.

Cette nuance sépare deux usages très différents du même chiffre, et c’est là que le précédent d’octobre devient instructif.

Le précédent du 5 octobre 2025

Le rapprochement n’est pas une figure de style. Les données montrent que l’indice n’avait plus atteint ce niveau depuis le 5 octobre 2025. Cinq jours plus tard, environ 19 milliards de dollars de positions à effet de levier étaient liquidés en une seule séance, ce qui reste le plus gros événement de ce type jamais enregistré.

Un précédent ne fait pas une prévision. Il rappelle qu’un score de cupidité élevé décrit un marché où beaucoup d’intervenants sont positionnés dans le même sens et à crédit, donc un marché mécaniquement fragile à la moindre secousse. La chute d’octobre n’a pas été provoquée par l’indice, elle a été rendue possible par la configuration qu’il décrivait.

Le contraste avec les mois précédents frappe. En juin, le signal de capitulation relevé sur les détenteurs disait exactement l’inverse, avec plus de la moitié des bitcoins en circulation valorisés sous leur prix d’achat. Les mêmes actifs, les mêmes détenteurs, deux humeurs opposées en moins de trois mois.

Les signaux on-chain racontent la même histoire

Le sentiment n’est pas le seul indicateur à s’être retourné. CryptoQuant agrège dix signaux de marché et on-chain dans une note composite baptisée Bull Score. Huit d’entre eux sont repassés en territoire haussier en une semaine, contre trois la semaine précédente, et la note est montée de 30 à 80 points.

La firme a résumé son constat dans un message publié après son rapport du 25 août, en fixant le seuil qui sépare un rebond d’un vrai retournement de cycle.

Le Bitcoin vient d’entrer dans une nouvelle phase de hausse. Score haussier : de 30 à 80 en une semaine, soit la progression la plus rapide depuis un an. Seuls 83 000 $ font encore obstacle.

CryptoQuant, message publié sur X après son rapport du 25 août 2026

Le même rapport pointe la contrepartie. La marge de profit latent des investisseurs atteint 20,5 %, son plus haut niveau depuis juin 2025. Début mai, cette marge culminait à 19 % avec un bitcoin proche de 82 000 dollars, juste avant une chute d’environ 30 %.

Quand les petits jetons doublent, la prudence recule

Le signal le plus parlant se trouve en bas du marché. Dogecoin a gagné environ 24 % en une semaine, mais les jetons les plus confidentiels ont fait beaucoup mieux, avec des progressions de 131 % et 113 % sur sept jours pour deux memecoins à faible liquidité. L’argent qui court après ces actifs reste le marqueur le plus fiable d’un appétit pour le risque revenu au galop.

Un portefeuille construit pour durer n’a pas grand-chose à faire de ces mouvements. Ils servent en revanche de baromètre, au même titre que les réflexes qui distinguent un détenteur d’un spéculateur dans les phases extrêmes. La cupidité collective se lit mieux dans les petits jetons que dans le cours du bitcoin.

Ce que le compteur ne dit pas

Un indice de sentiment est un miroir, pas une boussole. Il dit où en sont les autres, jamais où en est votre propre plan. La seule information exploitable qu’il livre tient dans l’écart entre l’humeur du marché et la discipline qu’on s’est fixée avant d’y entrer.

Le calendrier des prochains jours pèsera davantage que le thermomètre. Kevin Warsh prononce son premier discours de Jackson Hole comme président de la Réserve fédérale, un rendez-vous où les inflexions de politique monétaire se signalent traditionnellement avant d’arriver. Des taux plus bas poussent l’argent vers les actifs risqués, des taux plus hauts font l’inverse, et la crypto se tient au bout de cette chaîne.

L’indice ne pose jamais la seule question qui compte pour un patrimoine, celle de la taille de la position. Un score à 74 ne modifie ni l’horizon d’un investisseur ni l’inventaire des risques d’un portefeuille diversifié. Ce qu’il modifie, c’est le prix auquel le marché accepte encore de vendre du risque, et cette donnée-là se regarde froidement plutôt qu’elle ne se subit.

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