Voir la table des matières Ne plus voir la table des matières
- Une seule fonctionnalité a vraiment sa place réservée
- FOCIL, un garde-fou contre la concentration de la production de blocs
- Ce que le Meta EIP range dans chaque case
- La confidentialité joue son sort les 25 et 27 août
- Le repricing du gas prépare un réseau à 600 millions
- Ce qu’un calendrier qui glisse dit du protocole
Une mise à jour d’Ethereum, ou hard fork, est un rendez-vous où le réseau change de règles en même temps sur toutes les machines qui le font tourner. Le contenu de ces rendez-vous ne se décide pas d’un coup : les propositions d’amélioration s’accumulent pendant des mois, portées par des développeurs, discutées en visioconférence, puis éliminées une à une jusqu’à ce qu’il reste un lot tenable.
Hegotá est le prochain de ces rendez-vous, attendu courant 2027, juste après Glamsterdam prévue au quatrième trimestre 2026. Le chercheur Toni Wahrstätter a indiqué le 16 août que 66 propositions figuraient sur la table pour cette échéance, un chiffre qui a circulé vite. En regardant le document officiel qui fait foi, le compte n’est pourtant pas du tout celui-là. Que reste-t-il, une fois écarté le bruit ?
Une seule fonctionnalité a vraiment sa place réservée
Le document de référence s’appelle le Meta EIP, et pour Hegotá il porte le numéro 8081. Sa fonction est de ranger chaque proposition dans une case : programmée, à l’étude, refusée, ou simplement proposée. Une seule fonctionnalité y figure comme programmée, l’EIP-7805, connue sous le nom de FOCIL.
Ce document a été créé le 11 novembre 2025 et reste au statut de brouillon. Son tableau d’activation, celui qui donne les dates de bascule sur les réseaux de test Sepolia et Hoodi puis sur le réseau principal, est entièrement vide à ce jour, avec une note qui explique pourquoi.
Les lignes du tableau ci-dessus seront remplies à mesure que les dates d’activation seront décidées par les équipes clientes.
EIP-8081, Hardfork Meta Hegotá, rédigé par Tim Beiko, Alex Stokes, Ansgar Dietrichs, Nixo et Parithosh Jayanthi, note du tableau d’activation, document créé le 11 novembre 2025 et toujours au statut brouillon.
Le chiffre de 66 recouvre donc un ensemble bien plus large que le contenu réel de la mise à jour : des idées encore débattues, des candidats sérieux et des propositions déjà abandonnées y cohabitent. Le travail des équipes de développement consiste précisément à faire fondre cette liste.
FOCIL, un garde-fou contre la concentration de la production de blocs
La seule fonctionnalité programmée répond à un problème que le réseau connaît depuis plusieurs années. La construction des blocs s’est concentrée entre les mains de quelques acteurs spécialisés, capables en pratique d’écarter certaines transactions des blocs qu’ils fabriquent. Un utilisateur censuré ne voit pas sa transaction refusée, il la voit simplement ne jamais passer.
FOCIL, pour Fork-choice enforced Inclusion Lists, retourne le rapport de force. Un comité de validateurs publie des listes de transactions que les constructeurs de blocs sont tenus d’honorer sous peine de voir leur bloc écarté. Le mécanisme ne supprime pas la concentration de la production, il la rend inoffensive sur ce point précis, ce qui explique qu’il ait franchi le premier la barre de la programmation formelle.
Ce que le Meta EIP range dans chaque case
La lecture case par case du document officiel donne une image très différente du chiffre annoncé. Voici la répartition telle qu’elle apparaît aujourd’hui dans l’EIP-8081 :
- programmée pour inclusion : une seule proposition, l’EIP-7805 qui porte FOCIL ;
- examinée pour inclusion : une seule également, l’EIP-8141 qui introduit les Frame Transactions ;
- refusée pour inclusion : aucune, la case est vide ;
- proposée pour inclusion : trente-sept propositions, de la dépréciation d’anciennes instructions aux transferts confidentiels d’ethers ;
- hors document : le solde du décompte de 66, fait d’idées discutées ailleurs et de textes explicitement abandonnés.
Au total, trente-neuf propositions figurent réellement dans le Meta EIP, dont une seule a passé la porte. Le reste attend un arbitrage qui se joue en réunion, pas sur un document.
Ce mode de fonctionnement rappelle celui de la mise à jour attendue à la fin de cette année, dont le contenu avait lui aussi commencé par une liste de candidats bien plus longue que le lot final.
La confidentialité joue son sort les 25 et 27 août
Le chantier le plus attendu du lot n’a toujours pas de garantie. Toni Wahrstätter défend une pile de confidentialité native associant FOCIL, les Frame Transactions de l’EIP-8141, des nonces indépendants et des racines récentes, autrement dit un ensemble de briques qui rendraient les transactions plus difficiles à relier entre elles. L’ambition d’un réseau confidentiel par défaut est portée de longue date par Vitalik Buterin, mais elle bute sur des choix techniques concurrents.
Lors de l’appel entre développeurs du 13 août, les équipes ont convenu de comparer l’EIP-8141 à l’EIP-8130 lors d’une session dédiée le 25 août, avec une décision attendue deux jours plus tard, le 27 août. Cette date compte davantage pour l’avenir de la confidentialité sur Ethereum que le chiffre de 66 qui a fait le tour des réseaux.
Le repricing du gas prépare un réseau à 600 millions
Une autre famille de propositions ne parle pas de confidentialité mais de capacité. Le gas est l’unité qui mesure le coût de calcul d’une opération sur Ethereum, et la limite de gas par bloc détermine mécaniquement combien de transactions le réseau absorbe. Relever cette limite sans revoir la tarification revient à ouvrir la porte à des blocs très lourds pour un prix dérisoire.
Trois textes s’attaquent à ce point. L’EIP-8131 impose un plancher uniforme de gas par octet de contenu de transaction, l’EIP-8279 étend une logique comparable aux données des listes d’accès de bloc, et l’EIP-8368 recalibre la tarification de la création d’état à mesure que la limite grimpe. Le niveau de référence retenu pour Glamsterdam se situe à 200 millions de gas.
Les discussions autour de l’appel de développement numéro 243 évoquent, sans rien promettre, une trajectoire vers 600 millions de gas à terme. Le triplement de la capacité n’a de sens que si la tarification suit, faute de quoi le coût de stockage de l’état exploserait pour les personnes qui font tourner un nœud chez elles.
Les équipes clientes doivent remettre leurs listes de préférences classées d’ici le 10 septembre. Toute proposition sans porteur actif sera écartée sans autre forme de procès, ce qui va mécaniquement raccourcir la liste dans les semaines qui viennent.
Ce qu’un calendrier qui glisse dit du protocole
Hegotá était encore présentée au printemps comme une échéance du second semestre 2026 ; elle est désormais annoncée pour 2027. Ce glissement n’a rien d’un accident isolé, il accompagne des chantiers qui touchent au cœur du consensus, comme le débat sur l’émission versée aux validateurs. Un protocole qui sécurise plusieurs centaines de milliards de dollars ne se modifie pas au rythme d’un logiciel commercial.
La méthode elle-même mérite d’être regardée pour ce qu’elle est : une mise à jour qui se construit en retirant, pas en ajoutant. Sur un actif que l’on détient pour plusieurs années, cette lenteur revendiquée est une information de fond plutôt qu’une contrariété. Reste à voir si l’arbitrage de fin août donnera enfin à la confidentialité la place que ses promoteurs lui réclament depuis deux ans.

