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- Deux géants de l’IA frappent à la porte des marchés
- Quand les marchés actions aspirent la liquidité de la crypto
- Le bitcoin, thermomètre de plus en plus collé au Nasdaq
- Le mot qui hante Wall Street : la bulle
- Pourquoi l’Europe regarde encore ce match depuis les gradins
- Bâtir dans la durée quand l’IA aspire toute la lumière
À quelques jours d’écart, les deux laboratoires qui dominent l’intelligence artificielle ont franchi le même pas. OpenAI a transmis un dossier confidentiel à la SEC le 22 mai 2026, et Anthropic, l’éditeur de Claude, a déposé le sien le 1er juin. Deux dossiers d’entrée en bourse en moins de deux semaines suffisent à mesurer que le calendrier des marchés vient de basculer.
Une introduction en bourse, ou IPO, consiste pour une société privée à ouvrir son capital au public en cotant ses actions sur un marché réglementé. Pour des entreprises de cette dimension, l’opération ne se limite pas à lever des fonds : elle redessine la circulation de l’épargne mondiale, des grands indices américains comme le S&P 500 et le Nasdaq jusqu’aux actifs numériques que beaucoup d’entre vous détenez.
Anthropic afficherait une valorisation proche de 965 milliards de dollars, d’après Euronews, quand OpenAI viserait une fourchette située entre 852 milliards et 1 000 milliards. Lorsque des montants pareils se déversent sur les marchés actions, où part l’argent qui aurait pu nourrir la crypto ?
Deux géants de l’IA frappent à la porte des marchés
Les chiffres donnent la mesure de l’événement. Trois sociétés non cotées s’apprêtent à rejoindre les marchés publics dans un mouvement quasi simultané, et leurs ordres de grandeur n’ont pas d’équivalent récent. Réunies, ces cotations pèseraient près de 3 000 milliards de dollars de capitalisation potentielle, SpaceX complétant le trio.
| Indicateur | Anthropic | OpenAI |
|---|---|---|
| Dépôt du dossier S-1 | 1er juin 2026 | 22 mai 2026 |
| Valorisation visée | environ 965 Md$ | 852 à 1 000 Md$ |
| Revenu annualisé | environ 47 Md$ | plus de 20 Md$ |
| Dernier tour privé | 65 Md$ levés | 122 Md$ levés |
| Cotation envisagée | automne 2026 | septembre 2026 |
OpenAI encaisse environ 2 milliards de dollars par mois mais perd encore 1,22 dollar pour chaque dollar gagné, selon les éléments relayés au moment du dépôt. Anthropic, de son côté, revendique un revenu annualisé qui aurait bondi à 47 milliards de dollars tirés de Claude, ce qui éclaire son avance dans la course.
Goldman Sachs, Morgan Stanley et JPMorgan pilotent l’opération d’OpenAI, dont Sam Altman souhaite une cotation dès septembre. Cette concentration de banques d’affaires annonce une mobilisation de capitaux qui ne restera pas sans conséquence pour le reste du marché.
Quand les marchés actions aspirent la liquidité de la crypto
Le capital n’est pas infini, et chaque dollar immobilisé dans une action d’intelligence artificielle est un dollar qui ne finance pas autre chose. Réunies, les cotations d’OpenAI et d’Anthropic pourraient réorienter plus de 150 milliards de dollars de capitaux frais vers les marchés actions, d’après des estimations rapportées par Bloomberg, au détriment relatif des autres classes d’actifs :
- la concurrence directe pour la liquidité institutionnelle, qui préfère des dossiers cotés et liquides aux paris plus risqués ;
- le report de plusieurs projets de cotation crypto, Kraken, Ledger, Consensys et Grayscale ayant suspendu leurs plans aux États-Unis cette année ;
- l’aspiration médiatique, l’IA captant l’attention des particuliers au moment précis où ils arbitrent leur épargne ;
- la hiérarchie du risque, les fonds réduisant d’abord leurs positions les plus volatiles pour financer des allocations en actions technologiques.
Le mouvement a déjà un coût visible : l’année 2026 devait être celle des introductions en bourse de la crypto, et c’est l’IA qui l’a confisquée. Toutes les sociétés du secteur n’ont pas renoncé, et certaines opérations récentes ont même marqué un retour des valeurs liées au secteur, mais l’élan général s’est déplacé vers l’IA.
Reste à savoir si cette ponction est purement passagère ou si elle révèle un lien plus profond entre les deux univers. Le comportement du bitcoin face au Nasdaq apporte un premier élément de réponse.
Le bitcoin, thermomètre de plus en plus collé au Nasdaq
Longtemps présenté comme un actif décorrélé, le bitcoin se comporte désormais comme un produit à effet de levier sur les valeurs technologiques. Sa corrélation avec le Nasdaq a nettement viré au positif depuis le début de l’année, certaines mesures la situant autour de 92 % sur les dernières semaines, d’après les données suivies par CoinDesk.
Le verdict des prix accompagne ce constat. Le 2 juin 2026, le bitcoin est repassé sous les 70 000 dollars, autour de 67 500 dollars, sa première incursion à ce niveau depuis avril, après un troisième mois de repli consécutif. La capitalisation totale du marché crypto évolue près de 2 460 milliards de dollars, en baisse sur les premières heures du mois.
Un signal mérite toutefois votre attention : la dominance du bitcoin se maintient à près de 59 %, preuve que le capital resté dans la crypto se réfugie sur les valeurs les plus solides, à l’image de l’engouement des entreprises pour le bitcoin. Les grands actifs résistent mieux que les altcoins, et les jetons les plus spéculatifs souffrent les premiers quand la liquidité se raréfie.
Le mot qui hante Wall Street : la bulle
La question n’est plus taboue dans les salles de marché. Près de 54 % des gérants de fonds qualifient désormais les actions d’IA de bulle, selon les enquêtes citées par la presse financière, et la Banque d’Angleterre a mis en garde contre le risque d’une correction mondiale liée à une possible survalorisation des champions du secteur. La concentration atteint des extrêmes historiques, les cinq plus grandes capitalisations pesant 30 % du S&P 500.
Les comparaisons avec l’an 2000 se multiplient. Le poids des semi-conducteurs dans le S&P 500 a grimpé à 18 %, contre 2 % il y a dix ans, soit plus du double du pic de la bulle internet, et l’indice se paie 23 fois les bénéfices attendus. Tout le monde ne partage pas cette lecture : Morgan Stanley juge ces craintes prématurées au regard des marges réelles dégagées par les leaders actuels, très éloignés des pépites sans revenus d’hier.
Quelqu’un va perdre une somme d’argent phénoménale. Nous ne savons pas qui, et beaucoup vont gagner une somme phénoménale.
Sam Altman, PDG d’OpenAI, à propos de l’emballement autour de l’IA, août 2025
Cette lucidité venue du cœur de l’industrie invite à séparer la valeur des outils de celle des promesses. Une bulle ne nie pas la révolution technologique, elle se contente d’en exagérer le prix à un instant donné.
Pourquoi l’Europe regarde encore ce match depuis les gradins
Ces cotations se joueront à New York, sur le Nasdaq, pas à Paris ni à Francfort. Les cinq premières capitalisations mondiales représentent déjà 20 % de l’indice MSCI World, et l’essentiel de cette valeur est américain. Pour l’épargnant européen, le risque est double : financer l’innovation d’un continent en détenant celle d’un autre, et dépendre d’un marché dont les règles lui échappent.
Le cadre réglementaire pèse dans cette asymétrie. L’Union européenne s’est dotée d’un règlement sur les marchés de cryptoactifs, MiCA, qui apporte de la clarté mais ajoute aussi des contraintes là où les capitaux recherchent surtout de la souplesse. Un environnement plus lisible et plus léger aiderait les places européennes à retenir les prochains géants plutôt qu’à les regarder filer outre-Atlantique.
Bâtir dans la durée quand l’IA aspire toute la lumière
L’arrivée de l’IA en bourse ne signe pas la fin de la crypto, elle la replace dans un ensemble plus vaste. Se constituer un patrimoine ne revient pas à choisir entre actions d’IA et actifs numériques, mais à comprendre comment les deux respirent au même rythme de liquidité, une interrogation qui rejoint l’intérêt de rester exposé aux actifs numériques. La diversification demeure la seule réponse sérieuse à un marché aussi concentré.
Le bitcoin, l’ether et quelques réseaux solides comme Solana traversent ces secousses avec une assise que n’ont ni les jetons éphémères ni les memecoins nés d’un effet de mode. Quand les capitaux reflueront des actions vers le risque, les actifs les plus établis en capteront la première vague, loin devant la spéculation pure.
La vraie question n’est pas de savoir si la bulle de l’IA finira par se dégonfler, mais ce qu’il restera lorsque la marée se retirera. Les prochains mois diront si les marchés savent absorber trois mille milliards de dollars de cotations sans casse, et de cette absorption dépendra le sort de la crypto autant que celui du Nasdaq.

