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- Une correction qui a effacé plus de la moitié du sommet d’octobre
- Ce que mesure vraiment le croisement entre offre en profit et offre en perte
- Des signaux de fin de phase baissière qui s’accumulent
- Bitcoin, Ethereum, Solana : une hiérarchie qui se redessine
- Ce que l’histoire des cycles enseigne au marché
- L’Europe face au creux de marché
Le marché des cryptomonnaies vient de franchir un seuil symbolique que les analystes scrutent de près. Avec un bitcoin revenu autour des 60 000 $, plus de la moitié des BTC en circulation valent désormais moins que leur prix d’acquisition. Cette bascule, mesurée directement sur la blockchain, ne s’est produite que quelques fois en quinze ans d’histoire du réseau, et jamais sans conséquences durables sur la suite du marché.
Derrière ce chiffre se cache une notion simple : un bitcoin est dit « en perte » lorsque son dernier prix de transfert sur la blockchain est supérieur à son cours actuel. Le croisement entre la part de l’offre gagnante et celle de l’offre perdante est historiquement associé à des phases de capitulation qui précèdent les retournements de tendance. Faut-il y voir un simple symptôme de la tempête en cours, ou l’indice que le gros de la purge est derrière ?
Une correction qui a effacé plus de la moitié du sommet d’octobre
Les chiffres de la correction donnent la mesure de l’épisode. Parti d’un sommet historique de 126 000 $ en octobre 2025, le bitcoin s’échange désormais autour de 60 000 $, soit un repli de plus de 50 % en huit mois. D’après les données de Coincheckup relevées le 10 juin, le cours abandonne 3,4 % sur 24 heures, 7,7 % sur une semaine et 24 % sur un mois.
La violence du mouvement doit beaucoup à l’effet de levier. Près de 1,76 milliard de dollars de positions ont été liquidées en 24 heures au début du mois, un phénomène qui avait déjà alimenté la chute sous les 62 000 dollars et nourri la spirale vendeuse. Les traders les plus exposés ont été sortis du marché de force, ce qui purge mécaniquement l’excès de spéculation accumulé pendant la hausse de l’an dernier.
La capitalisation totale du secteur est passée de 2 530 à 2 250 milliards de dollars en une semaine, pendant que les ETF Bitcoin au comptant américains enchaînaient treize séances consécutives de sorties nettes. Le sentiment de marché, mesuré par le Fear and Greed Index, campe sur des niveaux de peur rarement atteints depuis 2022. C’est précisément dans ce climat que l’indicateur on-chain du moment prend tout son relief.
Ce que mesure vraiment le croisement entre offre en profit et offre en perte
Selon les données de la plateforme Into The Cryptoverse, la courbe des BTC en moins-value vient de passer au-dessus de celle des BTC en plus-value. Chaque fraction de bitcoin porte la mémoire de son dernier mouvement : si elle a changé de mains à un prix supérieur au cours actuel, elle est comptabilisée en perte. Ce croisement signifie que la douleur financière touche désormais une majorité de détenteurs.
L’intérêt de la métrique tient à sa rareté. Les précédents croisements de ce type sont apparus en fin de marché baissier, notamment en 2015, en 2018 puis fin 2022, des périodes où la pression vendeuse s’est progressivement épuisée faute de vendeurs restants. L’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais ces précédents expliquent pourquoi nombre d’analystes y lisent un signal de capitulation plutôt qu’un signal d’alarme. Encore faut-il que d’autres indices pointent dans la même direction.
Des signaux de fin de phase baissière qui s’accumulent
Pris isolément, un indicateur on-chain ne prouve rien. Mis bout à bout, plusieurs éléments récents dessinent pourtant un faisceau que les observateurs du marché commencent à documenter :
- le Fear and Greed Index évolue en zone de peur extrême, un niveau qui a souvent précédé des rebonds marqués d’après les données de Bitcoin Magazine Pro ;
- les ETF Bitcoin au comptant américains, après treize séances de sorties, enregistrent de timides retours de capitaux depuis le 5 juin ;
- Strategy, la société de Michael Saylor, a confirmé le 8 juin un achat de 1 550 BTC après une vente très commentée ;
- la paire BTC/ETH progresse de 33 % sur six mois, signe d’un repli des capitaux vers l’actif jugé le plus solide du secteur ;
- les analystes de Bernstein maintiennent un avis positif malgré ce qu’ils décrivent comme un « cycle ennuyeux ».
Aucun de ces éléments ne garantit un plancher imminent : le support des 60 000 $ reste fragile et une zone de repli est identifiée vers 57 000 $. L’ensemble suggère néanmoins que le marché purge ses excès plus qu’il ne s’effondre. La question suivante est de savoir qui traverse le mieux ce grand nettoyage.
Bitcoin, Ethereum, Solana : une hiérarchie qui se redessine
Dans la tourmente, tous les actifs ne se valent pas. Le bitcoin surperforme nettement Ethereum, avec une paire BTC/ETH en hausse de 4,6 % sur une semaine et de 9 % sur un mois, tandis que l’ether défend un support hebdomadaire jugé décisif autour de 1 500 $. La deuxième capitalisation du secteur conserve toutefois des atouts structurels, de la tokenisation d’actifs aux stablecoins qui s’appuient massivement sur son infrastructure.
Solana continue pour sa part d’avancer sur le terrain industriel malgré la baisse des cours. Le réseau prépare la mise à niveau de consensus Alpenglow, censée finaliser les blocs en 100 à 150 millisecondes, et le CME a lancé le 8 juin, avec le Nasdaq, des contrats à terme sur un indice crypto qui retient SOL aux côtés de BTC et d’ETH parmi huit actifs majeurs.
Le contraste est marqué avec le reste de la cote. Hyperliquid et Zcash continuent de dévisser, et la longue traîne des memecoins sans usage réel s’enfonce dans l’indifférence, fragilisée par la vague de déverrouillages de tokens attendue ce mois-ci. Les fondations techniques et l’adoption institutionnelle font, plus que jamais, le tri entre projets structurants et paris spéculatifs.
Ce que l’histoire des cycles enseigne au marché
Les vétérans du secteur replacent l’épisode actuel dans la logique des cycles de quatre ans qui rythme le bitcoin depuis ses origines. Chaque grande correction, de 2015 à 2022, a suivi le même enchaînement : euphorie, purge, désintérêt, puis reconstruction silencieuse pendant que les capitaux patients reprennent position à bas bruit.
Soyez craintif quand les autres sont avides, et avide seulement quand les autres sont craintifs.
Warren Buffett, lettre aux actionnaires de Berkshire Hathaway, 2004
La maxime du patron de Berkshire Hathaway, écrite pour les marchés actions, résonne avec les données on-chain du moment : c’est précisément quand la majorité des porteurs est en moins-value que les grandes phases d’accumulation se sont historiquement construites. Cette grille de lecture déplace l’attention du prix de la semaine vers la position dans le cycle, autrement plus déterminante. Elle pose aussi une question d’échelle européenne.
L’Europe face au creux de marché
Sur le Vieux Continent, la correction relance un débat familier. Une pétition réclame l’interdiction du minage de Bitcoin au nom du climat, pendant qu’un des architectes de MiCA recommande à l’Union de concentrer ses efforts sur la tokenisation plutôt que d’empiler de nouvelles couches de règles. Entre ces deux pôles, l’écart se creuse avec des États-Unis où les produits réglementés se multiplient à grande vitesse, des ETF aux indices à terme.
L’enjeu dépasse la crypto elle-même : il touche à la capacité des Européens à accéder, dans un cadre clair mais respirable, à une classe d’actifs qui s’intègre peu à peu aux patrimoines diversifiés, aux côtés des actions et de l’immobilier. Les creux de cycle ont toujours départagé ceux qui regardent les prix de ceux qui regardent les fondations, et celui-ci mettra à l’épreuve la cohérence réglementaire que l’Europe revendique.

