Tokenisation : Solana franchit les 3,4 milliards de dollars d’actifs réels

Solana franchit un record de 3,4 milliards de dollars d'actifs réels tokenisés, porté par l'arrivée du fonds monétaire SAFO de la française Spiko, géré par Amundi.

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La finance traditionnelle et les blockchains publiques n’ont jamais été aussi proches. La tokenisation consiste à inscrire sur une blockchain des actifs bien réels, fonds monétaires, obligations ou actions, sous la forme de jetons échangeables en continu. Sur ce terrain, Solana vient de franchir les 3,4 milliards de dollars d’actifs du monde réel hébergés sur son réseau, un record historique relevé le 2 juillet d’après les données de DeFiLlama.

Ce cap ne doit rien au hasard. Il coïncide avec l’arrivée du premier émetteur européen d’actifs tokenisés sur cette blockchain, la fintech française Spiko, épaulée par Amundi, premier gérant d’actifs du continent. Comment un réseau longtemps cantonné aux usages spéculatifs est-il devenu une piste d’atterrissage crédible pour la gestion institutionnelle européenne ?

Un record à 3,4 milliards de dollars qui vient de loin

Les chiffres donnent la mesure de l’accélération. Le réseau hébergeait environ 873 millions de dollars d’actifs réels en janvier, un montant passé à près de 2 milliards à la fin du premier trimestre, puis à 2,8 milliards en mai. La progression atteint 27,92 % sur les trente derniers jours, avec 692 actifs distincts désormais recensés sur la chaîne.

Solana s’installe au troisième rang mondial de la tokenisation, derrière Ethereum et ses 15,9 milliards de dollars, et BNB Chain à 4 milliards. Sa part de marché de 10,39 % du secteur des actifs tokenisés en fait un acteur que les grands gérants ne peuvent plus traiter comme une curiosité.

L’offre de stablecoins hébergée sur le réseau dépasse dans le même temps les 16 milliards de dollars, une profondeur de liquidité qui facilite le règlement des opérations institutionnelles à toute heure. Le mouvement prolonge l’envolée récente de la tokenisation, et il ne lui manquait qu’un relais européen de premier plan.

Spiko et Amundi, une première européenne sur Solana

Le symbole est fort. Spiko, fintech agréée et supervisée en France, a déployé sur Solana son fonds monétaire tokenisé SAFO, un compartiment de SICAV de droit français dont la gestion financière est déléguée à Amundi, premier gérant d’actifs européen avec plus de 2 300 milliards d’euros d’encours. CACEIS assure la fonction de dépositaire, tandis que souscriptions et rachats se règlent directement en stablecoin USDC.

Le produit revendique environ 800 millions de dollars d’encours et traite quelque 500 opérations de dépôt et de retrait par jour pour près de 10 000 utilisateurs actifs. La valeur liquidative est publiée sur la chaîne grâce à l’infrastructure de Chainlink, une transparence de tous les instants encore rare pour un produit de trésorerie régulé.

SAFO offre aux investisseurs professionnels un accès rapide et transparent à des solutions de gestion de trésorerie. Cette initiative s’inscrit dans notre ambition de contribuer à l’essor des solutions tokenisées.

Jean-Jacques Barbéris, responsable des clients institutionnels et corporate d’Amundi, communiqué du 18 mars 2026

Cette percée illustre la capacité des acteurs européens à innover dès que le cadre le permet. Elle rappelle aussi que chaque lancement de ce type exige de longs mois de démarches réglementaires, un délai qu’une supervision allégée pourrait raccourcir sans sacrifier la protection des souscripteurs. Le choix du support technique, lui, mérite qu’on s’y attarde.

Ce que le fonds SAFO apporte concrètement

Derrière la portée symbolique, le produit répond à des besoins très concrets de trésorerie d’entreprise. Ses caractéristiques résument ce que la tokenisation change au quotidien pour un directeur financier :

  • une transférabilité des parts 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, quand un fonds monétaire classique reste fermé le week-end ;
  • un règlement quasi instantané des souscriptions et des rachats en USDC ;
  • une souscription possible dès 1 euro, dollar, livre sterling ou franc suisse ;
  • un accès programmatique par API ou contrats intelligents, intégrable aux outils de trésorerie existants.

Ces attributs concrétisent la promesse d’un « équivalent de trésorerie » disponible à toute heure, avec des rendements adossés à des swaps intégralement collatéralisés auprès de banques de premier rang, dont BNP Paribas, ce qui limite le risque de contrepartie. Reste à comprendre pourquoi cette blockchain, précisément, séduit les institutionnels.

Pourquoi les institutionnels choisissent cette blockchain

Citigroup avait ouvert la voie en février avec un pilote de règlement de lettres de change tokenisées, qui mettait en avant des frais très faibles et une vitesse d’exécution difficiles à égaler pour des opérations de règlement massives. Ondo Finance, spécialiste des bons du Trésor tokenisés, et Kamino, tourné vers les marchés DeFi d’actifs réels, comptent parmi les principaux contributeurs de l’écosystème.

Les progrès techniques nourrissent cette confiance. Le réseau prépare une finalité de transaction quasi immédiate qui rapprocherait son horloge interne de celle des infrastructures de marché traditionnelles, un argument de poids quand chaque seconde de latence se traduit en risque opérationnel pour un règlement de grande ampleur. Cette dynamique n’efface pas pour autant les fragilités du dossier.

Une avance qui reste à consolider

Ethereum conserve près de cinq fois plus d’actifs tokenisés que son challenger, avec des réserves de liquidité plus profondes et une composabilité éprouvée par des années de finance décentralisée. Les pannes passées du réseau Solana restent par ailleurs dans les mémoires, et une interruption survenant pendant un règlement institutionnel abîmerait une confiance longue à construire.

La vague de la tokenisation attire aussi son lot de projets opportunistes. Distinguer les infrastructures établies, qui concentrent l’essentiel de l’adoption institutionnelle, des jetons secondaires sans usage démontré qui se contentent de surfer sur la thématique reste le meilleur filtre de lecture pour ce marché.

La frontière entre finance classique et finance sur blockchain se déplace vite. L’essor de l’échange d’actions tokenisées sur les grandes plateformes montre que les usages concrets gagnent du terrain bien au-delà des seuls fonds monétaires, et que la question n’est plus de savoir si la finance migrera, mais à quel rythme.

Un nouveau terrain pour la diversification

Au-delà des trésoriers d’entreprise, ce mouvement dessine une évolution de fond pour quiconque construit un patrimoine. Des fonds monétaires régulés accessibles dès un euro et transférables à toute heure réduisent la frontière entre placements traditionnels et actifs numériques, et élargissent d’autant la palette de la diversification.

La suite se jouera autant à Bruxelles que sur les blockchains. Une Europe capable d’alléger ses procédures sans renier ses exigences détient, avec ses gérants, ses dépositaires et ses fintechs, les atouts pour mener la finance tokenisée mondiale plutôt que la subir, et le record de Solana vient d’en apporter la démonstration.

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