BlackRock rouvre les vannes pendant que la Fed tient le marché en haleine

Après un mois de juin record en sorties, les ETF bitcoin américains renouent avec les entrées, BlackRock en tête, à l'approche de la réunion de la Fed des 28 et 29 juillet.

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Après un mois de juin catastrophique, les fonds cotés adossés au bitcoin ont retrouvé le chemin des entrées. Les investisseurs institutionnels avaient retiré plus de quatre milliards de dollars de ces produits en un seul mois, un record depuis leur lancement. Début juillet 2026, la tendance s’est inversée, et un nom domine ce retournement : BlackRock.

Un fonds indiciel coté, ou ETF, est l’enveloppe réglementée qui permet de s’exposer au bitcoin en passant par la Bourse, sans détenir directement le moindre jeton. Les entrées et sorties de capitaux dans ces véhicules offrent un thermomètre précieux de l’appétit institutionnel : elles disent, semaine après semaine, si les grands gérants d’actifs reviennent ou s’éloignent. Ce thermomètre vient de repasser nettement dans le vert.

Reste un rendez-vous qui pourrait tout rebattre : la réunion de la Réserve fédérale américaine, les 28 et 29 juillet. Faut-il lire dans ces flux le signe d’un vrai retour de la demande, ou une simple accalmie avant le verdict monétaire ?

Après la saignée de juin, le robinet se rouvre

Le contraste est frappant. Sur l’ensemble du mois de juin, les ETF bitcoin américains avaient enchaîné les rachats, culminant à un record de sorties depuis la création de ces produits début 2024. Le marché a traversé une purge institutionnelle d’une ampleur inédite, symptôme d’un climat de défiance généralisée.

Le vent a tourné avec le mois de juillet. Les fonds ont capté 510 millions de dollars d’entrées nettes sur trois séances consécutives, mettant fin à une série de dix jours de retraits qui avait vidé les caisses de 2,7 milliards. Le 10 juillet, les ETF au comptant ont encore enregistré plus de 90 millions de dollars d’entrées, captés presque intégralement par le seul iShares de BlackRock.

Ce redressement n’a rien d’anodin pour qui suit le marché de près. Il prolonge un mouvement déjà repéré, celui du retour des capitaux institutionnels vers le bitcoin après la correction. Pendant que les guichets saignaient, les gros portefeuilles avaient discrètement raflé l’offre disponible, misant sur un rebond que les flux d’aujourd’hui semblent valider.

Ce que pèse vraiment la machine BlackRock

La domination de BlackRock sur ce segment n’est pas qu’une question de prestige. Son fonds iShares dépasse désormais les 90 milliards de dollars d’encours, dont près de la moitié provient d’investisseurs particuliers. Plusieurs ressorts expliquent pourquoi ses flux font bouger le marché tout entier :

  • une taille critique qui fait de chaque journée d’entrées un signal scruté par tout le secteur ;
  • une corrélation mesurée par Citigroup, selon laquelle 100 millions de dollars d’entrées nettes accompagnent une hausse d’environ 0,53 % du cours dans la journée ;
  • un effet d’entraînement sur les autres émetteurs, dont les collectes suivent souvent le mouvement ;
  • une base d’épargnants patients qui absorbe l’offre sans chercher à sortir au premier soubresaut.

Ce dernier point mérite qu’on s’y arrête. Contrairement à l’agitation des memecoins, qui aspirent puis recrachent les capitaux au gré des modes, ces flux traduisent une allocation réfléchie et durable. La nuance sépare deux mondes : la spéculation de court terme et la construction méthodique d’une position.

Le vrai juge de paix s’appelle Réserve fédérale

Toute cette mécanique reste suspendue à une échéance : la décision de politique monétaire attendue fin juillet. Les taux directeurs américains évoluent dans une fourchette de 3,5 à 3,75 %, et la moitié des responsables de la Fed envisagent encore au moins une hausse d’ici fin 2026. La réunion des 28 et 29 juillet est redevenue un vrai point d’incertitude. À la mi-juillet, le bitcoin s’échangeait autour de 63 700 dollars, l’ether près de 1 800 et Solana au-dessus de 75, des niveaux éloignés des sommets mais nettement stabilisés.

Sous la houlette de son président Kevin Warsh, la banque centrale avance sur un fil. Un ton plus accommodant, comme celui entrevu récemment quand un marché de l’emploi en berne a infléchi le discours, redonnerait de l’air aux actifs risqués. Un durcissement, à l’inverse, doucherait l’élan. La plupart des analystes tablent sur un cours coincé entre 56 000 et 62 000 dollars jusqu’au verdict.

Au-delà du bruit, une classe d’actifs qui s’installe

Prendre du recul change la perspective. Pour qui raisonne en années plutôt qu’en séances, l’issue d’une réunion de la Fed compte moins que la trajectoire de fond : celle d’un actif qui, malgré sa volatilité, gagne peu à peu une place dans les portefeuilles diversifiés. Les patrons des plus grands gérants d’actifs ne s’y trompent pas.

Nous considérons le bitcoin comme une classe d’actifs à part entière, une alternative à d’autres matières premières comme l’or.

Larry Fink, PDG de BlackRock, lors d’une conférence de résultats en 2025

Le même dirigeant tempère aussitôt son propos, rappelant que le bitcoin n’a pas vocation à représenter une part démesurée d’un patrimoine. Cette prudence rejoint une évidence trop vite oubliée dans l’euphorie : la diversification prime sur le pari concentré, comme le montre une méthode qui traverse les corrections. Le bitcoin, l’ether et quelques réseaux solides comme Solana peuvent y tenir un rôle, à condition de rester une brique parmi d’autres.

Quand l’infrastructure parle plus fort que le calendrier

Les flux de juillet racontent une histoire plus profonde que le énième suspense autour des taux. Ils montrent une demande institutionnelle qui, une fois la panique retombée, revient méthodiquement se positionner. La capitalisation du secteur a beau avoir fondu ces derniers mois, les canaux d’accès n’ont jamais été aussi solides. Les encours cumulés des seuls ETF bitcoin américains se comptent encore en dizaines de milliards de dollars, un socle sans commune mesure avec les cycles précédents.

Le calendrier monétaire dictera l’humeur des prochaines semaines, personne ne le nie. La vraie ligne de partage se situe pourtant ailleurs : entre ceux qui tentent de deviner la prochaine bougie et ceux qui observent la lente institutionnalisation d’un marché encore jeune. Les vannes rouvertes par BlackRock disent surtout que, sous le bruit, la plomberie continue de se poser.

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