Voir la table des matières Ne plus voir la table des matières
On imaginait la cryptomonnaie comme un terrain de spéculation ; elle est en train de devenir, pour des millions de gens, un simple moyen de payer ses courses et de recevoir un salaire. Le portefeuille Bitget Wallet vient de franchir la barre des 100 millions d’utilisateurs dans le monde, et son éditeur pointe un basculement inédit : les personnes qui s’en servent pour payer sont désormais plus nombreuses que celles qui s’en servent pour trader.
Le chiffre marque un cap symbolique autant qu’un changement d’usage. Pour la première fois sur cette plateforme, le paiement au quotidien dépasse la spéculation. Faut-il n’y voir qu’un record d’entreprise, ou le signe que la crypto entre enfin dans la vie ordinaire de l’argent ?
Quand la crypto devient un compte du quotidien
Le cœur de cette croissance ne se situe ni à New York ni à Paris. Plus de la moitié des utilisateurs vivent en Asie du Sud-Est, en Asie du Sud, en Afrique et en Amérique latine, où le portefeuille sert d’abord de compte en dollars pour épargner, encaisser et dépenser sur place, loin de toute logique de trading.
Le mécanisme est limpide : un solde en stablecoin adossé au dollar tient lieu de compte courant, accessible depuis un téléphone, sans agence ni conditions de revenus. Le directeur des opérations de la plateforme résume ce changement de regard.
La prochaine vague d’utilisateurs sur ces marchés ne voit pas cela comme de la crypto : ils ont un solde en dollars, ils le dépensent, ils sont payés dessus et ils le déplacent au-delà des frontières.
Alvin Kan, directeur des opérations de Bitget Wallet, communiqué du 7 juillet 2026
Cette adoption par l’usage prolonge un mouvement déjà visible dans l’adoption des stablecoins dans les économies émergentes. Là où le compte bancaire classique reste hors de portée, le smartphone remplace l’agence et le jeton stable remplace le billet.
Ce que révèlent les chiffres d’usage
Les données de dépense confirment que le phénomène n’a rien d’anecdotique. En un semestre, l’activité de paiement a changé d’échelle, portée surtout par les pays où la monnaie locale inspire peu confiance. Le tableau ci-dessous met en regard les principaux indicateurs communiqués par la plateforme.
| Indicateur | Niveau atteint | Évolution sur un semestre |
|---|---|---|
| Dépenses mondiales par carte | 31 millions de dollars | +191 % |
| Dépenses dans les marchés émergents | part majoritaire | +416 % |
| Cartes émises | plus de 150 000 | 50+ marchés |
| Utilisateurs de la plateforme | 100 millions | paiement > trading |
Deux enseignements ressortent de ces lignes. La dépense en marchés émergents progresse plus de deux fois plus vite que la moyenne mondiale, et le réseau d’acceptation dépasse déjà 150 millions de commerçants, ce qui ancre l’usage dans le commerce réel plutôt que dans les seules plateformes d’échange.
Des monnaies locales qui poussent vers le dollar numérique
Pour saisir l’engouement, il faut regarder l’état des devises nationales. Au Nigeria, le naira a perdu plus de 40 % de sa valeur face au dollar en 2024 ; en Argentine, le peso a suivi une pente comparable. Dans ce contexte, détenir un solde stable en dollars n’est pas un pari financier, c’est une protection du pouvoir d’achat.
À cette érosion des monnaies s’ajoute le coût des transferts. Les canaux traditionnels d’envoi d’argent prélèvent en moyenne entre 5 et 8 % par opération, une ponction lourde pour les familles qui vivent des envois de proches. Un jeton stable qui circule pour quelques centimes bouleverse l’équation et rejoint la logique des rails de paiement on-chain que déploient déjà les acteurs du transfert d’argent.
Les rouages d’un portefeuille devenu banque de poche
Derrière l’expérience simple d’un paiement se cache une infrastructure qui s’est étoffée à bas bruit. Pour transformer un portefeuille crypto en compte de tous les jours, la plateforme a assemblé plusieurs briques complémentaires :
- l’émission de cartes utilisables chez plus de 150 millions de commerçants, dans une cinquantaine de marchés ;
- des paiements par QR code déployés en Asie du Sud-Est et en Amérique latine, au plus près des habitudes locales ;
- des intégrations bancaires directes au Nigeria, au Mexique et au Bangladesh, pour relier le jeton au système existant ;
- un solde en stablecoin qui fait office de compte, sans dépôt minimum ni justificatif de revenus.
Cette pile technique explique pourquoi les paiements ont fini par dépasser le trading : une fois que payer devient aussi simple que d’envoyer un message, l’usage spéculatif passe au second plan. On retrouve la même bascule dans les cartes crypto qui récompensent les dépenses courantes.
La crypto utile prend le pas sur la crypto spéculative
Ce basculement vers l’usage éclaire une ligne de partage qui traverse tout le secteur. D’un côté, des jetons pensés pour être dépensés, épargnés et transférés ; de l’autre, des memecoins dont la valeur ne tient qu’à la spéculation. Le succès d’un portefeuille de paiement rappelle où se loge l’utilité réelle.
Pour un épargnant européen, la leçon n’est pas de copier ces usages nés de la contrainte, mais d’en retenir le principe : la crypto la plus robuste est souvent celle qui rend un service concret. Consacrer une part mesurée de son patrimoine à des actifs numériques prend d’autant plus de sens quand ces actifs servent à autre chose qu’au pari.
Cette maturité a aussi un versant réglementaire. En Europe, l’essor de jetons en euros encadrés pourrait offrir demain un équivalent local à ces comptes en dollars, à condition que l’offre suive. La demande, elle, ne fait guère de doute au vu des cent millions d’utilisateurs déjà conquis ailleurs.
Le paiement, nouveau visage de l’adoption
Longtemps, l’adoption de la crypto s’est mesurée en cours du Bitcoin et en volumes d’échange. Le cap des 100 millions d’utilisateurs, franchi par l’usage plutôt que par la fièvre spéculative, déplace la manière même de compter les progrès du secteur. Ce qui se joue n’est plus la promesse d’un gain, mais la banalisation d’un outil.
La vraie question n’est plus de savoir si la crypto sera adoptée, mais dans quelles poches elle s’installera durablement. Entre des économies émergentes qui l’ont épousée par nécessité et une Europe encore en quête de son modèle, la carte de l’argent numérique se redessine, terminal de paiement après terminal de paiement.

