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- De l’or de Fort Knox au bitcoin des coffres publics
- Le Texas ouvre la voie, d’autres États emboîtent le pas
- Le BITCOIN Act, ou l’ambition d’un trésor souverain
- Pourquoi le bitcoin franchit la barre, et pas les autres
- L’Europe entre prudence et risque de décrochage
- Ce que la course des États annonce pour la suite
Après des années de débats feutrés, plusieurs États américains se livrent désormais à une course discrète mais bien réelle : inscrire du bitcoin à l’actif de leurs comptes publics. Une réserve stratégique de bitcoin, c’est au fond un stock détenu par la puissance publique comme on détient de l’or, pour diversifier ses avoirs et se prémunir contre l’érosion monétaire. L’idée, longtemps cantonnée aux cercles militants, a changé de statut depuis que Washington l’a officialisée en 2025.
Le mouvement dépasse déjà le seul échelon fédéral, où l’État détient environ 328 000 bitcoins issus de saisies judiciaires. Du Texas au New Hampshire, les législateurs locaux votent des textes pour pouvoir en acheter à leur tour. Assiste-t-on à une transformation durable de la manière dont les acteurs publics pensent leurs réserves, ou à un simple geste politique appelé à retomber ?
De l’or de Fort Knox au bitcoin des coffres publics
Le point de départ remonte au décret signé par Donald Trump en mars 2025. Ce texte a créé une réserve stratégique fédérale, mais l’a volontairement limitée aux cryptomonnaies déjà saisies par la justice, afin de garantir qu’aucun dollar du contribuable ne serve à l’alimenter. La réserve fédérale de bitcoins n’est donc, à ce stade, qu’un stock hérité, pas une politique d’achat.
Les responsables laissent pourtant entendre que la doctrine pourrait évoluer. Patrick Witt, qui pilote le conseil présidentiel sur les actifs numériques, a promis une annonce sur le sujet dans les prochaines semaines, lors de la conférence Consensus à Miami. La question n’est plus de savoir si l’État conserve du bitcoin, mais s’il compte en accumuler activement.
Le Texas ouvre la voie, d’autres États emboîtent le pas
Faute d’attendre Washington, plusieurs États ont pris les devants et légiféré pour leur propre compte. Le paysage est déjà contrasté :
- le Texas a autorisé son contrôleur des finances à investir, et a acheté pour près de 5 millions de dollars d’un ETF bitcoin le 20 novembre 2025, quand le cours tournait autour de 91 000 dollars ;
- l’Arizona a adopté une loi comparable ouvrant la voie à une réserve publique ;
- le Massachusetts, l’Ohio et le Dakota du Sud examinent des textes à divers stades en commission ;
- le New Hampshire autorise depuis mai 2025 son trésor à détenir les actifs numériques de très grande taille, et pas seulement à les conserver.
Ces initiatives ne se ressemblent pas toutes, mais elles convergent vers une même intuition : le bitcoin peut trouver sa place aux côtés des réserves traditionnelles. Le raisonnement rejoint celui des trésoreries d’entreprise déjà passées au bitcoin, à ceci près qu’il engage cette fois l’argent et la crédibilité de la puissance publique.
Le BITCOIN Act, ou l’ambition d’un trésor souverain
Au Congrès, un projet plus ambitieux attend son heure. Porté par la sénatrice Cynthia Lummis, le BITCOIN Act prévoit que le Trésor achète un million de bitcoins sur cinq ans et les conserve pendant au moins vingt ans, à l’abri de toute revente précipitée.
Si le texte était adopté, le premier achat officiel pourrait intervenir au dernier trimestre 2026. Les États-Unis deviendraient alors la première grande nation à accumuler du bitcoin de manière délibérée, transformant une tolérance de fait en stratégie assumée de long terme.
Derrière la mécanique budgétaire se joue un pari politique : celui de traiter le bitcoin comme un actif de réserve au même titre que l’or. Ses promoteurs y voient moins une spéculation qu’une assurance sur la solidité financière du pays, dans un monde où la dette et l’inflation inquiètent.
Il est temps de prendre des mesures audacieuses pour préparer un avenir meilleur aux générations futures, en créant une réserve stratégique de bitcoins.
Cynthia Lummis, sénatrice du Wyoming, en présentant le BITCOIN Act au Congrès américain.
Pourquoi le bitcoin franchit la barre, et pas les autres
Un détail de la loi du New Hampshire éclaire tout le sujet. Le texte n’autorise l’achat que des actifs numériques dont la capitalisation dépasse 500 milliards de dollars, un seuil qu’un seul d’entre eux atteignait au moment du vote : le bitcoin. Le législateur a ainsi écarté, sans les nommer, l’immense majorité des cryptomonnaies.
Ce filtre en dit long sur la hiérarchie qui s’installe. Le bitcoin s’impose comme l’or numérique des bilans publics, quand le duel entre l’or et le bitcoin nourrit déjà les réflexions sur la diversification. Les altcoins, plus volatils, et les memecoins, dénués de fondement, n’ont aucune chance de franchir ce seuil et restent tenus à l’écart des coffres souverains.
L’Europe entre prudence et risque de décrochage
Pendant que les États américains avancent, le Vieux Continent regarde ailleurs. L’Europe a concentré ses efforts sur l’encadrement du marché plutôt que sur la constitution de réserves, et son retrait sur les actifs numériques se vérifie déjà dans d’autres dossiers. Aucun État membre n’a, à ce jour, engagé la moindre démarche comparable au BITCOIN Act.
Cette prudence a ses vertus, à commencer par la protection de l’épargnant. Elle comporte aussi un risque : celui de réglementer plus vite qu’on n’expérimente, et de laisser la course aux réserves se jouer sans l’Europe. L’enjeu, pour le continent, n’est pas de copier Washington, mais de ne pas se priver d’un outil que d’autres transforment déjà en avantage stratégique.
Ce que la course des États annonce pour la suite
Le prochain jalon se situe fin 2026, si le premier achat fédéral se concrétise. Un tel geste ferait basculer le bitcoin dans une catégorie nouvelle, celle des actifs qu’un État choisit délibérément de conserver sur des décennies. Le symbole compterait autant que le montant, car il validerait l’idée d’une réserve numérique aux côtés du métal jaune.
Au-delà des trésors publics, cette course dit quelque chose de plus intime. La manière dont les institutions arbitrent entre l’or et le bitcoin finit toujours par irriguer la façon dont chacun pense ses propres réserves et sa diversification. Ce qui se décide à Austin ou à Washington ne restera pas longtemps l’affaire des seuls comptables de l’État.

