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- Ce que Mercado Pago ouvre exactement au Mexique
- Le Brésil comme banc d’essai grandeur nature
- Un marché mexicain déjà travaillé par la crypto
- La banque centrale prépare sa propre monnaie numérique
- Brésil et Mexique, deux déploiements aux périmètres distincts
- Une porte d’entrée qui ne dispense pas de comprendre ce qu’on achète
Acheter du bitcoin depuis l’application qui sert déjà à régler ses courses en ligne : c’est ce que Mercado Pago vient d’ouvrir à ses clients mexicains. Le portefeuille financier de Mercado Libre, premier acteur du commerce en ligne latino-américain, permet désormais d’acquérir du bitcoin et de l’ether avec les pesos disponibles sur le compte, sans passer par une plateforme d’échange spécialisée.
Un portefeuille numérique de ce type fonctionne comme un compte de paiement adossé à une place de marché : il conserve de la monnaie, règle des achats et ajoute ici une brique d’investissement. Le Mexique devient le deuxième pays du groupe à recevoir cette fonctionnalité, après le Brésil. La bascule d’un géant du commerce vers les actifs numériques soulève une question simple : que change l’arrivée d’un acteur grand public sur un marché jusqu’ici réservé aux plateformes spécialisées ?
Ce que Mercado Pago ouvre exactement au Mexique
L’annonce relayée fin octobre 2022 par Bitcoin.com News décrit un service complet plutôt qu’une simple vitrine promotionnelle. Le périmètre reste volontairement étroit, limité à deux actifs et à une seule devise d’entrée, ce qui en dit long sur la prudence de l’entreprise.
- l’achat de bitcoin et d’ether directement depuis le solde en pesos du portefeuille Mercado Pago ;
- la conservation des jetons acquis à l’intérieur de l’application, sans transfert vers un portefeuille externe ;
- la revente vers la monnaie nationale, sur le même écran que l’achat ;
- l’absence, à ce stade, de règlement en crypto des articles vendus sur Mercado Libre.
Le dernier point est le plus révélateur de la doctrine maison. Marcos Galperin, cofondateur et directeur général de Mercado Libre, accorde davantage de valeur à la fonction de réserve qu’au rôle de moyen de paiement des cryptomonnaies. Le service qui arrive au Mexique est donc conçu comme une porte d’entrée vers la constitution d’un patrimoine, pas comme une caisse enregistreuse.
Le Brésil comme banc d’essai grandeur nature
Mercado Pago n’improvise pas ce lancement. La fonctionnalité tourne au Brésil depuis novembre 2021, et l’entreprise revendique plus d’un million de clients brésiliens qui achètent, conservent et revendent bitcoin et ether depuis leur portefeuille. Le groupe y a également lancé son propre jeton, le mercadocoin, le 20 août 2022, sans annoncer de calendrier pour le Mexique.
Osvaldo Gimenez, à la tête de Mercado Pago, avait préparé le terrain dès le 4 août en évoquant une extension possible à d’autres pays de la région, et en soulignant le poids des cryptomonnaies comme placement alternatif dans une zone marquée par l’instabilité monétaire. L’inflation et les contrôles de change y rendent la question de la conservation de valeur nettement moins théorique qu’en Europe.
Le discours officiel, lui, met l’accent sur la pédagogie plutôt que sur la performance financière attendue des actifs proposés.
Avec ce nouveau service, nous cherchons à donner à des millions de Mexicains un accès au monde de la crypto de manière éducative, sûre et simple, afin de générer une plus grande inclusion technologique.
Pedro Rivas, directeur général de Mercado Pago Mexique, déclaration relayée par Bloomberg Línea le 27 octobre 2022
Le mot inclusion n’a rien d’anodin dans ce contexte. Il place le service sur le terrain de l’accès aux services financiers de base, là où le Mexique accuse un retard documenté, plutôt que sur celui de la spéculation à court terme.
Un marché mexicain déjà travaillé par la crypto
L’appétit pour les actifs numériques ne date pas de cette annonce. Rappi, plateforme de livraison de repas, avait lancé le 13 avril 2022 un projet pilote destiné à accepter les cryptomonnaies en règlement de ses services. La sénatrice Indira Kempis a de son côté déposé en juillet un texte visant à donner cours légal au bitcoin, avec l’argument de l’inclusion financière et de l’éducation des citoyens.
Ces initiatives progressent en ordre dispersé, sans cadre unifié pour les encadrer. Le Panama a d’ailleurs montré la limite de l’exercice quand son président a renvoyé la légalisation des cryptos devant les exigences anti-blanchiment. L’absence de règles lisibles reste le principal frein à une adoption large en Amérique latine, bien davantage que l’appétit des utilisateurs.
La banque centrale prépare sa propre monnaie numérique
Pendant que les acteurs privés ouvrent l’accès au bitcoin, Banco de México avance sur un projet parallèle. L’institution vise un peso numérique à l’horizon 2025, avec l’objectif affiché de toucher les populations éloignées du système bancaire. Les deux mouvements répondent au même constat sans emprunter le même chemin.
Le voisin brésilien suit une trajectoire comparable, avec un pilote de monnaie numérique de banque centrale engagé sur le second semestre 2022. Une monnaie numérique émise par une banque centrale reste une créance sur l’État, là où le bitcoin ne dépend d’aucun émetteur : la différence de nature est totale, même si les deux transitent par le même téléphone.
Brésil et Mexique, deux déploiements aux périmètres distincts
Le rapprochement des deux marchés fait apparaître un déploiement graduel plutôt qu’un lancement simultané. Le tableau ci-dessous compare l’état du service dans les deux pays à la fin du mois d’octobre 2022, tel qu’il ressort des communications du groupe.
| Élément | Brésil | Mexique |
|---|---|---|
| Ouverture du service | Novembre 2021 | Octobre 2022 |
| Clients revendiqués | Plus d’un million | Non communiqué |
| Actifs disponibles | Bitcoin et ether | Bitcoin et ether |
| Jeton maison mercadocoin | Lancé le 20 août 2022 | Aucun calendrier annoncé |
L’écart de maturité saute aux yeux à la lecture de ces quatre lignes. Le Brésil sert de laboratoire, le Mexique reçoit une version éprouvée du service, et le jeton maison reste cantonné au marché brésilien le temps que le modèle fasse ses preuves.
Une porte d’entrée qui ne dispense pas de comprendre ce qu’on achète
Le vrai enjeu de ce type de lancement se joue ailleurs que dans le nombre de comptes ouverts. Un utilisateur qui découvre le bitcoin depuis l’application où il commande ses courses n’a pas franchi les étapes habituelles : choix d’une plateforme, vérification d’identité, apprentissage des frais et des risques. La simplicité de l’accès déplace la charge de compréhension vers le fournisseur du service.
Le fait que les jetons restent enfermés dans l’application, sans possibilité de retrait vers un portefeuille personnel, mérite aussi l’attention. Cette configuration protège l’utilisateur novice de ses propres erreurs de manipulation, mais elle le rend totalement dépendant de la solvabilité de l’intermédiaire, une leçon que l’année 2022 a rappelée à plusieurs reprises. Le débat entre commodité et détention réelle traversera les prochains déploiements du groupe en Amérique latine.

