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Longtemps réservés au marché américain, les produits d’investissement adossés au bitcoin franchissent désormais les frontières du continent européen. BlackRock, premier gestionnaire d’actifs de la planète avec plus de 10 000 milliards de dollars sous gestion, vient d’inscrire à la cote son iShares Bitcoin ETP, un produit dont chaque part est garantie par des bitcoins réellement détenus en réserve. Un ETP, ou exchange traded product, s’achète et se revend comme une action ordinaire depuis un compte-titres, sans jamais manipuler de portefeuille numérique ni de clé privée.
Le lancement de ce véhicule en Europe intervient un peu plus d’un an après le feu vert donné outre-Atlantique aux fonds équivalents. Il prolonge un mouvement de fond : le rapprochement méthodique entre la finance classique et les actifs numériques, que les grandes institutions accélèrent depuis 2024. Pourquoi le plus grand gérant du monde choisit-il précisément ce moment pour s’adresser aux épargnants européens ?
Un produit adossé au bitcoin et domicilié en Suisse
Baptisé IB1T, le nouveau produit est domicilié en Suisse et ses réserves sont conservées en stockage à froid confié à la plateforme Coinbase, à l’écart de toute connexion permanente à internet. Cette architecture répond directement aux craintes de piratage qui freinent encore une partie des investisseurs institutionnels.
BlackRock affiche un ratio de frais totaux de 0,15 % durant une phase de lancement, avant un relèvement programmé à 0,25 % à la fin de l’année. Ce tarif d’appel, particulièrement bas pour le marché européen, trahit une volonté claire de capter des parts avant que la concurrence ne s’installe.
Le choix de la Suisse n’est pas neutre : le pays offre un cadre réglementaire clair pour les produits adossés à des cryptoactifs, ce qui explique que plusieurs émetteurs y domicilient leurs véhicules. Cette base helvétique permet ensuite une distribution fluide vers les Bourses de l’Union européenne.
Les mêmes parts cotées sur plusieurs places européennes
Le produit ne se cantonne pas à une seule Bourse : il est négociable en même temps sur les grandes places du continent, sous des symboles qui varient selon le pays. Cette multi-cotation ouvre l’accès aux intermédiaires financiers de chaque marché local.
- Euronext Paris et la Deutsche Börse (Xetra), sous le symbole IB1T ;
- Euronext Amsterdam, sous le symbole BTCN ;
- un même adossement physique au bitcoin, quelle que soit la place de négociation.
Ce déploiement mené d’un seul tenant traduit une stratégie paneuropéenne assumée plutôt qu’un lancement pays par pays. Les investisseurs des trois zones accèdent au même sous-jacent, sécurisé selon des règles identiques.
Dans le sillage du géant américain IBIT
Le symbole retenu en Europe fait écho à celui de l’iShares Bitcoin Trust (IBIT), lancé aux États-Unis en janvier 2024. En un peu plus d’un an, ce fonds américain a rassemblé 50,7 milliards de dollars d’actifs sous gestion, un rythme de collecte sans précédent pour un lancement d’ETF.
Un tel succès aurait été impensable sans l’approbation des premiers ETF Bitcoin au comptant par le régulateur américain au début de 2024. Cette décision a agi comme un signal d’ouverture pour l’ensemble de l’industrie, que les gérants européens observent de près depuis.
Un marché européen encore modeste
Malgré cet élan, l’Europe reste très en retrait par rapport aux États-Unis sur le terrain des produits cryptos cotés. Avant l’arrivée de BlackRock, le plus gros ETP crypto du continent ne pesait que 1,3 milliard de dollars d’encours, une fraction de ce que draine le marché américain. Un an plus tôt, Valour, filiale de DeFi Technologies, avait ouvert la voie avec le premier ETP au comptant sur le bitcoin lancé dans les pays nordiques.
Le terrain n’était pourtant pas vierge. Des émetteurs spécialisés comme 21Shares, WisdomTree ou CoinShares proposent depuis plusieurs années des produits cryptos cotés en Europe. L’arrivée de BlackRock, avec sa force de frappe commerciale et sa notoriété, rebat les cartes d’un marché jusqu’ici dominé par des acteurs de niche.
Le potentiel, lui, paraît considérable. Une enquête menée avec Focal Data et citée par le gérant révèle que 75 % des investisseurs institutionnels interrogés se disent prêts à s’exposer à un ETP Bitcoin dans les deux ans. Jane Sloan, responsable des solutions produits mondiales pour la région EMEA chez BlackRock, resitue l’enjeu.
Avec 25 millions d’investisseurs crypto en Europe, nous pensons que les ETP peuvent jouer un rôle décisif pour établir un pont entre la crypto et la finance traditionnelle, grâce à leur efficacité et à leur commodité.
Jane Sloan, responsable des solutions produits mondiales EMEA chez BlackRock, lors du lancement européen de l’iShares Bitcoin ETP, mars 2025.
Ce que le bitcoin peut en attendre
Les précédents plaident pour un effet d’entraînement sur les cours. Le prix du bitcoin s’était envolé après le lancement du premier ETF au comptant en janvier 2024, puis de nouveau en novembre dans le sillage de l’élection américaine, avant de franchir pour la première fois les 100 000 dollars en décembre et d’inscrire un sommet historique au-dessus de 109 000 dollars.
Le tableau du moment reste plus contrasté. Le bitcoin évolue autour de 88 100 dollars, en repli de 0,22 % sur vingt-quatre heures, mais le volume d’échanges quotidien a bondi de 19,4 % pour atteindre 31,4 milliards de dollars, signe d’un regain d’intérêt. Ce nouvel accès réglementé pourrait nourrir la demande, à l’image de ce qui se joue plus largement autour de l’adoption du bitcoin en Europe.
Un pont entre deux mondes financiers
Au-delà de la performance à court terme, l’entrée de BlackRock sur le marché européen déplace une frontière. Le bitcoin cesse d’être un actif que l’on détient à part, sur une plateforme spécialisée, pour devenir une ligne parmi d’autres dans un portefeuille classique. Cette banalisation par les circuits réglementés change la nature même de l’exposition.
La question qui se pose maintenant tient moins à la technologie qu’aux arbitrages des gérants et des conseillers financiers, appelés à décider quelle place accorder à cet actif. Le mouvement rejoint celui, plus discret, des trésoreries d’entreprises libellées en bitcoin, où la même logique d’intégration se déploie à l’échelle des bilans.

