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Le 15 septembre 2022, Ethereum a basculé de la preuve de travail vers la preuve d’enjeu sans interrompre une seule seconde son service. L’opération, baptisée la fusion, remplace les mineurs par des validateurs qui immobilisent des ethers pour garantir les transactions. Elle a réduit la consommation électrique du réseau de 99,5 % selon la Fondation Ethereum, une bascule rare pour une infrastructure de cette taille.
Ce basculement n’a pourtant rien changé au quotidien des utilisateurs. La chaîne traite toujours entre 15 et 20 transactions par seconde, et les frais restent dictés par la congestion. Vitalik Buterin, cofondateur du protocole, situe d’ailleurs l’avancement du chantier à 55 % une fois la fusion achevée.
Quatre étapes attendent donc encore le réseau, aux noms volontairement facétieux : le Surge, le Verge, le Purge et le Splurge. Que recouvrent ces quatre mots, et sur quel horizon Ethereum compte-t-il livrer les 45 % restants de sa feuille de route ?
Une trajectoire en cinq actes dévoilée à Paris
La séquence a été présentée le 21 juillet 2022 sur la scène de l’Ethereum Community Conference, à Paris. Buterin y a détaillé cinq phases successives dont la fusion n’était que la première, avec une promesse chiffrée au bout : 100 000 transactions par seconde. L’analyste Miles Deutscher en a publié le lendemain une synthèse qui a largement circulé dans l’écosystème.
Le cofondateur a profité de cette intervention pour comparer la maturité perçue des deux principales chaînes publiques, une remarque qui en dit long sur la culture d’ingénierie d’Ethereum.
La différence entre Bitcoin et Ethereum, c’est que les bitcoiners considèrent Bitcoin comme achevé à 80 %, quand les ethereans considèrent Ethereum comme achevé à 40 %.
Vitalik Buterin, cofondateur d’Ethereum, à l’Ethereum Community Conference de Paris, le 21 juillet 2022
Deux mois plus tard, la trajectoire technique dévoilée cet été n’a pas bougé d’une ligne. Le marché, lui, a réagi autrement : l’ether a perdu 35 % depuis la fusion, après avoir été poussé jusqu’à 2 000 dollars dans les jours qui ont précédé l’événement.
Shanghai ouvre enfin la porte de sortie aux validateurs
La prochaine marche s’appelle Shanghai et devrait arriver dans les six mois. Elle autorisera les validateurs à récupérer une partie de leurs ethers immobilisés ainsi que leurs récompenses, une opération aujourd’hui impossible. Le sujet est loin d’être anecdotique : 14,7 millions de jetons dorment sur la chaîne Beacon, pour une valeur d’environ 19,12 milliards de dollars.
Ces ethers rapportent un rendement annuel de 4,1 % d’après le site de la Fondation Ethereum. Chaque validateur doit en bloquer au minimum 32 pour participer à la confirmation des transactions, ce qui explique la concentration de l’activité chez les plateformes qui mutualisent les dépôts. Rendre ces fonds liquides change la nature même de l’engagement demandé.
Shanghai porte une seconde ambition, moins commentée. La mise à niveau doit abaisser le coût des données publiées par les couches secondaires comme Optimism ou Arbitrum, faute de pouvoir compter tout de suite sur le partitionnement complet. Les développeurs ont pris ce chemin parce que la brique suivante n’est pas prête.
Le Surge et le découpage de la chaîne en fragments
Cette brique suivante porte un nom : le Surge. Elle introduit en 2023 le découpage de la chaîne en fragments, une technique qui répartit le réseau en partitions plus petites traitées en parallèle. La capacité totale augmente sans alourdir chaque nœud, ce qui est précisément le verrou qu’Ethereum n’a jamais su ouvrir jusqu’ici.
La Fondation Ethereum décrit cette étape comme un moyen de distribuer les besoins de stockage en toute sécurité. Le bénéfice attendu est triple : davantage de capacité, des frais plus bas et des rollups nettement moins coûteux à exploiter pour les équipes qui construisent au-dessus.
Ce que chaque phase doit apporter au réseau
Les cinq étapes n’ont ni le même objet ni le même calendrier, et les distinguer évite de tout confondre derrière le mot fourre-tout de mise à niveau.
- La fusion, livrée le 15 septembre 2022, remplace le minage par la preuve d’enjeu et coupe la facture énergétique ;
- le Surge introduit le partitionnement en 2023 et vise les 100 000 transactions par seconde à terme ;
- le Verge allège les preuves de validité et réduit la taille des nœuds ;
- le Purge supprime l’obligation de conserver tout l’historique de la chaîne ;
- le Splurge regroupe les ajustements finaux destinés à faire tenir l’ensemble.
Cette répartition dit quelque chose d’important sur la méthode retenue. Aucune de ces phases ne prétend résoudre seule le problème : chacune lève un verrou précis, et l’effet cumulé ne sera visible qu’au bout de la chaîne. Le calendrier annoncé s’étale sur plusieurs années, ce qui laisse le temps aux réseaux concurrents d’avancer leurs propres arguments.
Le Verge et le Purge s’attaquent au poids des nœuds
Le Verge doit réduire la dépendance du réseau aux nœuds comme lieu de stockage de l’historique. Il repose sur une structure d’arbres cryptographiques présentée comme une amélioration des preuves de Merkle, avec des tailles de preuve bien inférieures. La plateforme de sécurité Nethermind évoque une division par plus de vingt de la taille des témoins.
La conséquence pratique intéresse directement les particuliers. Devenir validateur ne supposerait plus de conserver des volumes de données considérables sur sa machine, ce qui élargit mécaniquement le nombre de participants possibles. Buterin y voit un gain déterminant pour la décentralisation du réseau.
Le Purge poursuit le même objectif par un autre bout. La chaîne Ethereum approche du téraoctet de données, un volume que la plateforme éducative District 0x juge déjà hors de portée d’un particulier ordinaire. Supprimer l’obligation de tout stocker rend l’exécution d’un nœud accessible à nouveau, et c’est bien là que se joue la promesse de départ du protocole.
Un chantier qui se compte encore en années
Le calendrier reste le grand impensé de cette feuille de route. Shanghai est annoncé à six mois, le partitionnement à 2023, le reste sans date ferme, alors que l’ether évolue toujours très loin de son sommet de novembre 2021. Un protocole qui se déclare achevé à 55 % assume publiquement qu’il lui reste autant de travail que de chemin parcouru.
Cette franchise a une contrepartie. Elle expose Ethereum à la comparaison permanente avec des chaînes plus jeunes qui affichent déjà des débits élevés, sans avoir à porter dix ans de compatibilité ascendante. La question qui se posera en 2023 ne sera pas de savoir si le Surge arrive, mais si les couches secondaires n’auront pas déjà absorbé l’essentiel de l’usage pendant qu’on l’attendait.

