MiCA : l’Europe franchit le cap des 280 acteurs crypto agréés

L'ESMA ajoute 37 entreprises à son registre MiCA, dont Standard Chartered. L'Europe aligne désormais 280 prestataires agréés, entre attractivité institutionnelle et départs remarqués.

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L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a inscrit début juillet 37 nouvelles entreprises à son registre MiCA, qui recense désormais 280 prestataires de services sur crypto-actifs agréés dans l’Union européenne. La banque Standard Chartered, la plateforme institutionnelle FalconX, la banque numérique Sygnum Europe et Ronin EM figurent parmi les nouveaux entrants de cette mise à jour.

Le règlement MiCA, pour « Markets in Crypto-Assets », encadre l’ensemble des services liés aux crypto-actifs dans les 27 États membres : conservation, échange, conseil, émission de stablecoins. Depuis la fin de la période transitoire, actée le 1er juillet, aucun acteur ne peut servir de clients européens sans agrément. Cette montée en puissance du registre consacre-t-elle l’Europe comme place forte des actifs numériques, ou dessine-t-elle un marché sous cloche ?

Des banques mondiales frappent à la porte du registre

Parmi les 37 inscrits, Standard Chartered retient l’attention. La banque britannique, présente dans une soixantaine de marchés, décroche une double licence MiCA et EMI au Luxembourg, la seconde ouvrant la voie à l’émission de monnaie électronique et donc de stablecoins. Elle rejoint un registre où figurent déjà des dizaines d’institutions financières traditionnelles.

Le mouvement dépasse le seul cas britannique. FalconX apporte son courtage destiné aux institutionnels, Sygnum Europe son expérience bancaire des actifs numériques, et Ronin EM complète la liste. D’après le registre publié par l’ESMA, le total des prestataires autorisés atteint 280 entreprises en un peu moins d’un an de régime plein, un chiffre appelé à grimper au fil des dossiers de conformité.

L’obtention de nos licences MiCA et EMI est une étape clé de notre développement dans le domaine des actifs numériques en Europe. Elle témoigne de notre engagement à opérer dans un cadre réglementaire rigoureux et à permettre à nos clients d’évoluer sereinement au sein de l’écosystème des actifs numériques.

Margaret Harwood-Jones, responsable mondiale des services de financement et de titres chez Standard Chartered, communiqué du 29 juin 2026

Ce que l’agrément change concrètement

Derrière le sigle, l’agrément MiCA emporte des effets très concrets pour les entreprises du secteur comme pour leurs clients. Les principaux tiennent en quatre points.

  • un passeport européen unique, valable dans les 27 États membres sans démarche supplémentaire pays par pays ;
  • des exigences de fonds propres, de gouvernance et de séparation stricte des avoirs des clients ;
  • un cadre dédié à l’émission de stablecoins, réservé aux détenteurs d’une licence de monnaie électronique ;
  • des obligations de transparence sur les frais, les risques et la nature exacte des services rendus.

Pour un établissement comme Standard Chartered, la combinaison des deux licences donne accès à des produits jusqu’ici réservés aux acteurs natifs du secteur, à commencer par l’émission de jetons adossés à la monnaie unique. Le sujet monte en puissance sur le continent, comme l’illustrent les stablecoins libellés en euros lancés ces derniers mois par plusieurs établissements bancaires.

Le Luxembourg s’impose comme porte d’entrée

Le choix du Grand-Duché par Standard Chartered n’a rien d’un hasard. Son régulateur, la CSSF, a déjà accordé fin juin une approbation préliminaire à Ripple pour ses services crypto et stablecoins dans toute l’Union, et le pays concentre une part croissante des dossiers d’agrément des grands acteurs internationaux.

La mécanique rappelle celle des fonds d’investissement, dont la place luxembourgeoise s’est fait une spécialité depuis trois décennies. Un guichet réputé rapide et prévisible attire les candidats, chaque agrément renforce l’expertise locale, et il se crée un cercle vertueux réglementaire au cœur de l’Union, dont profitent ensuite les 26 autres marchés du passeport européen.

Des absents qui pèsent autant que les présents

Le tableau comporte son revers. Tether, premier émetteur mondial de stablecoins, a préféré quitter le marché européen plutôt que d’adapter son modèle aux exigences de réserves du règlement. Binance, de son côté, a acté son retrait du marché français après l’échec de son dossier d’agrément, tout en défendant l’idée qu’un cadre se juge à ceux qu’il agrée plutôt qu’à ceux qu’il écarte.

La France illustre l’ampleur du tri en cours : sur 117 prestataires enregistrés sous l’ancien statut PSAN, seuls 83 ont obtenu l’agrément européen selon les chiffres relevés début juillet par la presse spécialisée. D’autres acteurs ont préféré déplacer leurs activités vers Dubaï ou des juridictions jugées plus souples, un signal que Bruxelles aurait tort de balayer d’un revers de main.

Ces départs posent une question de calibrage plus que de principe. Un cadre commun protège les clients et crédibilise le secteur, mais chaque exigence supplémentaire a un coût de conformité qui écarte mécaniquement les structures les plus modestes, sans toujours réduire le risque qu’elle prétend couvrir.

Face à l’Europe, une Amérique en ordre dispersé

Le contraste transatlantique donne la mesure de l’avance européenne. Le GENIUS Act, loi fédérale sur les stablecoins votée en juillet 2025, attend toujours ses règles d’application, avec une échéance fixée au 18 juillet 2026 puis un délai supplémentaire de 120 jours accordé aux émetteurs. Le Clarity Act, censé fixer une structure de marché plus large, reste bloqué au Sénat.

Cette course réglementaire sur les stablecoins redistribue les cartes entre les deux rives de l’Atlantique. Les entreprises internationales savent désormais à quoi s’en tenir en Europe, quand l’incertitude américaine gèle des projets entiers dans l’attente des textes d’application et des arbitrages du Congrès.

Un avantage à consolider sans le dilapider

L’Europe tient un actif rare : un cadre lisible qui fait entrer les banques mondiales dans le jeu et qui installe bitcoin et ether dans le paysage des allocations patrimoniales diversifiées, aux côtés des actions, des fonds et de l’immobilier. Cette crédibilité réglementaire vaut de l’or dans un secteur où la confiance reste la ressource la plus disputée.

La suite se jouera dans la révision du règlement déjà mise sur la table à Bruxelles. Simplifier les procédures, proportionner les exigences à la taille des acteurs et raccourcir les délais d’agrément permettrait de conserver les 280 inscrits, d’en attirer d’autres et de faire revenir une partie des partants. Le registre de l’ESMA dira, mise à jour après mise à jour, si le continent a trouvé ce point d’équilibre.

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