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- Ce que dit le dépôt trimestriel de la banque turinoise
- Un mouvement exactement inverse sur Ethereum
- Le reste du portefeuille raconte la même prudence
- Une rotation qui n’est pas un désengagement
- Un trimestre de sorties massives sur les ETF
- Ce que cette trajectoire dit du rapport européen aux actifs numériques
Chaque trimestre, les gestionnaires qui pilotent plus de 100 millions de dollars d’actifs américains doivent déclarer leurs positions au régulateur, dans un document appelé formulaire 13F. Celui déposé par Intesa Sanpaolo, deuxième banque italienne par la capitalisation boursière, contient un mouvement difficile à manquer : l’établissement a réduit de 94 % sa participation dans l’ETF Bitcoin de BlackRock au cours du deuxième trimestre.
Dans le même temps, il a triplé sa position sur un fonds indiciel adossé à l’ether. Les grandes banques européennes n’achètent presque jamais de cryptomonnaies en direct : elles passent par des véhicules cotés, plus simples à loger dans un bilan et à justifier auprès d’un superviseur. Que traduit une rotation d’un actif vers l’autre au beau milieu d’un marché en recul ?
Ce que dit le dépôt trimestriel de la banque turinoise
Les chiffres sont nets. Au 30 juin, Intesa Sanpaolo détenait 40 723 parts de l’iShares Bitcoin Trust, pour une valeur de 1,36 million de dollars, contre 646 809 parts trois mois plus tôt.
La banque a également liquidé 99 % de ses options d’achat sur ce fonds, ces contrats qui donnent le droit d’acheter des parts à un prix fixé d’avance. Elle a en parallèle ajouté des options de vente portant sur 500 000 parts, autrement dit une couverture contre la baisse.
L’ensemble de ses positions sur les ETF bitcoin recule ainsi de 35 % en valeur, à 69,3 millions de dollars. Ce type de document reste le seul endroit où l’on observe ce qu’une banque fait plutôt que ce qu’elle raconte : c’est en épluchant le 13F de Bank of America qu’on avait mesuré l’entrée discrète des grandes enseignes dans les fonds crypto.
Un mouvement exactement inverse sur Ethereum
Sur Ethereum, la banque a fait le contraire, point par point. Sa position dans l’iShares Staked Ethereum Trust, le fonds de BlackRock adossé à l’ether, a triplé pour atteindre 349 600 parts, soit 7,10 millions de dollars au 30 juin contre 3,15 millions au trimestre précédent.
Le choix du véhicule n’est pas neutre. Ce fonds jalonne les ethers qu’il détient et en redistribue le produit, ce qui transforme une exposition au cours en position productive, même si le rendement du jalonnement a nettement reflué. L’ether a pourtant perdu 25 % sur le trimestre, soit davantage que le bitcoin.
Le reste du portefeuille raconte la même prudence
Les lignes en actions liées au secteur complètent le tableau, et elles partent dans plusieurs directions à la fois. Quatre arbitrages résument le trimestre.
- la position dans BitGo Holdings a presque doublé, à 323 000 parts ;
- celle dans Coinbase Global a été réduite de 32 % ;
- Circle Internet recule de 10 % ;
- Robinhood Markets perd 43 % dans le portefeuille.
Le point commun de ces mouvements se lit sans difficulté : la banque allège les plateformes exposées aux volumes de transaction, dont les revenus fondent quand le marché ralentit, et renforce l’infrastructure de conservation. C’est une lecture d’industriel, pas de spéculateur.
Rien, dans ce portefeuille, ne ressemble à un jeton exotique ou à un memecoin. Une institution de cette taille n’achète que ce qui dispose d’un véhicule coté, d’un dépositaire identifié et d’un historique de plusieurs années, ce qui réduit mécaniquement l’univers à une poignée d’actifs.
Une rotation qui n’est pas un désengagement
La ligne la plus parlante du dépôt n’a rien de crypto en apparence. Intesa Sanpaolo déclare une position neuve de 5,66 millions d’actions SpaceX, valorisée 966,42 millions de dollars, sa plus grosse participation déclarée. Or SpaceX, cotée depuis le 12 juin, détient 18 712 bitcoins à son bilan, quand la banque réduisait au même moment de 92 % sa ligne Tesla, autre détenteur coté de la cryptomonnaie.
Cette façon de tenir le bitcoin à distance tout en restant dans la pièce n’a rien d’inédit à Turin. En janvier 2025, la banque achetait onze bitcoins pour environ 1 million d’euros, une opération que son directeur général avait immédiatement bornée devant la presse.
Nous ne deviendrons pas un acteur du bitcoin.
Carlo Messina, directeur général d’Intesa Sanpaolo, aux journalistes le 14 janvier 2025, après le premier achat de bitcoins de la banque
La formule a plutôt bien vieilli. Dix-huit mois plus tard, Intesa n’est effectivement pas devenue un acteur du bitcoin, mais elle détient des parts de fonds indiciels, des actions de plateformes et, par ricochet, une des plus grosses réserves de bitcoins du monde coté. L’exposition n’a pas disparu, elle a changé d’emballage.
Un trimestre de sorties massives sur les ETF
Le mouvement de la banque italienne n’a rien d’isolé. Les ETF bitcoin au comptant américains ont enregistré environ 4,89 milliards de dollars de sorties nettes sur les trois mois clos fin juin, dont 2,95 milliards pour le seul iShares Bitcoin Trust, selon les données de SoSoValue.
Les fonds adossés à l’ether ont souffert aussi, avec plus de 715 millions de dollars de retraits. Le bitcoin a reculé de 14 % sur le trimestre, après deux trimestres consécutifs de baisse supérieure à 20 %. Alléger dans ces conditions revient à constater la sortie plutôt qu’à l’anticiper, ce qui en dit long sur la nature de l’arbitrage.
Ce que cette trajectoire dit du rapport européen aux actifs numériques
Une banque de dépôt européenne ne se comporte pas comme un fonds spécialisé, et c’est ce qui rend son dépôt trimestriel instructif. Ses arbitrages traduisent des contraintes de bilan et de conformité autant qu’une vue de marché, ce qui explique la modestie des montants : 69,3 millions de dollars d’ETF bitcoin, c’est une poussière au regard du bilan d’un établissement de ce rang.
L’ordre des étapes mérite qu’on s’y arrête. Intesa a d’abord acheté onze bitcoins en direct, puis des parts d’ETF, puis des actions d’entreprises détentrices de bitcoins. Chaque marche ajoute une couche de conformité et retire un peu de contact avec l’actif lui-même. Le cadre européen a rendu ce chemin praticable, et la consultation ouverte par Bruxelles devra dire s’il peut aussi devenir plus court.
Ce que le dépôt d’août ne dit pas, c’est ce que fera la banque si le cours repart. Une position soldée à 94 % se reconstitue moins vite qu’elle ne se vend, et les parts rachetées le seront à un prix qui ne sera plus celui de juin. La prochaine déclaration trimestrielle, attendue en novembre, dira si Turin a lu ce creux comme une sortie ou comme un point d’entrée.

