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La plateforme d’investissement immobilier Bricks vient de dévoiler un virage qui ne passe pas inaperçu. Pour franchir une nouvelle étape, elle annonce une levée de 30 millions d’euros destinée à racheter une banque. Bricks, c’est ce service qui permet d’investir dans la pierre à partir de seulement 10 euros, en achetant des fractions de biens financés par toute une communauté.
Le projet a de quoi intriguer un public habitué aux montagnes russes des cryptomonnaies. Construire un patrimoine ne se résume pas à viser le rendement le plus spectaculaire, mais aussi à répartir les risques entre des actifs complémentaires. Une plateforme d’investissement peut-elle vraiment se muer en banque, et qu’est-ce que cela change pour qui cherche à diversifier ?
Une plateforme qui veut racheter une banque
L’opération a été présentée sans détour : Bricks veut passer du statut de plateforme d’investissement à celui d’infrastructure financière complète, spécialisée dans l’immobilier. Le titre de sa vidéo d’annonce ne laisse aucune place au doute, puisqu’il revendique une levée de 30 millions d’euros pour racheter une banque. L’idée n’est pas de bâtir un établissement de zéro, mais d’acquérir un acteur déjà doté d’une licence et d’un cœur bancaire opérationnel.
Derrière ce choix, une logique d’exécution rapide. Reprendre une banque existante, c’est récupérer aussitôt le socle technique qui permet d’ouvrir des comptes, d’émettre des cartes et de gérer des flux. La plateforme revendique aujourd’hui près de 30 % du crowdfunding immobilier en France et en Europe, avec 750 000 membres inscrits et 300 000 utilisateurs actifs sur son application mobile.
La trajectoire financière accompagne l’ambition. Sur l’année 2025, la plateforme a financé 176 millions d’euros de projets, soit une progression de plus de 90 % par rapport à 2024, et elle a dépassé 368 millions d’euros investis en cinq ans. Ces volumes lui donnent la surface qui manque souvent aux jeunes acteurs pour prétendre au statut bancaire.
Du placement immobilier au compte du quotidien
Le passage au statut bancaire ne relève pas du gadget. Il vise à réunir, dans une seule application, des usages aujourd’hui éclatés entre plusieurs établissements. Le crédit, les placements et les loyers se retrouvent souvent sur trois comptes distincts. Voici ce que le rachat d’une banque permettrait d’offrir :
- des comptes avec IBAN, dépôts et tenue de compte, socle d’une relation bancaire complète ;
- des virements, des cartes et une gestion de trésorerie au quotidien ;
- des revenus immobiliers versés directement sur le compte de l’utilisateur ;
- un cashback et des services pensés autour de l’écosystème immobilier de la plateforme.
Cette intégration verticale rapproche Bricks des néobanques, mais avec une spécialisation assumée sur la pierre. Tout réunir au même endroit change la manière dont un particulier suit et pilote son patrimoine immobilier.
Une trajectoire qui inspire la confiance
Avant de parler banque, Bricks a dû rassurer sur sa solidité réglementaire. La société a obtenu son agrément de prestataire de services de financement participatif le 30 juin 2023, sous le numéro FP-2023-8 délivré par l’Autorité des marchés financiers. Cet agrément a clos la période controversée du modèle initial fondé sur les redevances, abandonné au profit d’obligations encadrées.
Le changement de modèle a coïncidé avec une accélération. La plateforme revendique, selon ses propres chiffres, plus de 85 000 investisseurs actifs et vise désormais une expansion en Espagne, au Portugal et en Italie. À l’horizon 2030, son fondateur évoque sans détour une introduction en Bourse sur le Nasdaq ou Euronext, ainsi qu’un fonds de protection pour les investisseurs.
Ce récit d’ascension nourrit la confiance, mais il n’exonère pas de prudence. Le financement participatif immobilier comporte un risque de perte en capital, et l’opération en cours reste réservée aux investisseurs éligibles, avec un ticket d’entrée élevé fixé à 100 000 euros, qui écarte les petits portefeuilles de cette phase. La promesse séduit, l’exécution reste à démontrer.
Nous avons démocratisé l’immobilier. La prochaine étape, c’est d’en devenir la banque.
Cédric O’Neill, fondateur de Bricks, juin 2026
Pourquoi la pierre tempère un patrimoine
L’arrivée de Bricks dans la banque intéresse surtout ceux qui veulent rééquilibrer un portefeuille trop exposé aux actifs numériques. L’immobilier joue le rôle de stabilisateur que la crypto, par nature volatile, peine à offrir. Le tableau ci-dessous résume ce que chaque classe d’actifs apporte vraiment.
| Critère | Cryptomonnaies | Immobilier |
|---|---|---|
| Volatilité | Très élevée | Faible à modérée |
| Potentiel de gain | Spectaculaire | Plus mesuré |
| Ticket d’entrée | Quelques euros | Dès 10 € via Bricks |
| Liquidité | Immédiate | Plus lente |
La lecture est limpide : la pierre ne promet pas les envolées d’un cycle haussier crypto, mais elle amortit les chocs quand les marchés numériques dévissent. Adosser une part de son patrimoine à l’immobilier revient à glisser un socle régulier sous des paris plus nerveux. C’est précisément ce confort que Bricks cherche à rendre accessible au plus grand nombre.
Ce que cette mue dit du patrimoine immobilier
Le pari de Bricks dépasse le seul sort d’une entreprise. Il illustre une tendance de fond : l’immobilier se numérise, s’ouvre aux petits montants et se rapproche des outils du quotidien, là où il restait réservé à ceux qui pouvaient acheter un bien entier. La frontière entre placer et bancariser son patrimoine devient plus floue.
Reste une question de tempo. Racheter une banque prend du temps, exige des autorisations et une intégration délicate, et le marché jugera sur les actes davantage que sur les annonces. Pour qui observe la pierre comme un contrepoids aux actifs volatils, cette mue mérite d’être suivie de près dans les mois qui viennent, sans précipitation. L’ambition d’unir investissement, revenus et services bancaires dans une même application dessine une autre façon de bâtir un patrimoine, où la régularité de l’immobilier vient compléter, plutôt que remplacer, l’appétit de rendement nourri par les marchés numériques.


