BitMine détient 4,8 % de tous les ethers et son staking rapporte 247 millions par an

Une société cotée au NYSE concentre désormais près d'un vingtième de l'offre d'ethers, dont 85 % placés en jalonnement. Le revenu que cette réserve produit chaque année change la nature du pari, et pose une question que le bitcoin n'a jamais eu à affronter.

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Une société cotée au NYSE possède aujourd’hui près d’un vingtième de tous les ethers en circulation. Au 2 août 2026, BitMine Immersion Technologies détenait très exactement 5 797 813 ETH, soit 4,8 % des 120,7 millions d’ethers existants. Le terme technique pour ce genre de véhicule est trésorerie d’actifs numériques : une entreprise cotée qui lève des capitaux en Bourse pour acheter et conserver une cryptomonnaie, transformant son bilan en réserve d’un seul actif.

Le modèle a été popularisé par Strategy sur le bitcoin, et il se duplique depuis deux ans sur d’autres réseaux. La particularité d’Ethereum change pourtant l’équation, parce que l’actif détenu ne dort pas : il peut être mis en jalonnement et produire un revenu. BitMine en tire aujourd’hui 247 millions de dollars annualisés, selon le communiqué publié le 3 août. Que se passe-t-il quand un seul acteur privé concentre autant d’un réseau censé être distribué ?

Ce que pèse réellement la trésorerie de BitMine

La société présidée par Tom Lee, fondateur de Fundstrat Global Advisors, publie chaque semaine l’état de ses réserves. Le point du 3 août, calculé sur un cours de référence de 1 880 dollars par ether, chiffre l’ensemble à 11,3 milliards de dollars répartis ainsi :

  • 5 797 813 ethers, valorisés autour de 10,9 milliards de dollars ;
  • 209 bitcoins conservés en réserve secondaire ;
  • 173 millions de dollars de liquidités et de titres négociables ;
  • 180 millions de dollars investis dans Beast Industries ;
  • 61 millions de dollars investis dans Eightco Holdings.

L’objectif interne porte un nom, Alchemy of 5 %, et vise 5 % de l’offre totale d’ethers, soit environ 6,035 millions de jetons. Il manque un peu moins de 237 000 ETH pour y parvenir, après treize mois d’achats hebdomadaires ininterrompus depuis le 30 juin 2025. La cadence, en revanche, a nettement ralenti.

Le jalonnement, ce que le bitcoin ne sait pas faire

Sur les 5,8 millions d’ethers détenus, 4 917 189 sont placés en jalonnement, soit 85 % du portefeuille. Ces ethers participent à la validation des transactions du réseau et reçoivent en contrepartie de nouveaux jetons, avec un rendement annualisé mesuré à 2,67 % sur sept jours par la société elle-même.

C’est la différence structurelle avec une trésorerie en bitcoin, qui ne produit rien tant qu’elle n’est pas vendue. BitMine projette 247 millions de dollars de revenus annualisés au rythme actuel, et jusqu’à 291 millions une fois l’intégralité de ses ethers jalonnés via MAVAN, sa plateforme maison de validation. Un actif de réserve qui s’autofinance partiellement reste une nouveauté à l’échelle d’un bilan coté.

Ce revenu n’a rien de garanti. Il dépend du rendement du réseau, qui baisse mécaniquement quand les validateurs se multiplient, et du cours de l’ether lui-même. Les fonds immobilisés ne se récupèrent pas non plus en un claquement de doigts : quand la file de sortie des validateurs se sature, les délais se comptent en semaines. Reste que le marché a, lui, plutôt bien accueilli l’exercice de juillet.

Juillet, 2 500 points de base d’avance sur le Nasdaq

Le mois écoulé a offert à l’ether sa plus forte surperformance relative depuis un an. L’écart avec le Nasdaq 100 a atteint 25 points de pourcentage sur juillet, un différentiel que la direction de BitMine lit comme un signal de fond plutôt que comme un coup de chance de marché.

En juillet, l’ether a surperformé le Nasdaq 100 de 2 500 points de base, soit 25 points de pourcentage. C’est la plus forte surperformance depuis juillet 2025, et nous pensons qu’elle reflète le renforcement des fondamentaux de la crypto.

Tom Lee, président de BitMine, dans le communiqué de la société sur l’état de ses réserves d’ethers, 3 août 2026

La comparaison mérite d’être prise avec des pincettes, un mois de surperformance ne dessinant aucune tendance. Elle rappelle surtout que l’ether s’échange désormais dans le même univers mental que les grandes valeurs technologiques américaines, ce que l’accumulation institutionnelle observée au creux de l’année confirmait déjà. Les flux ne suivent plus les mêmes ressorts qu’en 2021, et le comportement de la société elle-même en donne une illustration inattendue.

Les rachats d’actions racontent une autre histoire

BitMine a racheté 4,5 millions de ses propres actions dans la semaine, portant le total à 16,1 millions de titres depuis le 1er juillet 2026, dans le cadre d’un programme autorisé de 4 milliards de dollars. C’est le plus important rachat jamais mené par une trésorerie crypto cotée, tous actifs confondus.

Une entreprise qui préfère racheter ses propres titres plutôt que d’acheter davantage de l’actif qu’elle accumule envoie un message assez clair sur la façon dont elle valorise son action. Le titre BMNR reste par ailleurs l’un des plus échangés du marché américain, avec 698 millions de dollars de volume quotidien moyen fin juillet, au 180e rang sur 5 704 valeurs cotées, et son entrée dans les grands indices américains a mécaniquement élargi son actionnariat. L’exposition à Ethereum passe de plus en plus par des enveloppes boursières, ce qui déplace la question du risque.

Ce que la concentration fait au réseau

Détenir 4,8 % d’un actif ne donne aucun pouvoir de décision sur un protocole ouvert. Mais jalonner 4,9 millions d’ethers, c’est peser sur la validation elle-même. Aucune autre entité au monde ne jalonne autant d’ethers, et cette position s’exerce sur un réseau dont la promesse initiale reposait sur la dispersion des validateurs.

Le risque n’est pas immédiat, la validation restant répartie entre des dizaines de milliers d’opérateurs. Il devient réel si plusieurs acteurs de cette taille convergent vers les mêmes prestataires d’infrastructure, ce qui reproduirait à l’identique la concentration que le protocole cherchait à éviter. L’érosion du rendement à mesure que l’offre jalonnée grossit agit heureusement comme un frein naturel : plus la concentration progresse, moins elle rapporte.

Cette autorégulation économique n’a rien d’une garantie. Elle repose sur l’hypothèse que les gros détenteurs raisonnent en rendement, or une trésorerie cotée peut accepter un rendement médiocre si la simple détention soutient son cours de Bourse. Le garde-fou tient donc à la discipline financière de quelques directions générales, ce qui est une position inconfortable pour un réseau qui se voulait sans point de confiance.

Quand un actif change de nature en changeant de mains

L’ether de 2026 ne ressemble plus à celui de 2021. Il est devenu, pour partie, un instrument de bilan d’entreprise : acheté avec des capitaux levés en Bourse, immobilisé pour produire un rendement, comptabilisé comme une réserve. Un particulier qui achète un ether achète désormais le même actif qu’un fonds, mais sans les mêmes contraintes de reporting trimestriel ni la même pression sur le cours de son propre titre.

Cette asymétrie joue plutôt en faveur du détenteur individuel, qui n’a de comptes à rendre à personne sur son horizon de détention. Elle rappelle aussi que la même exposition existe désormais sous plusieurs formes, entre détention directe, actions de trésoreries cotées et produits indiciels, et que ces enveloppes ne portent absolument pas les mêmes risques. Acheter BMNR n’équivaut pas à acheter de l’ether : on y ajoute un risque de dette, de dilution et de gouvernance.

Les 237 000 ethers qui séparent encore BitMine de son objectif seront acquis dans cinq à six mois au rythme actuel, ou beaucoup plus vite si les conditions de financement s’améliorent. La question qui restera posée après ce cap ne portera pas sur le pourcentage atteint, mais sur ce qu’une société fait d’une réserve devenue trop grosse pour être vendue sans faire bouger le marché qu’elle a contribué à porter.

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