Qivalis : douze banques européennes lancent un stablecoin euro face à l’hégémonie de Tether et Circle

Douze banques européennes, parmi lesquelles BNP Paribas, ING et UniCredit, viennent de boucler la structure Qivalis pour lancer au second semestre 2026 un stablecoin euro entièrement régulé par MiCA. Un pari de souveraineté monétaire face aux 310 milliards de dollars détenus par Tether et Circle.

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Le marché des stablecoins pèse aujourd’hui près de 310 milliards de dollars, dont 98 % libellés en monnaie américaine. Tether et Circle, à eux seuls, contrôlent près de 90 % de ce segment. Pour l’Europe, le constat est devenu inconfortable : la liquidité tokenisée qui circule sur Ethereum et Solana porte une signature monétaire qui n’est pas la sienne, alors que la bascule définitive de MiCA est attendue pour le 1er juillet 2026.

Un stablecoin est un actif numérique adossé à une monnaie de référence, qui circule sur une blockchain publique avec la stabilité d’une devise classique. Conçu pour amortir la volatilité du marché crypto, il sert désormais de couche de règlement pour les paiements transfrontaliers, la finance décentralisée et la tokenisation des actifs réels. Face à cette montée en puissance, douze grandes banques européennes ont réuni leurs forces autour d’un projet baptisé Qivalis, un stablecoin euro entièrement régulé par MiCA. L’Europe peut-elle réellement reprendre la main sur sa monnaie numérique avant que les standards américains ne se figent ?

Qivalis, le pari d’un euro tokenisé porté par douze banques

Annoncé fin 2025 par neuf établissements et désormais étendu à douze, le consortium Qivalis rassemble BNP Paribas, ING, UniCredit, BBVA, CaixaBank, Danske Bank, DekaBank, DZ BANK, KBC, Raiffeisen Bank International, SEB et Banca Sella. La structure porteuse a été enregistrée aux Pays-Bas et a déposé une demande d’agrément d’établissement de monnaie électronique auprès de la Banque centrale néerlandaise, pour un lancement visé au second semestre 2026.

L’infrastructure technique reposera sur Fireblocks, spécialiste reconnu de la conservation institutionnelle de crypto-actifs. Le jeton sera émis sur plusieurs blockchains publiques, avec une couverture intégrale en réserves liquides détenues, conformément à MiCA, à 60 % au moins dans des établissements de crédit. Qivalis vise les règlements interbancaires, les paiements programmables et les usages cross-border, dans un cadre conçu pour s’intégrer aux flux financiers européens existants.

Le calendrier reste serré. Les premiers tests s’enchaînent avec les principales plateformes d’échange du continent. Selon les éléments rapportés par Ledger Insights, Qivalis pourrait viser plusieurs centaines de millions d’euros en circulation dans ses douze premiers mois, un objectif modeste face aux 240 milliards de dollars de Tether, mais cohérent avec une montée en charge prudente.

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Le poids écrasant des stablecoins libellés en dollar

Pour mesurer l’écart à combler, il suffit d’aligner les chiffres communiqués par la Banque centrale européenne dans son discours du 8 mai 2026 et par les principaux agrégateurs de marché. Le déséquilibre saute aux yeux :

  • près de 310 milliards de dollars de capitalisation totale des stablecoins, contre moins de 10 milliards il y a six ans ;
  • 98 % de cette capitalisation est libellée en dollar américain ;
  • Tether et Circle contrôlent à eux seuls près de 90 % du marché ;
  • les flux de paiement B2B transfrontaliers en stablecoins atteignent environ 60 % des volumes du segment, mais ne représentent encore que 0,01 % des flux globaux ;
  • dans les économies émergentes, ces flux pèsent déjà 7,7 % du PIB en Amérique latine et 6,7 % en Afrique et au Moyen-Orient.

Cette domination n’est pas une simple anomalie technique. Elle reflète une stratégie assumée à Washington : le GENIUS Act, voté en 2025, présente les stablecoins comme un outil de prolongation de l’hégémonie du dollar. Chaque stablecoin dollar émis devient mécaniquement un acheteur de bons du Trésor, ce qui oriente une part de l’épargne mondiale vers le financement de l’État fédéral américain.

Lagarde freine, la Banque de France pousse

Le débat européen, lui, est loin d’être tranché. Christine Lagarde plaide pour un euro numérique de banque centrale à l’horizon 2029 et se montre très réservée sur les stablecoins privés, qu’elle juge porteurs de risques pour la transmission de la politique monétaire. Selon elle, la migration des dépôts bancaires vers des jetons privés affaiblirait le canal du crédit, là où les banques restent la première source de financement de l’économie réelle.

Si nous voulons renforcer l’attrait international de l’euro, les stablecoins ne sont pas un moyen efficace d’y parvenir.

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, discours « Stablecoins and the future of money », 8 mai 2026.

À Paris, le sous-gouverneur de la Banque de France Denis Beau a pris une autre direction quelques jours plus tard, en appelant à une mobilisation conjointe des acteurs publics et privés autour d’une monnaie tokenisée libellée en euro. Ce désaccord visible au sommet de l’eurosystème laisse une marge de manœuvre inédite aux banques commerciales, qui n’attendent ni l’euro numérique ni un arbitrage politique. Qivalis s’engouffre dans cette brèche, en assumant une approche industrielle plutôt qu’institutionnelle.

Comparer Qivalis à Tether et Circle avant le lancement

Trois acteurs majeurs vont coexister sur le segment des stablecoins à partir de 2027, avec des profils très différents sur la devise, la régulation et la solidité des réserves. L’asymétrie de force de frappe initiale est considérable :

CritèreTether (USDT)Circle (USDC)Qivalis (EUR)
Devise sous-jacenteDollarDollarEuro
Régulation principaleEl Salvador, offshoreÉtats-Unis, GENIUS ActUnion européenne, MiCA
Capitalisation~240 Md $~60 Md $Plusieurs centaines de M € visés en 2027
RéservesAttestations trimestriellesAudits mensuels60 % minimum en dépôts bancaires UE

La lecture est sans ambiguïté : Qivalis arrive avec un cadre prudentiel sensiblement plus exigeant que ses concurrents, mais avec une masse critique de départ très inférieure. La question décisive sera celle de la liquidité réelle sur les places d’échange et de l’intégration aux flux financiers traditionnels, deux terrains où les banques européennes ont un avantage structurel.

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Ce qu’un euro on-chain change pour les détenteurs de Bitcoin, Ethereum et Solana

L’arrivée de Qivalis n’est pas un sujet anecdotique pour les investisseurs en actifs numériques. Aujourd’hui, sortir une position en Bitcoin, Ethereum ou Solana pour la stabiliser passe presque toujours par un stablecoin dollar, avec une exposition à la politique de la Réserve fédérale et au risque de change. Un stablecoin euro régulé par MiCA supprime cette friction et permet de raisonner en monnaie domestique sur tout le cycle d’investissement.

Cet ancrage local s’inscrit dans une logique patrimoniale plus large. Construire un portefeuille équilibré sur dix ou vingt ans suppose de combiner immobilier, actions cotées, capital-investissement et actifs numériques, en privilégiant les protocoles dont la solidité technique et économique est démontrée, à savoir Bitcoin, Ethereum et Solana. Un stablecoin libellé en euro réduit le risque de change subi et facilite les arbitrages entre la poche crypto et le reste du patrimoine.

Le contraste avec les altcoins peu liquides et les memecoins reste sans appel. Ces actifs spéculatifs n’offrent ni la résilience d’un Bitcoin, ni la programmabilité d’un Ethereum, ni la performance d’exécution d’un Solana, et leur conversion en trésorerie euro reste une opération risquée. Un euro tokenisé crédible devient un outil de gestion, pas un véhicule de pari, et c’est précisément ce qui manque aux portefeuilles européens.

Une fenêtre étroite pour exister face aux géants américains

Le calendrier des prochains mois va dicter la trajectoire. Si Qivalis franchit l’agrément néerlandais avant l’automne, le lancement effectif au second semestre 2026 reste tenable, et le jeton arrivera sur les blockchains publiques au moment où MiCA finit de remodeler la carte des prestataires européens. Une partie des plateformes non conformes quittera la zone euro après le 1er juillet 2026, laissant mécaniquement plus de place aux acteurs régulés.

L’inconnue immédiate concerne la manière dont la base européenne d’épargnants et d’investisseurs s’emparera de cet euro tokenisé. La concurrence avec USDC et USDT ne se gagnera pas sur la performance brute, mais sur la confiance, l’intégration aux services bancaires et la capacité à dialoguer avec les protocoles de finance décentralisée. L’enjeu dépasse la sphère crypto : il touche à la souveraineté monétaire du continent, qui découvre que sa neutralité technique a un coût stratégique chiffré en milliards.

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