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- Ce qui s’est dit à la 151e réunion des développeurs
- Près de 15,6 millions d’ethers immobilisés dans un contrat
- Ce que le déverrouillage change pour ceux qui ont jalonné
- EIP-4844, l’autre chantier de la réunion
- Ce que vaut un calendrier « autour de mars »
- La file d’attente que le marché n’a pas encore chiffrée
Un hard fork est une modification des règles d’une blockchain qui n’est pas rétrocompatible : les opérateurs de nœuds doivent mettre à jour leur logiciel, faute de quoi ils cessent de suivre la chaîne. Ethereum en a connu plusieurs, mais le dernier en date a changé la nature même du réseau en remplaçant le minage par le jalonnement.
Depuis ce basculement, une anomalie subsiste. Les particuliers et les entreprises qui ont immobilisé des ethers pour sécuriser le réseau ne peuvent toujours pas les récupérer, alors même que leur mise sert déjà à valider les blocs. La prochaine mise à niveau, baptisée Shanghai, doit lever ce verrou, et les développeurs viennent d’évoquer une cible située autour du mois de mars 2023.
Une date évoquée en réunion n’est pas une date arrêtée, et l’histoire récente du protocole invite à la prudence. Que vaut réellement ce calendrier pour qui a placé une partie de son épargne en jalonnement ?
Ce qui s’est dit à la 151e réunion des développeurs
Le 8 décembre 2022, les développeurs du cœur d’Ethereum se sont réunis pour la 151e fois. Ces rendez-vous, publics et enregistrés, servent à trancher l’ordre des chantiers plutôt qu’à annoncer des dates fermes. Celui-ci a porté principalement sur le contenu de Shanghai, et la question des retraits y a occupé l’essentiel des échanges.
Le point mérite d’être relevé parce qu’il n’allait pas de soi. Plusieurs équipes plaidaient pour intégrer d’abord les travaux sur le débit du réseau, quitte à repousser les retraits à une mise à niveau ultérieure. La pression de la communauté a fait pencher l’arbitrage dans l’autre sens, comme les premiers échanges de septembre le laissaient déjà pressentir.
C’est clairement la priorité la plus élevée pour tout le monde. Les gens semblent globalement vouloir une cible autour de mars.
Tim Beiko, coordinateur des développeurs du cœur d’Ethereum, lors de la 151e réunion des développeurs, le 8 décembre 2022
Le vocabulaire employé dit tout de la nature de l’engagement. Une cible n’est pas un jalon contractuel, et aucune date de bloc n’a été fixée à ce stade. Le calendrier se précisera lors des réunions suivantes, une fois les tests menés sur les réseaux d’essai.
Près de 15,6 millions d’ethers immobilisés dans un contrat
Le dépôt de jalonnement, ouvert fin 2020, fonctionne à sens unique depuis son ouverture. Au 9 décembre 2022, il contenait 15 597 175 ethers, soit environ 19,88 milliards de dollars aux cours du moment, ce qui place la valeur unitaire autour de 1 275 $. Ce montant représente une part significative de l’offre en circulation, gelée pour une durée que personne ne pouvait annoncer au moment du dépôt.
Les déposants ont accepté cette illiquidité en connaissance de cause, mais la contrepartie s’est fait attendre plus longtemps que prévu. Deux ans séparent l’ouverture du contrat de la première perspective crédible de sortie, et ce délai a nourri l’essor des jetons de jalonnement liquide qui permettent de contourner le blocage en acceptant un risque de contrepartie supplémentaire.
Ce que le déverrouillage change pour ceux qui ont jalonné
Le retrait ne se résume pas à un bouton qui s’active. Plusieurs situations distinctes se cachent derrière le mot, et elles n’auront pas les mêmes conséquences pour les intéressés.
- Le retrait des seules récompenses accumulées, qui laisse la mise de 32 ethers en place et permet au validateur de continuer à opérer ;
- La sortie complète d’un validateur, qui libère la mise initiale et les gains, mais met fin à l’activité de validation ;
- La sortie forcée d’un validateur sanctionné, dont le solde a été amputé par le mécanisme de pénalité ;
- Le retrait via un service de jalonnement mutualisé, où le calendrier dépend des règles propres au prestataire et non du protocole.
Cette distinction compte, car la majorité des ethers déposés le sont via des services mutualisés plutôt qu’en solo. Le choix entre ces deux formules, qui n’engage ni les mêmes montants ni les mêmes risques, se pose différemment une fois la sortie possible.
Le protocole prévoit par ailleurs un plafond de sorties par période, destiné à éviter qu’une part trop importante des validateurs quitte le réseau simultanément. La libération sera donc étalée, pas instantanée.
EIP-4844, l’autre chantier de la réunion
Les retraits n’ont pas monopolisé l’ordre du jour. Les développeurs ont également avancé sur la proposition d’amélioration numérotée 4844, qui introduit un nouveau type de transaction acceptant des blocs de données temporaires. Ces données, conservées quelques semaines seulement par les nœuds, doivent réduire drastiquement le coût des couches 2 qui publient leurs comptes sur Ethereum.
L’enjeu dépasse la seule performance. Si cette proposition aboutit, elle valide la stratégie retenue depuis 2020, qui consiste à faire d’Ethereum une couche de règlement plutôt qu’une couche d’exécution. La feuille de route encore largement inachevée décrite par les développeurs après le passage en preuve de participation range ces travaux parmi les plus structurants.
Ce que vaut un calendrier « autour de mars »
L’expérience récente incite à la circonspection. Le passage à la preuve de participation avait été annoncé pour 2019, puis 2020, puis à plusieurs reprises en 2021, avant d’aboutir le 15 septembre 2022 après une mise à niveau préparatoire déployée neuf jours plus tôt. Chaque report tenait à un motif technique légitime, ce qui n’a rien changé à la frustration des porteurs.
La différence, cette fois, tient à la nature du chantier. Shanghai ne modifie pas le mécanisme de consensus, elle ouvre une porte prévue de longue date dans une architecture déjà éprouvée en production depuis le basculement historique de septembre 2022. Le risque d’exécution est d’un ordre de grandeur inférieur.
Un investisseur raisonnable retiendra donc la cible sans en faire une échéance de portefeuille. Un glissement de deux ou trois mois reste l’hypothèse la plus probable au vu des habitudes de l’écosystème, et il ne remettrait pas en cause la trajectoire.
La file d’attente que le marché n’a pas encore chiffrée
Une inconnue demeure, et elle intéresse directement quiconque détient de l’ether. Personne ne sait quelle proportion des 15,6 millions d’unités immobilisées cherchera la sortie dès l’ouverture, ni combien de temps le plafond de sorties étalera ce mouvement. Les scénarios circulant à ce stade relèvent de l’hypothèse, faute de précédent comparable sur un réseau de cette taille.
L’argument symétrique est rarement mis en avant : la levée du verrou supprime aussi la principale raison de ne pas jalonner. Un rendement devient bien plus attractif quand il cesse de s’accompagner d’un blocage de durée indéterminée, et le nombre de validateurs pourrait tout aussi bien progresser. Le premier trimestre 2023 dira laquelle des deux forces l’emporte, et cette réponse en dira plus long sur la maturité du réseau que n’importe quel graphique de prix.

