Ethereum a changé de moteur en vol : la fusion est passée en quinze minutes

Ethereum a basculé sur la preuve de participation le 15 septembre 2022, sans interrompre les applications hébergées. Le réseau y gagne sa facture énergétique et son émission d'ether, mais deux questions de fond restent ouvertes.

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La preuve de participation est un mode de validation dans lequel la sécurité d’un réseau ne repose plus sur la puissance de calcul dépensée, mais sur des jetons immobilisés par les validateurs, qu’ils perdent en cas de comportement fautif. Ethereum a basculé sur ce modèle le 15 septembre 2022 à 6 h 43 UTC, après avoir fonctionné sept ans sur le mécanisme hérité de Bitcoin. L’opération portait le nom de fusion, et elle était annoncée depuis 2014.

Le chantier a longtemps servi d’exemple de promesse repoussée, avec des reports successifs qui alimentaient le scepticisme, y compris chez les développeurs qui y travaillaient. La dernière mise à niveau préparatoire du réseau datait du 6 septembre. Cette fois, le basculement a eu lieu sans interruption de service pour les applications hébergées. Qu’est-ce qui change vraiment pour un détenteur d’ether, et qu’est-ce que la fusion n’a pas réglé ?

Quinze minutes qui ont scellé des années d’attente

Le basculement ne s’est pas déclenché à une heure fixée, mais à l’atteinte d’un seuil de difficulté cumulée programmé à l’avance. Plus de 41 000 personnes suivaient la retransmission organisée par la Fondation Ethereum au moment du passage, et il a fallu une quinzaine de minutes avant que la finalisation permette de parler de réussite.

L’ampleur du chantier explique la prudence ambiante. La migration a mobilisé des dizaines d’équipes et impliquait de remplacer le moteur de consensus d’un réseau qui hébergeait à cette date un écosystème d’applications évalué à 60 milliards de dollars, sans jamais l’arrêter.

C’est la première étape du grand voyage d’Ethereum vers un système vraiment mature, mais il reste encore des étapes à franchir.

Vitalik Buterin, cofondateur d’Ethereum, pendant la retransmission en direct de la fusion, le 15 septembre 2022

Ce que la preuve de participation change concrètement

Le remplacement du mécanisme de consensus modifie trois choses simultanément, et il est utile de les distinguer avant d’en tirer la moindre conclusion sur le cours.

  • les mineurs disparaissent au profit de validateurs, qui doivent immobiliser au moins 32 ethers à une adresse dédiée ;
  • la sécurité ne s’achète plus en matériel et en électricité, mais en capital immobilisé, saisissable en cas de faute ;
  • la chaîne principale fusionne avec la chaîne de balises lancée fin 2020, qui servait jusque-là de salle d’attente aux validateurs.

Le mécanisme de sanction est ce qui donne sa force au modèle. Un validateur qui tenterait de réécrire l’historique ou de censurer des transactions risque de voir ses ethers réduits, ce qui rend l’attaque coûteuse pour l’attaquant lui-même.

Cette différence a une conséquence rarement soulignée. Une attaque contre un réseau à preuve de travail laisse à l’assaillant son matériel, réutilisable ailleurs, quand une attaque contre un réseau à preuve de participation détruit sa mise.

Une facture énergétique sans commune mesure

Le bénéfice le plus immédiat est électrique. Selon les estimations de la Fondation Ethereum, le réseau consomme désormais de l’ordre de 99,9 % d’énergie en moins, la comparaison la plus parlante étant celle d’un pays de la taille de la Finlande qui couperait son réseau électrique.

Le sujet dépassait largement la technique. La critique environnementale visait le secteur entier, et elle avait particulièrement touché les jetons non fongibles émis sur Ethereum, accusés d’un coût carbone disproportionné pour des objets de collection numériques.

Cette bascule déplace mécaniquement l’attention vers Bitcoin, qui reste attaché à la preuve de travail et dont les défenseurs jugent ce mécanisme plus éprouvé et plus difficile à attaquer. Le débat comparatif ne fait sans doute que commencer.

Une émission d’ether divisée par huit

Le second effet est monétaire, et il intéresse davantage l’investisseur de long terme. Le réseau ne rémunère plus des mineurs équipés de matériel coûteux, mais des validateurs, ce qui fait chuter l’émission quotidienne d’environ 90 %, de l’ordre de 13 000 ethers par jour à environ 1 600.

Combinée au mécanisme de destruction d’une partie des frais, introduit en août 2021, cette réduction ouvre la possibilité d’une offre décroissante si l’usage du réseau se maintient. Le marché ne s’en est pas ému dans l’immédiat : le cours de l’ether est resté globalement stable après le basculement, pour une capitalisation proche de 200 milliards de dollars.

Une concentration du jalonnement à surveiller

Le passage à la preuve de participation ne supprime pas la question de la centralisation, il la déplace. Sous preuve de travail, trois grands regroupements de mineurs concentraient l’essentiel de la puissance de calcul du réseau, ce qui constituait déjà un point de fragilité largement documenté.

La photographie du jour de la fusion n’est pas plus rassurante. Un collectif de jalonnement communautaire détenait plus de 30 % des ethers déposés, et trois grandes plateformes d’échange en contrôlaient environ 30 % de plus, soit plus de la moitié du réseau entre six mains.

Le sujet est d’autant plus sensible que ces plateformes sont soumises à des obligations de conformité nationales. La crainte exprimée en amont portait sur la censure de certaines transactions par des validateurs contraints, une hypothèse que les développeurs proposent de traiter par la sanction économique.

Ce que la fusion n’a pas réglé

Les frais et la lenteur du réseau restent entiers. Le découpage de la chaîne en fragments, longtemps présenté comme le remède, a été repoussé au profit des solutions de seconde couche, dont le paysage s’est largement étoffé depuis un an. La fusion ne touche pas au débit de la chaîne principale.

Les ethers immobilisés ne sont par ailleurs pas encore récupérables. Leur déblocage suppose une mise à niveau ultérieure, ce qui laisse les validateurs face à un dépôt sans porte de sortie datée, situation inhabituelle pour un placement de cette taille.

Voilà le vrai enjeu des prochains mois pour qui suit le fonctionnement de la preuve de participation. Un réseau qui a réussi à changer de moteur en vol se juge maintenant sur ses promesses de coût et de décentralisation, deux terrains où les chiffres seront vérifiables mois après mois.

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