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Le profil type de l’investisseur en cryptomonnaies évolue plus vite qu’on ne le croit. Longtemps perçu comme un univers masculin et spéculatif, le marché attire un nombre croissant de femmes, qui y entrent avec une approche bien à elles. Une étude récente de la plateforme Bitpanda vient éclairer ces comportements encore mal documentés.
Investir en cryptomonnaies consiste à placer une partie de son épargne dans des actifs numériques comme le bitcoin, dans l’espoir d’une valorisation sur la durée. Or les femmes semblent y appliquer une discipline particulière, à rebours des clichés sur la volatilité du secteur. Qu’est-ce qui distingue vraiment leur manière d’investir de celle des hommes ?
Un intérêt croissant malgré un sentiment de méconnaissance
La progression est réelle, mais elle part d’une base modeste. Les femmes ne représentent encore que 26 % des détenteurs de cryptomonnaies, une proportion qui grimpe lentement à mesure que l’accès se démocratise. Derrière ce chiffre se cache une population décidée à s’installer dans la durée plutôt qu’à tenter des coups rapides. L’écart avec les hommes tient d’ailleurs moins aux montants engagés qu’à l’état d’esprit qui préside aux décisions.
Le principal frein reste le sentiment de ne pas maîtriser le sujet. Plus de 81 % des femmes interrogées se disent novices, et près d’une sur quatre cite le manque de connaissances comme son obstacle majeur. Ce constat rejoint les analyses sur le profil des détenteurs d’actifs numériques, déjà exploré dans un panorama détaillé de ceux qui possèdent des bitcoins.
Une nette préférence pour le long terme
Là où les clichés imaginent des paris impulsifs, les données racontent une autre histoire. La moitié des investisseuses interrogées disent viser la croissance financière sur le long terme, et leurs horizons de détention le confirment :
- près de la moitié envisagent de conserver leurs actifs numériques jusqu’à cinq ans ;
- 39 % se projettent au-delà de cinq ans de détention ;
- la priorité affichée demeure la constitution d’un patrimoine, loin de la recherche de gains immédiats.
Cette projection dans le temps traduit une philosophie d’investissement plus qu’une simple prudence. Elle rapproche la démarche de celle d’une épargne classique, pensée pour fructifier lentement, et cette logique de patrimoine se retrouve chez les investisseuses de tous âges, y compris les plus jeunes, souvent présentées à tort comme portées sur la spéculation. Le choix des actifs confirme d’ailleurs cette recherche de solidité.
Le bitcoin, porte d’entrée privilégiée
Le premier actif choisi en dit long sur l’état d’esprit d’un investisseur. Chez les femmes, le bitcoin s’impose comme la porte d’entrée, puisque 30 % d’entre elles en font leur premier investissement, contre 24 % des hommes. Sur l’ensemble des 1 400 personnes interrogées, plus de la moitié ont débuté par le bitcoin, l’ether ou le XRP, trois des valeurs les plus capitalisées du marché.
Ce tropisme pour les valeurs établies traduit une aversion au risque assumée. Plutôt que de courir après des jetons obscurs, les investisseuses privilégient des actifs éprouvés, qu’elles intègrent à un portefeuille diversifié. Cette lecture est partagée par plusieurs dirigeantes du secteur, dont la directrice générale de Bitget.
Les femmes tendent à constituer des portefeuilles plus diversifiés et privilégient la création de richesse à long terme plutôt que la course aux gains rapides.
Gracy Chen, directrice générale de la plateforme d’échange Bitget, mars 2025
Moins de transactions, plus de patience
La fréquence des opérations distingue nettement les deux profils. Selon une étude de la société de gestion Charles Stanley, les hommes réalisent en moyenne 13 transactions par an, contre 9 pour les femmes, un écart d’environ 30 % qui pèse sur les frais et l’exposition au bruit du marché. Cette sobriété limite l’exposition aux réactions émotionnelles, souvent coûteuses sur des marchés aussi mouvants.
La patience se révèle un atout sur des actifs sujets à de fortes secousses. En espaçant les arbitrages, les investisseuses évitent de vendre dans la panique ou d’acheter dans l’euphorie, deux travers qui pèsent lourd sur la performance. Nkiru Uwaje, cofondatrice de la plateforme de liquidité Mansa, y voit une stratégie de constitution de richesse mûrement pensée, qui s’inscrit dans un mouvement plus large de reconquête de l’autonomie financière.
Des chercheuses avant d’être des acheteuses
Le passage à l’acte se fait rarement sur un coup de tête. La majorité des investisseuses mènent des recherches approfondies avant de placer le moindre euro, cherchant à comprendre la proposition de valeur d’un actif plutôt qu’à suivre une tendance. Cette exigence de compréhension préalable les protège des engouements passagers qui font tant de victimes dans la crypto.
Mary Pedler, fondatrice de l’agence INPUT Comms, insiste sur la nécessité de saisir les fondamentaux du bitcoin avant d’y investir. Cette rigueur méthodique tranche avec l’image d’un marché gouverné par l’impulsion, et elle explique en partie la meilleure résistance des investisseuses aux phases de forte volatilité. Le sérieux de la démarche devient alors un avantage concurrentiel discret.
L’éducation, dernier verrou à faire sauter
Le principal chantier reste celui de la formation. Tant que le sentiment de méconnaissance dominera, l’adoption plafonnera, malgré des résultats encourageants, car les utilisatrices de Bitpanda affichent une croissance annuelle moyenne de 8,1 % depuis janvier 2024. Des initiatives comme le collectif Women in Ethereum Protocol misent sur un accompagnement structuré des nouvelles venues, entre mentorat, ressources pédagogiques et espaces d’échange dédiés.
Comprendre la proposition de valeur d’un actif avant d’y placer son argent change tout, et cette exigence de pédagogie irrigue déjà les réflexions sur le rôle du bitcoin comme outil d’éducation financière. À mesure que l’information circule, la place des femmes dans cet écosystème se redessine, portée par une génération d’investisseuses qui refuse les décisions dictées par l’urgence. La prochaine étape se jouera sur le terrain de la connaissance.

