Taproot, la mise à niveau attendue de longue date de Bitcoin, s’est activée

Activée le 14 novembre 2021, la mise à niveau Taproot dote Bitcoin des signatures Schnorr et améliore la confidentialité, l'évolutivité et le coût des transactions.

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Le 14 novembre 2021, au bloc 709 632, Taproot s’est activé sur le réseau Bitcoin, ouvrant aux développeurs la voie à de nouvelles fonctionnalités pensées pour la confidentialité, l’évolutivité et la sécurité. Il s’agissait de la première mise à niveau majeure de Bitcoin depuis SegWit en 2017. Loin d’être une fonctionnalité isolée, Taproot rassemble plusieurs innovations techniques réunies en une seule mise à jour du protocole.

Le changement avait été verrouillé dès le mois de juin, lorsque plus de 90 % des mineurs avaient signalé leur soutien. Cette étape franchie, une question demeurait pour les utilisateurs comme pour les développeurs : que modifie réellement Taproot, et pourquoi son déploiement a-t-il exigé autant de prudence et de patience ?

Une activation programmée de longue date

Le verrouillage de juin a déclenché une période d’attente volontaire avant l’activation. Ce délai de cinq mois a laissé aux opérateurs de nœuds et aux mineurs le temps de migrer vers la dernière version du logiciel, Bitcoin Core 21.1, seule capable de faire respecter les nouvelles règles. Sans cette migration, un nœud continue de valider les transactions classiques, mais reste aveugle aux garanties propres à Taproot.

Taproot condense des travaux étalés sur toute l’histoire de Bitcoin. Proposée pour la première fois par Greg Maxwell en 2018, la mise à niveau repose sur trois propositions d’amélioration, écrites par Pieter Wuille, Tim Ruffing, AJ Towns et Jonas Nick, puis fusionnées dans Bitcoin Core en octobre 2020. Ces trois textes couvrent respectivement les signatures Schnorr, Taproot et le langage Tapscript.

Le calendrier volontairement étalé visait un objectif simple, garantir une transition sans fracture. En laissant aux acteurs le temps de se mettre à jour, les développeurs ont écarté le risque d’une scission du réseau, un scénario que la communauté redoutait depuis les débats sur la taille des blocs.

Les signatures Schnorr au cœur de la mise à niveau

Bitcoin s’appuyait jusque-là sur un schéma cryptographique appelé ECDSA pour ses signatures numériques, par lesquelles un utilisateur approuve l’envoi d’une transaction avec sa clé privée. Taproot bascule vers un autre schéma, les signatures Schnorr, désormais utilisées par chaque transaction empruntant ce nouveau format.

Plus compactes et plus rapides que l’ECDSA, ces signatures présentent une propriété précieuse, la linéarité. Elle autorise la combinaison de plusieurs signatures en une seule, une technique d’agrégation qui allège les données et renforce la confidentialité des transactions les plus complexes.

Sur cette base, Taproot introduit aussi une forme d’arbre de scripts, souvent désignée par l’acronyme MAST. Le principe consiste à ne révéler que la condition de dépense réellement utilisée, en laissant les autres invisibles, ce qui rend les contrats plus discrets et moins gourmands en espace.

Taproot étend les capacités de script de Bitcoin en rendant certaines opérations moins coûteuses, notamment le multisig et la seconde couche, et un peu plus confidentielles en masquant souvent les règles de dépense exactes.

Pieter Wuille, développeur Bitcoin Core et co-auteur des propositions Taproot, 2021

Ce que Taproot améliore concrètement

Au-delà de la seule cryptographie, la mise à niveau produit des effets tangibles pour plusieurs usages de l’écosystème. Trois bénéfices ressortent particulièrement de cette refonte du type de transaction.

  • la confidentialité, car certaines transactions complexes peuvent désormais ressembler à des transactions ordinaires ;
  • l’évolutivité, la combinaison des signatures réduisant la quantité de données inscrites dans la chaîne ;
  • le coût des transactions multi-signatures, allégé pour les particuliers comme pour les entreprises.

L’historique des transactions de Bitcoin reste public et consultable via un explorateur de blocs, mais Taproot permet de masquer les détails de certains contrats. Les paiements empruntant le réseau Lightning de seconde couche peuvent ainsi devenir indiscernables des transactions classiques.

Une adoption qui prendra du temps

Au moment de l’activation, un peu plus de la moitié des nœuds Bitcoin connus signalaient la prise en charge de la mise à niveau. Les autres continuaient d’utiliser d’anciens logiciels, sans pouvoir appliquer les nouvelles règles, même si le réseau restait pleinement fonctionnel. Les mineurs restés sur l’ancienne version ne peuvent plus produire de blocs valides et renoncent aux récompenses associées, une incitation puissante à se mettre à jour.

Les utilisateurs ne peuvent envoyer ou recevoir le nouveau type de transaction que si leur portefeuille le gère, ce qui suppose l’écriture de code dédié par les développeurs. Si l’histoire sert de guide, cette adoption s’étalera sur des mois voire des années : SegWit avait mis près de deux ans à franchir 50 % d’adoption.

Confidentialité, multisig et seconde couche

La combinaison des signatures profite directement aux schémas de multisignature avancés, comme MuSig2, développé par les chercheurs de Blockstream. En réduisant la taille des données, ces dispositifs gagnent en efficacité, dans la continuité des travaux menés sur le protocole Bitcoin, et abaissent le coût des portefeuilles partagés.

L’activation ne signifiait pas que tout le travail était accompli. Taproot fournit avant tout une boîte à outils étendue aux développeurs, à charge pour eux de créer et d’implémenter les applications qui en tireront parti, les unes déjà en chantier, les autres encore à imaginer.

Une base technique pour les défis à venir

Taproot n’a pas transformé Bitcoin du jour au lendemain, mais il a élargi le champ des possibles pour les années suivantes. La mise à niveau permet d’itérer et d’expérimenter sur des fondations plus solides, sans jamais toucher à la décentralisation qui fait la valeur du réseau. Elle prolonge une philosophie de changements prudents et rétrocompatibles, caractéristique du développement de Bitcoin.

La trajectoire technique amorcée avec Schnorr éclaire les débats actuels, jusqu’à la manière dont le protocole se prépare aux menaces futures. L’enjeu se déplace désormais vers les outils que les développeurs bâtiront sur cette base, et vers le rythme auquel les portefeuilles suivront le mouvement.

Source www.coindesk.com

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