Pourquoi les grandes marques mondiales expérimentent-elles les NFT dans le métaverse ?

Gucci, Coca-Cola ou NASCAR misent sur les NFT pour investir le métavers : retour sur les ressorts d'une stratégie qui rapproche les marques du Web 3.0.

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La blockchain a résolu en 2008, avec l’apparition de Bitcoin, un problème longtemps insoluble : la double dépense. Cette avancée a ensuite donné naissance aux jetons non fongibles, ou NFT, en apportant rareté et interopérabilité aux objets numériques. Un NFT est un actif numérique unique, dont la propriété est inscrite et vérifiable sur une chaîne de blocs.

Le métavers, lui, désigne un espace tridimensionnel persistant où les personnes interagissent à travers des avatars, à la frontière du monde physique et du monde virtuel. La question n’est plus vraiment de savoir s’il émergera, mais de comprendre ce qui l’alimente concrètement.

Reste alors une interrogation qui agite autant les marques que les investisseurs : pourquoi les plus grandes entreprises mondiales se pressent-elles pour créer des NFT dans le métavers ?

Le métavers, d’un roman de science-fiction à un projet industriel

Le terme apparaît pour la première fois en 1992, sous la plume de Neal Stephenson dans son roman Le Samouraï virtuel. Les humains y interagissent entre eux et avec des logiciels sous forme d’avatars, dans un espace qui sert de métaphore au monde réel. L’idée d’un successeur d’Internet fondé sur la réalité virtuelle circulait toutefois déjà chez les pionniers du réseau à la fin des années 1970.

Dans ces espaces, les règles changent et chacun peut projeter une version rêvée de lui-même. Définir précisément le métavers relève encore du pari, un peu comme aux premiers jours d’Internet, quand personne n’imaginait qu’il porterait un jour des services comme Uber, Amazon ou Netflix. Pour s’en faire une idée, le film Ready Player One, adapté du roman d’Ernest Cline, offre une représentation grand public assez fidèle de ce à quoi cet univers pourrait ressembler.

Représentation du métavers reliant Web 3.0 et réalité virtuelle
Le métavers se construit à la croisée du Web 3.0 et de la réalité virtuelle. Illustration : Cointelegraph.

Métavers et Web 3.0, deux notions encore mouvantes

Deux tendances devraient façonner la prochaine décennie : la diffusion du métavers dans tous les aspects de la société et l’essor du Web 3.0. Aucune des deux ne dispose encore d’une définition arrêtée, mais certaines caractéristiques du Web 3.0 se dessinent déjà nettement.

  • un réseau recentré sur l’utilisateur, et non sur les grandes plateformes ;
  • un recours massif à l’intelligence artificielle pour analyser et personnaliser les usages ;
  • des architectures distribuées, moins dépendantes des serveurs centralisés ;
  • une place croissante de la réalité augmentée et de la réalité virtuelle dans les applications et les jeux.

Le métavers, encore naissant, se construit dans plusieurs sphères dont le Web 3.0 est la plus importante. Il englobe aussi bien le jeu que les espaces sociaux, à l’image de Second Life, l’une des premières tentatives réussies d’un portail immersif, sans pour autant se confondre avec le Web lui-même.

Quand les grandes marques entrent dans le jeu

L’intégration des NFT dans ces mondes virtuels a enclenché une transformation concrète des interactions numériques. Gucci a ainsi cherché à toucher de nouveaux publics dans le jeu Roblox, en vendant des NFT d’une collection en édition limitée pour habiller les avatars. La marque italienne fait partie de ces enseignes qui misent sur les NFT pour renouveler leur relation avec les consommateurs.

Coca-Cola a lancé en juillet des vêtements virtuels de marque sous forme de jetons non fongibles, dont une veste portable sur les avatars de Decentraland, célébrée par une soirée organisée sur la plateforme. NASCAR préparait de son côté une voiture numérique et des tenues d’avatars sur Roblox, avec un concours de création ouvert aux fans. Cette vague traduit la volonté des entreprises de rejoindre leurs publics là où ils se trouvent.

Le métavers, c’est un internet incarné où l’on se trouve à l’intérieur de l’expérience au lieu de simplement la regarder.

Mark Zuckerberg, PDG de Meta, lettre aux fondateurs, octobre 2021

Les NFT, une passerelle vers de multiples usages

Si tant de marques mondiales ont lancé leurs jetons dans les mondes virtuels au dernier trimestre, c’est d’abord une question d’audience et d’occasions d’interaction. Sur Roblox, plus de 200 millions d’utilisateurs actifs par mois fréquentent des centaines de milliers de jeux, dont une part croissante intègre désormais des activations de marque.

La moitié environ de ces joueurs a moins de 13 ans, ce qui explique l’intérêt des annonceurs pour la plateforme. L’expérience Wonder Woman : Themyscira, signée WarnerMedia, y a été visitée près de 30 millions de fois, un ordre de grandeur qui éclaire l’attrait de ces terrains de jeu pour les entreprises.

Marques et objets de collection numériques dans un univers virtuel
L’essor des NFT ouvre aux marques de nouveaux usages dans les mondes virtuels. Illustration : Cointelegraph.

Ce que la blockchain change vraiment pour les NFT

Un NFT est un fragment de code qui atteste la propriété d’un actif numérique non fongible, ou la représentation numérique d’un actif physique unique. Ces objets existaient avant la blockchain, mais la technologie a résolu le problème de la double dépense et conféré aux jetons rareté, unicité et authenticité.

Une fois inscrit sur une chaîne de blocs, un NFT devient un actif qui ne peut être ni contrefait ni falsifié. La standardisation des attributs de base, propriété, transfert, contrôle d’accès, a ouvert la voie à une interopérabilité inédite entre les écosystèmes. Depuis 2017, ces jetons sont visibles sur des dizaines de portefeuilles et négociables sur plusieurs marchés.

Cette négociabilité élargie a fait passer les NFT d’une économie fermée à un véritable marché ouvert, où les échanges se déroulent aussi bien dans le monde réel que dans les univers virtuels. Certains y voient encore une mode passagère, tandis que d’autres considèrent leur intégration au métavers comme la pièce manquante d’un espace immersif fonctionnel.

Un basculement encore largement à écrire

En observant le chemin parcouru depuis les débuts d’Internet, une évidence s’impose : les espaces virtuels partagés redéfinissent peu à peu nos vies publiques et privées. Les marques n’en sont qu’aux premières étapes de leur propre transformation numérique, et l’ampleur réelle du métavers reste indéterminée.

La trajectoire des jetons non fongibles dira beaucoup de la solidité de ce mouvement, comme le montre l’évolution récente du marché des NFT. La vraie question porte moins sur la technologie que sur le sens qu’une marque donne à sa présence dans ces mondes, là où l’usage finira par trancher entre effet de mode et usage durable.

Source cointelegraph.com

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